‹ La pratique des maladies vénériennesChapitre 75 sur 90 · COEXISTENCE DES DIVERSES MALADIES VÉNÉRIENNES · texte numérisé non relu

COEXISTENCE DES DIVERSES MALADIES VÉNÉRIENNES

Méconnu jadis ce cas est très variable par le nbre et la

diversité des espèces morbides qui peuvent le créer en s'associanl deux à deux, trois à trois.

Un chancrelleux vient-il à contracter un chancre ? un chancreux à contracter une chancrelle?... Si c'est au même point, M. Rollet nous a appris ce qu'il en résulte : un chancre mixte, c'est-à-dire un ulcère qui sécrète deux fluides contagieux distincts, celui de la chancrelle et celui de la syphilis ; ulcère auquel on pourvoit, localement, par des pansements avec la solution de nitrate d'argent; moralement, en avertissant le malade des effets constitutionnels qui s'ensuivront et en veillant sur ces effets. — Si chancre et chancrelle siègent sur deux points distincts, traiter chacun des ulcères selon ses mérites, en ayant soin d'éviter que le chancre s'inocule accidentellement de pus de la chancrelle; ce qui en prolongerait le cours et créerait, en plus, des risques de bubon.

La blennorrhagie et la chancrelle s'accordent à merveille ; car celle-ci, n'indiquant aucun remède interne, ne gêne point l'emploi du copahu et presque jamais celui des injections. De son coté, quelle entrave la blennorrhagie, même aiguë, peut-elle apporter au simple pansement que réclame la chancrelle? Aucune, à moins que ce ne soit une blennorrhagie vaginale dont le liquide, coulant à pleins bords, entraînerait ou souillerait le pansement d'une ulcération de la vulve. Dans ce cas, au lieu de mettre de la charpie sur cet ulcère, on se bornera à le toucher, deux fois par jour, avec un pinceau imbibé de la solution caustique. — Le phimosis causé par des chancrelles peut, il est vrai, empêcher de faire des injections uréthrales. Mais de deux choses l'une : ou bien la blennorrhagie, qui coexiste alors, étant née du même coït, à la même époque que la chancrelle, se trouve, tant que celle-ci dure, à l'état aigu, et dans ce cas les injections uréthrales seraient, à une telle période, contre-indiquées; ou bien elle est à l'état chronique, c'est-à-dire il s'agil d'un suintement ancien préexistant à la chancrelle, <•' alors

i OEXISTBNI i: DE DIVERSES MALADIES. 535

il y ;i peu d'inconvénient à ajourner son traitement par injection8 jusqu'à la tri*e prochaine guérison < I u phimosis symptomatique de la chancrelle.

La chancrelle peul coexister avec une autre maladie que, dans nos nomenclatures, l'on ne compte point parmi les vénériennes, mais qui, en fait, les complique souvent, puisque, comme elles, elle -•' contracte fréquemment par le fait ou à l'occasion des rapports sexuels : \>' parle de la gale, el j'avertis les malades qu'ils s'exposent à inoculer leurs vésicules acariques, -i, Bans B'être lavé les doigts, ils y portent gles, après avoir pansé leur chancrelle.

Mais c'est la syphilis et la blennorrhagie, et justement les deux maladies les plus communes, qui, par leur coexistence, créent la complication la plus défavorable ;'i la cure chacune d'elles et, partant, la plus embarrassante pour le praticien. D'abord, en règle générale, quoi que vous disiez el ordonniez, le client soignera de préférence celui de ses maux qui l'incommode le plus et, naturellement, il négligera L'autre. De son côté, le médecin, accoutumé à avoir ses aises, à

*ler le régime, les médications, les habitudes en vue de la syphilis, ne se voit pas sans quelque dépit forcéde tenir compte de la complication qui vient se mettre à la traverse, Je le dis parce < [i i» • j'1 l'ai éprouvé : rien n'est contrariant comme de voir surgir, au milieu du plan d'attaque que vous aviez combiné, une escarmouche imprévue nécessitant une dépense de forces défensives qui déjoue vus calculs el peut compromettre le résultat final. Pour n'en citer qu'un trait, il est certain qui' la dépression morale, le découragement profond que cause à un Bujel syphilitique la présence d'un suintement rebelle est une condition détestable pour la guérison de sa syphilis.

