‹ La précellence du langage françoisChapitre 149 sur 183 · DE LA 1*REC£LLËNCË · texte numérisé non relu

DE LA 1*REC£LLËNCË

en ses Asolains', Non fa mestiero di moite parole^ Et vers le commancement de ce mesme livre, AquxiU quasi j^ei* lo coniinouo et di calamita et di scorta lion faccia mestiero '. Toutesfois aujourdhuy nous n'appliquons guère nostre Verbe Faire avec le mot Mestier en ceste façon, Bien peu sont ausquels il ne face mestier de telle chose : au lieu de dire. Bien peu sont qui n'ayent mestier de telle chose. A grand peine aussi diroit-on, Il ne fait pas mestier de beaucoup de paroles : pour signifier, Il n'est pas besoin. On dit bien. Gela me fait mestier. encore qu'on die plus souvent. Cela me fait besoin. Mais il est vraysemblable que du temps des premiers enrichi sseurs de la langue Italienne (c'est à dire de ces anciens auteurs qui enrichissoyent leur langue de la nostre) et es lieux où ils estoyent, on appliquoit ce mot encores autrement que maintenant : ce qu'il faut aussi penser des autres. Pour exemple, on dit aujourdhuy, Donner aide, Donner secours, plustost que Prester aide, Prester secours : toutesfois ils disent, Prestar ajuto, Prestar soccorso : et Boccace mesmement en use quelquefois.

Je retourne à Bembo, qui dit, parlant Italien François, Gismondo cosi prese à dire : car ceste façon de parler est prise de nostre Prendre : quand

1. Il n'est pas besoin (litt. : il 2. Qui n'aient pas besoin conne fait pas métier) de beau- tinuellement et de boussole et coup de paroles. de direction.

nous disons, // se prit à dire. Et faut noter qu'il n'a pas exprimé nostre se : mais Boccace aussi ne Tavoit pas exprimé, quand il avoit dict, Lauretta lietamente prese a dire * ou, addire, comme les autres aiment mieux escrire.

Ce mesme auteur (j'enten Bembo) use d'une façon de parler Italienne-françoise fort belle, mais laquelle maints Italiens ne pourroyent pas entendre, et peu de François faudroyent à l'entendre, c'est où il escrit, Quanto egli gia nelV entrar de suoi ragionamenti andava tentoni, si corne quello che nel buio era *. Car Andava tentoni, c'est au lieu de ce que nous disons. Il alloit à taston : mais cela est dict ici métaphoriquement : et d'autant ha-il meilleure grâce. Quant à ce mot Tentoni, il est tout évident que ceux qui disent A tentone, approchent plus près de nostre mot : et encore plus près les Napolitains, qui prononcent A tantone.

Entre les phrases qu'ils ont tirées de nostre langage, aucunes ne se trouvent qu'en quelcun de nos dialectes, comme ceste-ci, lo Vho messo in salvo, ou, posto in salvo, alors mesmes qu'ils veulent signifier simplement ce que nous disons, Je l'ay serré. Car ainsi disent les Picards, Je Vay mis en saulve.

1. Laurette gaiment se prit ses raisonnements, il allait à à dire... tâtons, ainsi qu'un homme dans

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