Cf. Dialogues, H
286 DE LA PRECELLENCE
Amver, ayans premièrement dict Riva, comme nous Rive : quand ils ont dict Travagliai\ Oltraggiar, Avantaggiar, après avoir ja dict Travaglio, OltraggiOy Avantaggio, qui sont faicts des nostres) quelquesfois ayans pris les Noms du langage Latin, mais voyans que les Latins n'en faisoyent point des Verbes, comme nous, ils se sont ruez sur les nostres. Pour exemple, ils n'ont pas eu de nous ce Nom Valley mais des Latins : toutesfois ils ont pris de nous Avallai\ non pas d'eux, qui n'ont point un tel Verbe. Voyla comment en une mesme chose ils se sont aidez de deux langages, du Latin ValliSy en leur Nom Valle : de nostre Avaller, en leur Verbe Avallar, Quant à ce que j'ay dict de Riva^ qu'ils l'avoyent pris de nous, je sçay bien qu'aucuns pourroyent faire difficulté de m'accorder cela, et diroyent qu'il se peut bien faire qu'ils l'ayent pris du Latin 77))a, aussi bien que nous, en usant du mesme changement. Mais je croy que ceux qui considéreront combien d'autres mots ils ont pris de nostre langue, qui ne les avoit pas eus des Latins, plustost que de les prendre d'eux, ne mouveront point ceste question. Au reste de ce que tant en ces Verbes derniers qu'es précédons, je ne mets qu'une sorte d'infinitif, escrivant (pour exemple) seulement AnHvary et non pas Arrivare aussi, j'en rendray raison ci-apres.
Quant aux Verbes tirez du langage ancien, outre Rimembrar, que Bembo met entre les mots Pro-
vençaux, et duquel use souvent Pétrarque : outre aussi Lusingar, Schernir^ Gabbar (qui est en ce proverbe, Passato il pericolo, gabbato il santo) ^ et Albergar, Sollazzar, venans des Noms dont j'ay faict mention ci-dessus, et outre plusieurs autres, qu'on peut remarquer non seulement en Dante et en Pétrarque, mais aussi en Boccace, ils en ont un non moins fréquent que notable, Ingombrar. Car on auroit tort de révoquer en doute si ce mot est venu de nostre Encombrer : qui se trouve mesmement en un ancien proverbe, A haute montée le faix encombre *. mais aujourdhuy il est encore moins en usage que le Nom Encombrier, duquel il est procédé ^ Au contraire les Italiens se servent autant (principalement en poésie) de cest Ingombrar, qu'ils ont forgé sur nostre Encombrer, que d'aucun autre Verbe qu'ils ayent pris de nostre ancienne langue, j'enten, de celle de nos ayeulx. Et à fin d'en tirer plus de service, ils ont faict un autre Verbe, contraire à cestuy-ci, asçavoir/)w/7ombrar, lequel ils luy opposent (comme on opposeroit Desencombrer à Encombrer) et quand bon
1. Le danger passé, on se semblable quVncomôner venait moque du saint. du verbe, et non le verbe du
2. Le Roux de Lincy, H, page substantif. Les substantifs cor- 227. respondant à ce verbe étaient
3. Le verbe encombrer, très plus nombreux qu'aujourd'hui, usité dans l'ancienne langue, Outre encombre et encombremais avec un sens différent de wcn<,rancienne langue avait enson sens actuel, paraît en effet combrance, encomùrier, encomavoir été pendant assez long- brage, encomàraison, — Cî.Diatemps en défaveur. 11 est vrai- logues, I, 181.
290 DE LA PREGELLENGE
qu'on vueille dire que Bembo ait pris le premier la hardiesse d'user de ce Nom. Il use aussi de Sgombra non pas comme Verbe, mais comme Nom adjectif, ou Participe (je doy estre excusé en ce que j'use des termes de l'art) en ce commancement d'une autre chanson,
Sel pensier che m'ingombra^
Com'è dolce e soaçe
Nel coPy cosi venisse in queste rime :
L* anima saria sgombra
Del pezo ond'ella è grasse :
Et esse ultime van^ ch*anderiam prime ^,
Peut estre que sgombra aura esté dict pour sgombrata. Quoy qu'il en soit, par les exemples que j'ay alléguez on congnoist estre vray ce que j'ay dict, asçavoir que le langage Italien a faict autant bien son proufit de ce vocable Encombrier, que d'aucun autre qu'il ait eu de nos ayeulx. Toutesfois ce qui m'a faict alléguer tant d'exemples, c'a esté aussi afin que par mesme moyen on pust tant mieux considérer comment ils n'ont pas seulement usé d'aucuns des mots qu'ils ont forgez à l'imitation du nostre, mais aussi abusé : duquel
de son cœur un tel flot de joie ces vers, mon âme serait souque chaque fibre s'en trouva lagéedu poids qui raccable;et ravivée. ce seraient mes derniers vers . 1. Si lapensée qui me remplit, qui marcheraient les premiers comme elle est douce et suave [ils l'emporteraient sur ceux en mon cœur, passait ainsi dans qui les ont précédés] (livre II).
abus je parleray plus amplement cî-apres, et ensemble de quelques autres.
Maintenant, pour retourner aux Verbes Italiens, tirez de ceux qui nous sont autant frequens qu'ils estoyent à nos ancestres, je ne m'arresteray point à ceux qui sont fort communs (pour exemple, Parlar, Cercar, Lasciar, Guardar, Grattar : comme Grattar la testa, ou la rongna) * mais à aucuns de ceux dont nous n'avons pas les oreilles tant battues. Je commanceray donc par un que plusieurs de nous n'oseroyent dire, ne l'estimans pas estre en usage entre les Italiens. C'est Inviluppar, forgé sur nostre Envelopper, duquel ils usent aussi (comme nous du nostre) autrement qu'en sa propre signification, tellement que l'interprète de Cornélius Tacitus * a dict, / quali s'erano la dentro ])er loro stessi inviluppati^. Sautant du coq à l'asne * (ce qui est permis en telle matière) je vien à Confortar et Riconfortar : prenant occasion de ce vers que . j'ay ci-dessus allégué de Bembo,
Cosi mi vien da voi gloia et conforta.
Lequel vers je prieray le lecteur vouloir aussi considérer (en passant) estre tel que l'oreille autant accoustumee au François qu'à l'Italien,