‹ La pratique des maladies vénériennesChapitre 76 sur 90 · USUELS · texte numérisé non relu

USUELS

Ce sujet fait naturellement suite au précédent; car il y a un danger spécial de contagion et des indications thérapeutiques spéciales partout où les rapports intimes entre individus sont rendus soit habituels, soit obligatoires, par la densité de la population, par l'exercice en commun d'une certaine profession, par la nécessité de se servir de mêmes ustensiles, de mêmes linges. La vie de famille, d'ateliers, de prisons, d'écoles, d'étroites chaumières de paysans, le nourrissage, engendrent une promiscuité dont, par aucun conseil, par aucune prohibition, on ne saurait absolument répondre de pouvoir empêcher les effets.

Ces risques de transmission méritaient d'être signalés, et ils l'ont été par la plupart des auteurs. Mais, outre la transmission, il y a à considérer la. perpétuation, par cette voie, de quelques-uns de ces contages, je veux dire de ceux qui sont réinoculables, et je m'explique.

La chancrelle, la gale, la blennorrhagie, récidivent chez un individu autant de fois qu'il s'exposera de nouveau au contact de leur principe générateur. Et, d'autre part, quelque régulier que soit le cours des maladies de cet ordre, il est bien rare que, quant à sa durée, il n'offre pas, chez deux sujets donnés, des différences notables, différences qu'on se borne trop souvent à qualifier de fortuites et que la manière diverse dont les préceptes d'hygiène et de thérapeutique sont observés par l'un et l'autre, donnant et preneur, suflit parfaitement à expliquer.

Cela établi, supposons un milieu où régnent des rapports obligés entre récidivistes, une famille, par exemple, où les deux ('poux ont la blennorrhagie. Eh bien! l'un des deux, en général le mari, se soigne, la femme non : aussi celui-là. une

INDICATIONS CRÉÉES l'Ail LA PKOMISi I lll.

fois guéri, est-il presque toujours recontagionné par quelque

micrococcus survivant chez madame à l'orifice d'un c luil

de follicule muqueux péri-uréthral, dans la glande de Bar tholin, dans la cavité cer\ icale.

Voilà un fail usuel. Mai- que, à côté des conjoints, il y ail des enfants, des petites filles surtout. Alors il se pat qu'a for! bien conté mon cher collègue M. Aubert, à qui je cède volontiers la parole :

J'ai observé dans le cours de cette ai née, dit-il, deux faits qui établissent que lorsque la blennorrhagie esl introduite dans la famille, -"H par la femme, >< >i t ri c'esl le cas le plus habituel, par le mari . l'autre conjoint en premier lieu, puis les petites filles delà maison, peuvent également contracter la blennorrhagie.

M \... m'amène sa petite fille de quatre an-, chez laquelle "'11'1 a observé depuis quelques jours une sécrétion vulvaire abondante qui tarin- le linge : la petite fille se plaint ili' cuisson et de douleur en urinant. La mère me raconte qu'elle a constaté cel étal sur sa fille depuis quatre a cinq juins ; qu'elle-même a eu des pertes blanches auxquelles elle n'était pas habituée el il'1 la cuisson en urinant. Elle m'apprend également que son mari a eu, il y a quelques semaines, un écoulement uréthral qui tachait ses chemises. On attribuait dan- la famille tous ces échauffements à du vin un peu trouble qu'on n'avait pas voulu laisser perdre; et comme il vaut mieux que le vin soit troublé que la paix du ménage, j'ai approuvé cette explication.

L'examen du pus de la vulvite chez la petite fille ri d'une goutte recueillie au méal <\<' la mère m'y mil lait constater très nettement la présence <\>' nombreux gonococcus. Je n'ai vn ni le mari ni une autre petite fille plu- âgée qui couche ave< - i petite sœur, et qui elle aussi aurait présenté de la rougeur h >l>' la cuis-mi vulvaires, mai- pendant quelques jours seulement.

« Je n'ai pu arriver à préciser comment la contagion avait pu se produire chez la petite fille: la mère n'a ni couché ni mis au bain ses enfants avec elle, elle ne s'est pas servie pour eux de l'éponge ou des linges dont elle usait pour ellemême. Est-ce par le siège des cabinets, est-ce par tout autre mode accidentel que la transmission s'est faite? je n'ai pu le déterminer.

« Dans le deuxième fait, j'ai eu tous les éléments du diagnostic entre les mains, ayant vu le père, la mère et la petite fille. Toute la famille étant présente, je n'ai point cherché à approfondir quel avait été le premier malade ; mais j'ai également constaté au microscope sur le pus uréthral du mari et sur celui de la femme la présence de gonococcus.

« La mère, éprouvant delà cuisson en urinant, avait pris deux bains à quatre jours d'intervalle, et deux fois avait mis avec elle dans le bain sa petite fille, âgée detrois ans. Cette dernière, quatre ou cinq jours après, avait présenté une vulvite intense avec sécrétion purulente abondante. J'ai constaté la vulvite et trouvé également dans ce pus de très abondants gonococcus.

« Dans ce cas on peut légitimement soupçonner l'eau du bain chargée des sécrétions virulentes de la mère d'avoir contagionné la petite fille.

« Une autre enfant, toute petite, qui couchait seule dans son berceau et n'avait pas été mise au bain, est restée complètement indemne. »

Si, parmi ces contaminations successives et réitérées, la blennorrhagie tient la première place, c'est parce qu'elle offre en ce cas au clinicien des obscurités de diagnostic au moins égales aux difficultés qu'elle oppose au tbérapeulisle.

D'abord, outre qu'elle se cache, le plus souvent on la cache.

Puis, cette maladie ayant un cours réglé, quand elle a éclaté dans un ménage, son début non plus que sa fin ne

Page 1