Que ce soit l'une ou l'autre qui ail précédé, la blennorrhagie peul -■■ rencontrer soit à la première, soit à la seconde période de la >\|ihili-: el elle s'j rencontre ou à

l'état aigu, irrépressible , ou mûre, à l'état répressible.

Il y a ici un point préalable à régler. Une blennorrhagie aiguë se traite, on le sait, par le régime ténu et les délayants. Mais comme la syphilis a besoin, tout au contraire, de toniques, de reconstituants, on doit adopter, à titre de nécessité digne d'imposer quelque sacrifice, un plan consistant à diminuer le nombre des bains tièdes et à substituer aux boissons diurétiques qui conviennent à cette phase de la blennorrhagie de l'eau avec du sirop d'écorce d'oranges amères, quelques infusions de camomille ou de germandrée, un macéré de quassia amara, l'usage d'eaux ferrugineuses telles que celles de Saint-Alban, de Marcols, de la Bauche.

S'agit-il, plus tard, de couper?... La décision devient plus difficile à prendre. Avant tout, il faut avoir étudié comparativement les allures des deux maladies auxquelles on a affaire ; pour la blennorrhagie en particulier, tâcher de calculer, d'après son ancienneté, sa marche, son caractère plus ou moins inflammatoire, quel temps elle demandera pour arriver à maturité.

Ce compte est établi en vue de pouvoir traiter les deux maladies en évitant de faire ingérer à la fois au patient le mercure et le copahu, deux remèdes dont l'emploi simultané ne saurait être continué sans risquer de provoquer une irritation gastro-instestinale qui, outre ses dangers directs, entraverait l'absorption des médicaments.

Pour atteindre ce but, plusieurs voies sont ouvertes, et c'est affaire au praticien de choisir entre elles selon les circonstances. En principe, la vérole se compose de poussées successives qui laissent entre elles des intermittences, et nous savons que, durant ces intermittences, le mercure n'est pas indiqué. Le secret du double traitement consiste donc à conduire les choses de façon à faire concorder le moment où le copahu est bon à prendre avec celui où Ton peut se passer du mercure. Il suffit, pour cela, de pousser plus vivement ou

Il XISTENI E DE DIVERSES MALADII .•m contraire de laisser un peu traîner !<• traitement maturatil delà blennorrhagie, aQn qu'elle se trouve ôtre ■ l'étal répressible à l'un des moments de s (il de la syphilis.

Si, au contraire, la syphilis esl grave, si elle exige une médication énergique el prolongée, sacrifiez toul à cette indication capitale: en traitanl l<- syphilitique, faites prendre patience au blennorrhagien, el laissez l'inflammation uréthrale s'épuiser d'elle-même, jusqu'à ce que, lorsqu'elle complètemeul éteinte, la guérison de I étal indolenl qui a constitué sa dernière période puisse ôtre obtenue uniquement par l'emploi des injections.

Il eel aussi, dans cette guerre, des hasards heureux el des transactions permises. Quand le copahu esl indiqué el que, en vue d'un intérêl supérieur, on hésite cependant à suspendre la mercurialisation, il esl possible el convenable de la continuer soil par les frictions, -"il par les injections hypodermiques.

Dans d'autrescas, la syphilis, je le suppose, ne nécessitant pour le moment qu'une médication par l'iode remède que les voies digestives tolèrent mieux . je satisfais simultanément à la double indication en faisant boire, malin et soir, un l'eau où, après y avoir versé I ni! -2 grammes d'iodure en solution, on délaye «le r> a s grammes de poivre cubèbe pulvérisé.

Ces coexistences morbides ne sonl pas -.ni- compenser parfois par quelques avantages leurs inconvénients trop avéi es. Ainsi la continence étant l'un des meilleurs auxiliaires que compte l'hygiène du syphilitique, j'ai souvent eu à me féliciter de l'appui qu'une blennorrhagie intercurrente venait me prêter <'ii rendant temporairement impraticable à un jeune syphilitique ce dont tous mes conseils n'étaient point parvenus à !'• détourner.

Page 1