Garçon, domestique, valet, jeune garçon
peuple, comme quand au lieu de dire Veneno ils ont dit et escrit Veleno : (ainsi qu'en ceste ville mesmement une grande partie du peuple prononce Velin) * Bembo entre autres et Sannazaro ayans usé de ceste escriture, après Boccace. Quant à quelques mots, je sçay bien que certains seulement, et peu, en ont usé : comme de Straniero, faict à l'imitation de nostre Estranger, car l'ordinaire est Forestiero, Ce que je puis encore mieux dire de Artiassar non pas pour Tuer, mais pource que nous disons Amasser, qui se lit au commancement d'un livre intitulé. Il thesoro di M. Brunetto Latino Firentino, precettore del divino poeta Dante *. Car il commance ainsi, Si corne el signiore che vuole in un luogo amassare cose di grandissimo valore, non solamente per sua diletto, ma per cresciere il sua potere, etc. mais il est escrit là, ammassare, avec double m. Et par ceci nous congnoissons combien desja anciennement les Italiens se servoyent de nostre langage^.
1. Voir Thurot, Prononcia- in-r de 125 feuilles (très rare). tion française, II, 261. Littré Garan ta, qui ignorait Texistence cite un exemple de saint Ber- de l'édition de Trévise, adonné nard : lo velin de la detr action» la sienne comme la première. »
2. Biographie universelle de Voici la phrase de Brunetto Michaudf : « Buono Giamboni, Latini dont Estienne cite la qui vivait peu de temps après traduction : [Cist livres est ape- Brunetto, a traduit son ouvrage lés Trésors ; car] si corne H stres en italien sous ce titre : Qui qui vuet en petit leu amasser incommencia il Tesoro di Bru- chose de grandisme vaillance, netto Latino de Firenze, e parla non pas por son délit seulement, del nascimento e délia nalura mais por acroistre son pooir. di tutte le cose. Cette version 3. Les partisans de Titaliaa été imprimée à Trévise, 1474, nisme disaient amasser dans le
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Mais parlant des terminaisons, j'ay oublié de faire mention d'une en astro^ en ce mot flliastro, faict de notre fîliastre. Car que ceste terminaison soit nostre, et non pas à eux, il appert par nos deux autres mots parastre et marastre. Toutesfois nous ayans pris tant d'autres choses, il ne se faut esbahir s'ils ont osé prendre aussi cela.
Et pour monstrer encore d'avantage comment en nostre langage tout leur a esté bon, et qu'ils n'ont rien trouvé trop chaud, ni trop froid, (comme nous disons en commun proverbe) j'adjousteray qu'ils nous ont pris aussi les mots qu'il est vraysemblable que nous ayons de nos Gaulois : comme Héberge ^ ou Herbei^ge^. Et quant à cestuyci, nous avons à nous plaindre pareillement des Espagnols, car ils en font leur proufît aussi bien que les Italiens : lesquels disent Albergo, et eux, Ahergueria, Je di qu'il est vraysemblable que nous l'ayons de nos ancestres Gaulois, veu qu'aujourdhuy encore les Alemans en usent : lesquels nous suivons de beaucoup plus près, et principalement quand nous escrivons Herberge, car il n'y-a autre différence entre ce mot et le leur, sinon que nous adjoustons un e en la fin. Tant y-a que comme nous avons aussi le verbe Héberger^ ou Herberger^ ainsi les deux nations susdictes oniYune AlbergaVy l'autre (à sçavoir l'Espagnole) Alvergar, Je doute
sens de tuer, y oiv Dialogues, I, 1. Le mot est d'origine ger- 76. manique.
si on pourroit point dire aussi que Fol soit de ceux qui nous sont demourez depuis ce temps la. lequel est du nombre de ceux que les Italiens nous ont tirez, car Pétrarque mesmement en use, où il dit, caduche speranze, o pensier folli. Je sçay bien toutesfois qu'aucuns estiment que ce Fçl soit venu de cf auXoç, autres de © oXxoç * : et ne trouve point contre raison qu'estant des Gaulois, il eust néanmoins esté pris des Grecs : si ainsi est qu'on trouve apparence en l'une ou l'autre de ces etymologies. De la mesme hardiesse ont usé les Italiens en un mot lequel on voit apertement avoir esté par nous tiré du langage Grec. J'enten Martiro^ qu'on lit en quelques lieux de Pétrarque, aussi pris de nostre Martire : au lieu duquel Martiro Boccace a dict Martorio^ où il y-a une dépravation non moins vilaine que manifeste. Mais nous avons aussi cest avantage, que nous usons de Martir par métaphore correspondante à celle que nous donnons à Martire.
