‹ La précellence du langage françoisChapitre 142 sur 183 · Toutefois il n'y a guère ser. (Joum. I, nouv. i · texte numérisé non relu

Toutefois il n'y a guère ser. (Joum. I, nouv. i

avoir : à la nostre, suivant que, à la leur, suivant che, pour Combienque. Et ainsi en a usé Pétrarque, et après luy Bembo, et autres. Ils disent aussi Ancora che, comme nous Ancore que, pour Combienque.

Us font aussi leur proufit de nostre particule Que, (encore qu'ils la desguisent en Che, comme on voit en quelques passages precedens) voire en font leur proufit en tant de sortes, que s'ils veulent confesser la vérité, ils diront que le François ha un grand avantage pour entendre tous les usages de ceste particule. Car comme nous faisons servir nostre Que de diverses particules Latines, ainsi eux leur Che. Quant à l'usage qu'il ha en ce lieu de Boccace lequel je vien d'alléguer, Egli è stato si malvagio huomo che non si vorra confessare, il est fort commun : et nous pareillement selon nostre parler ordinaire dirions, Si mauvais homme qu'il ne voudra pas faire cela. Toutes deux tiennent souvent la place de la particule Latine quam : comme en ce passage des Asolains du cardinal Bembo, E sono mi sempre gravi le sue fatiche [si corne di carissimo amico che egli niè) forse non guari meno che elle si sieno allui *. ainsi que nous dirions, (usans aussi du mot d'où est venu ce guari) Non guère moins qu'elles sont à luy.

1. Et toujours ses fatigues sont peut-être guère moins (comme celle d'un bien cher pénibles qu'elles ne le sont ami qu'il est pour moi) ne me pour lui.

316 DE LA PRECELLENCE

Quelquesfois toutes deux servent de la particule Latine ut, comme où Plante dit, Mihi suasit nt ad te irem, car nous dirions, Il m'a conseillé que j'allasse à toy. Et pareillement les Italiens useroyent de che. Comme aussi avec le verbe Rogavit. ainsi, Rogavit ut id faceret, Il le pria qu'il fist cela, Loprego che facesse quello. Souvent aussi tant l'une que l'autre tient le lieu du hoti Grec, qu'on exprime par quôd, mais non assez Latinement : comme, Rispose colui che lo attenderebbe '. Quelquesfois aussi, en une mesme période, caste particule ha deux significations diverses, telles qu'auroit nostre Que comme en ce passage de Boccace, Se egli è cosi tuo corne tu diy che non ti fai tu insegnare quello incantesimo? che tu possa fare cavalla di me ', etc. car nous dirions aussi. Que ne te fais-tu enseigner, etc. au lieu de dire, Pourquoi ne te fais-tu enseigner. Item, Que tu puisses faire, etc. au lieu de dire, A fin que tu puisses faire. Il est vray que nous avons des façons de parler ausquelles ce second usage de ceste particule convient mieux. Et comme nous disons aucunesfois Que, au lieu de Tellement que, ainsi eux usent de leur Che, Exemple, E seconella sua cella la mena, che niuna persona se n'accorse '.

1. Celui-ci répondit qu'il que) tu puisses faire de moi l'attendrait. une jument. {Jouim.W^nouv.n)

2. S'il est autant ton ami que 3. Et il la mena avec lui dans tu le dis,que ne te fais-tu ensei- sa cave, (de telle façon) que gner cet enchantement,que (afin personne ne s'en aperçut.

Quelcun se pourroit esmerveiller que je m'amuse tant à des particules, et spécialement à ceste-ci, qui est si petite : mais ceux qui sçauront la pêne qu'a prise le cardinal Bembo à expliquer les divers usages d'icelle, et qu'ont prise aussi aucuns après luy, ne s'esbahiront point d'une telle recherche : et principalement s'ils considèrent que de la descouverte que je fay s'ensuit que pour bien entendre certains passages des livres Italiens, ausquels ces particules sont appliquées, un François ha plus d'avantage qu'un Italien, car le François les entend incontinent, pource qu'il recongnoist son naturel langage : (pourveu qu'on n'y use point de masque, comme j'ay monstre naguère avoir esté faict à l'endroict de nostre Se non) l'Italien trouvant du langage emprunté parmi le sien, y est aussi empesché que les Grecs à l'entour de leurs glossrimatica ' : et n'en peut bonnement venir àbout, qu'en conférant plusieurs passages les uns avec les autres. Voyla aussi pourquoy il ne se faut esbahir si quelques paroles et quelques façons de parler qui sont tant en Boccace qu'en Pétrarque, ne nous sont si estranges qu'à eux, et ne nous eschapent point si aisément de la mémoire.

Toutesfois à fia de n'estre trop long en ce discours, qui est touchant les mots indéclinables, je

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