‹ La précellence du langage françoisChapitre 143 sur 183 · Hots vieillis, expressions surannée · texte numérisé non relu

Hots vieillis, expressions surannée

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laisseray le reste que j'aurois à dire de ceste particule : advertissant seulement qu'on prenne garde, entr'autres choses, qu'ils ont faict aussi Per cio che, de nostre Par ce que : et de notre ^ fin que^ ils ont faict A fine che : et se trouve mesmement en l'epistre du cardinal Bembo devant ses Asolains. Encore adjousteray-je ceci, que ceste particule Che, non seulement quand elle est ce qu'on appelle Adverbe, ou bien ce qu'on nomme Conjonction, mais aussi quand elle peut estre mise au reng des Noms, ha quelques usages qui sont pris de nostre langue, à l'intelligence desquels sont fort avantagez ceux qui l'entendent. Et faut noter qu'estant Nom, c'est quelquesfois ce que nous disons Que, autresfois ce que nous disons Quoy r et qu'on l'applique mesmement à ceste façon de parler dont nous usons pourbriefveté, Mais quoy? car on dit pareillement Ma che? et ceste façon de parler se trouve au second livre des Asolains de Bembo. Je di, ma che, sans adjouster autre chose : mais celuy qui est François, ou pour le moins est accoustumé à la langue Françoise, s'avisera incon-^ tinent de ce qui doit estre là entendu sans dire.

Et à propos de ce A fine che, (dont j'ay parlé naguère, pour nostre A fin que) je dis qu'ils usent aussi de Al fine, à l'imitation de ce que nous disons A la fin, et A la parfin, et En fin finale, et (tout en un mot) Finalement : au lieu du Tandem

DU LANGAGE FRANÇOIS. 3t^

des Latins, et que Pétrarque pour cela mesme a dict Al fine,

— Un gran miracol fia, Se Christo teco al fine non s'adira * .

J'ay faict mention ici de ces deux petits mots, Al fine, pource qu'en ceste signification ils tiennent le lieu d'un Adverbe, et tout d'un train en adjousteray d'autres de mesme sorte, c'est-à-dire de ceux qui peuvent aussi estre appelez adverbia temporis, comme est ce Tandem, auquel respondent ces deux petits mots Al fine. Le premier sera. Finalmente, qui ha la mesme signification : estant faict sur nostre Finalement, Le second lieu sera pour Sovente, et Soventemente : de l'un desquels, à sçavoir Sovente, Bembo fait mention, parmi les mots qu'il confesse avoir esté pris des Provençaux : mais il ne parle point de Soventemente, duquel toutesfois il use luy mesme au troisième livre de ses Asolains, Di oui e io hora fho ragionato, et ogniuno piu soventemente ne ragiona '. Lequel Soventemente est un mot François, ayant une alonge Italienne : je di alonge convenable à leurs Adverbes, laquelle n'est pas en l'autre, Sovente. Le troisième lieu sera pour Tosto et Tantosto.

l.« Ce serait un grand miracle 2. Ce dont je t'ai parlé tout si le Christ à la fin ne s'irritait à Theure, et dont tout le monde pas contre toi. » {Sonnet cviu.) parle plus souvent encore.

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car comme après avoir esté si hardis que de nous prendre nostre Souvent, et en faire Sovente, ils ont bien osé changer encore ce Sovente en Sovente- 7nente\ ainsi de Tosto, faict de nostre Tost, ils sont venus jusques à Tostamente, et Boccace mesmement en use. Quant à Tosto, ils s*en sont aussi servis en toutes les sortes qu'on se peut servir de nostre Tost. car comme nous disons Bien tost, ainsi eux molto tosto : et, Il piu tosto che tu puoi, pour Le plus tost que tu peus. Aussi Piu tosto, en -comparaison, comme, Piu tosto schemevole riso. che pietose lagrime ne vedrei * : ainsi que nous dirions : Plustostun ris que des larmes. Ils ont dict aussi, Si tosto corne, et Cosi tosto corne, ainsi que nous dirions, Si tost que, et Aussi tost que. Et non -contens de tout cela, ont emmené aussi nostre Tantost, le desguisans pareillement en Tantosto. Duquel nous voyons que Bembo n'a pas voulu quitter sa part, car nous lisons au troisième et dernier livre de ses Asolains, E questi, tantosto 4^he del ])alagio de la reina sono usciti, s'addormeniano : et cosi dormono fin attanto che essa gli fa risvegliare ^. Où il faut remarquer tout d'un train «este phrase Fin attanto che, (pour Fin à tanto che)

1. On a dit autrefois aussi en 3. Ceux-ci, aussitôt qu'ils sont français souventement. sortis du palais de la reine,

2. Tu en verras plutôt naître s*endorment, et dorment ainsi 4jn rire moqueur que des larmes jusqu'à ce qu'elle les fasse ré- <le pitié. veiller.

qui est à demi Italienne et a demi Françoise : veu que nous disons Jusques à tant que. Ce que les Latins diroyent Usquedum : qui est aussi adverbium temporis. La quatrième place sera pour Mai et Giamai, lesquels ils ont forgez à l'exemple de nos Mais et Jamais. Toutesfois ils usent aussi de Mai seul, où nous userions de Jamais^ car pour Mai piu, nous dirions Jamais plus. Quant à Giamai, encore ne di-je pas assez, qu'il a esté forgé à l'exemple de nostre Jamais : veu que c'est une mesme chose, sinon qu'il y-a un peu de desguisement. Lequel (pour dire la vérité) est de meilleure grâce que celuy duquel ils usent en plusieurs autres paroles : et que n'est aussi celuy que nous avons en ceste Espagnole, Jamas, qui signifie la mesme chose, duquel neantmoins use l'interprète de Pétrarque, comme d'un fort beau mot, El que jamas perdona à alcun biviente *. Le cinquième lieu sera pour Anchora^ faict de nostre Aiicorey lequel toutesfois n'a point d'aspiration, comme cestuy-la. Le sixième pourra estre pour Gia, qu'ils ont faict de nostre Ja : combien qu'il soit aussi en ce composé Giamai^ duquel j'ay faict mention naguère.

. Le dernier mot dont je vien d'user. Naguère^ me fait souvenir de leur Guari^ qui pourra avoir le septième lieu. Bembo le met entre les mots

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