Quant à Altiero, il-y auroit (peut estre) quelque apparence qu'ils l'eussent faict à nostre exemple : c'est à dire, à l'exemple de nostre mot Hautain : ayant esté dict Altiero de Alto^ comme Hautain de Haut,
Je vien à ceste partie d'oraison qu'on nomme
1. Le mot vient probable- par métaphore à une personne ment de follem, enveloppe, qui a perdu la raison. Voir soufflet, ballon, et s'applique Scheler.
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les Verbes : c'est à dire, à monstrer comment les Italiens n'ont pas moins faict leur profit de nostre langage ici que là : encore que là ils ayent fouillé par tout : voire jusques à nous prendre une Touaille (dequoy ils ont faict una tovaglia) et emmener une lavandière, desguisee en Lavandaia, pour la pouvoir faire laver quand elle seroit sale. Il semble qu'ils se devoyent contenter de cela : mais ils ont bien faict d'avantage, car au lieu qu'on dit ordinairement de ceux qui n'ont rien laissé, qu'ils ont en\porté jusques au chien et au chat, nous voyons qu'eux n'ont pas quitté leur part de nos rats et nos souris, les desguisans en ratti et sorici : sans considérer qu'en nostre souris nous abusons du mot Latin Sorices * .
Or est-il certain que si là ils ont trouvé beaucoup à prendre, ils n'ont pas moins trouvé en ce quartier où sont les Verbes : aussi ne s'en sontils pas retournez moins chargez, comme je vous feray voir. Et pource que j'ay tantost faict mention des Noms Oltraggio et AvantaggiOy entre ceux qui ont ceste terminaison en aggio, (par laquelle les Italiens représentent la nostre qui est en âge) je commanceray par les Verbes qui sont tirez de
1. En effet, Forcellini, au clariusque strepat, et plus affe-
moi sor ex f donne cette défini- rat détriment!. Plin.,1. 11, c. 50,
tion : mus agrestis et rusticus, sorici tribuit caudam in ima
et, au mot mus, fait cette re- parte setosam,utbubus et leoni:
marque : « Greditur differre a et, 1. 8, c. 57, ex Nigidio tradit
sorice quod sorex major sit, sorices hieme condi. »
ces Noms : à sçavoir par Oltraggiare et Avantaggiare : lesquels ont esté faicts sur le portraict (s'il faut ainsi dire) de nos verbes Oultrager et Avantager^ comme Oltraggio et Avantaggio sur celuy de nos noms Oultrage et Avantage, Je mettray Travagliar après, encore que je n'aye point faict mention du nom TravagliOy d'où il est sorti*. Le cardinal Bembo use de ce verbe au commancement de ses Asolains. Il use en ce mesme livre de Proccaciar, incontinent après : il use aussi de Insegnar^ de Guidar, de Guatar, de Risvegliar, de Surmontar, deRitornar, Raccontar, Rinforzar, Riposar, AbbandonaVy Sembiar, Traboccar, Dimorar, Ricomminciar, Ricoverar, Crolar, Qui sont autant de nos verbes François habillez à l'Italienne : à sçavoir, Pourchasser, Enseigner, Guider, Gueter, Reveiller, Surmonter, Retourner, Raconter, Renforcer, Reposer, Abandonner, Sembler, Trebuscher, Demourer, Recommancer, Recouvrer, Croler.
Avant que passer plus outre, j'advertiray, à propos de quelques exemples que j'ay amenez de Verbes pris par les Italiens, aussi bien que les Noms dont ils sont procédez, qu'ils se sont gouvernez diversement en cest endroit, je di quant à prendre nos Verbes, car quelquesfois ils n'ont pas pris nos Verbes sans prendre aussi nos Noms (comme quand ils ont dict Amvar, faict de nostre