‹ La précellence du langage françoisChapitre 162 sur 183 · L. 38. H. Estienne écrit che · texte numérisé non relu

L. 38. H. Estienne écrit che

1. Le ( qui s'intercale aujourd'hui, dans l'écriture comme dans la prononciation, antre les TOTelles finales -e -a, et les pronoms il, elle, on, à la 3« personne du singulier, n'est pas représenté graphiquement :

Pour le moins ba elle eeetuy ci. 117.

Si faudra- il que. 97.

Cependant le ( se prononçait même avant le temps d'Henri Estienne. (Voir Thurot, Prononciation française, II, 242-24S.)

OBSERVATIONS GRAMMATICALES

vreuls pour chevreuils 136. Les grammairiens nous apprennent que 17 ne se prononçait nas dans ce mot.

même au sinfrulier. — Dans une citation de Ronsard, on lit jallir pour jaillir 53. Encore au xvii* siècle on était indécis sur l'orthographe et la prononciation de ce mot, qui s'est écrit jalir, jallir et jaillir.

H. 39. On trouve la troisième

Sersonne a écrite comme aujour- 'hui on bien avec A, ha, bien que les autres formes du verbe avoir soient toujours écrites sans Vh éty< mologique. Peat-étre y a-t-il là non pas une influence de Tétymologie, mais un désir de donner au mot meilleure figure et de le bien distinguer de la préposition. — On trouve, avec h, harquebouze 1 19, qui s'écrivait aussi sans A. L'indécision vient sans doute de ce que ce mot, venu de l'italien archibuso, remplaçait notre vieux mot ha^uebute^ qui venait, comme le mot italien luimême, de la forme germanique hakenbûchse. La lettre h se trouve aussi, sans aucune raison, dans les mots Bhodomont ^; thoscane 44 ; Theutons 63.

MétathéBe. — 40. H. Estienne écrit prouveu pour pourvu 349. On trouve dans les proverbes qu'il cite esprevier pour épervier 303; fourmage pour fromage 314. Pour le mot pourveu notre forme actuelle était aussi celle de l'ancienne langue.

C'est l'influence étymologique qui a momentanément rétabli prouvoir.

Les deux formes étaient employées au XVI* siècle. La forme épervier est plus conforme à l'étymofogie (anc.

ht. allem. sparvari). Mais c'est la forme esprevier qui est usitée dans l'ancienne lanf^ue. Le mot fourmage est plus près de son origine, formatieum^ que la forme moderne. Les deux formes paraissent avoir été usitées dans l'ancien français.

IL FORMES ET SYNTAXE •. — SUBSTANT1FS.41 .Henri Estienne

ne fait pas la même distinction que noua entre aïeux et aieuls :

Par droit leur place doit derooarer à Capitaine et k Soldat, puisqu'ils eo sont «n possessioa des le temps de nos ayeuls. 349.

Cette distinction ne s'est établie que beaucoup plus tard. Massillon écrit encore :

Le sonrenir de leurs aïeuls devient leur opprobre. (LiUré.)

43. Certains mots sont, dans la Precellence, d'un genre autre qu'aujourd'hui. Affaire^ œuvre, épithète sont du masculin.

Que feroit leur langan parmi les aflliires d'Estst tels que eeux (le ce royaume? 149.

Un projet et comme un modelle d'un œuvre que je délibère intituler De la precellence du langage françois. 1.

Quand il seroit question d'honorer la mémoire des gens de bien de quelque bel epitbele. 158.

Affaire^ masculin dans l'ancienne langue, est des deux . genres au XVI* siècle. Œuvre est féminin dans l'ancienne langue, masculin ou féminin au XVI* siècle, masculin surtout en parlant d'une œuvre littéraire :

dans ce sens il est longtemps masculin.

Je sais qu'il est indubitable Que, pour former œuvre parfait, Il faudrait se donner an diable. (Voltaire, dans Littré.)

Le mot est encore masculin aujourd'hui dans certains cas. Le mol épithète n'entre dans la langue qu'au XVI* siècle, et il y entre comme mot masculin : Vau gelas même dit encore épithète mal placé (Littré).

Doute, malvoisie, meslange, sont du féminin :

Il n'y a nulle doute. 148.

Et nous arreslions à l'autre, de boire apre.« le melon de la meilleure malvoisie que pouvions trouver. S16.

L'oreille... recongnoist en chacun mot une meslange de ces deux. S92.

Doute, féminin dans l'ancienne langue, l'est encore dans Malherbe et dans Rotrou :

1. Les citations de Malherbe, Corneille, La Fontaine, Racine, La Rochefoucauld. Mme de Mvipé, La Bruyère sont empruntées en général aux éditions de la Collection âet Grands Eertvatna (Hachette).

OBSERVATIONS GRAMMATICALES

No« doQlet saroot felaireies El m«nUroat lei propbéti«(.

(Malb«rbe, dans Litlré.)

Malvoiêie était féoiiaia dans Taacienne langue et an temps d*E»tienne :

J'117 Tes ce pandaat qu'on t'enlrelanoit ao bout d'une table de la beauté d'une tapisserie, ou du goust de la malvoisie, se penire beaucoup de beaux traiels à l'autre bout.

(MouUigne, I, 25.)

Mealange est des deux genres au XVI" siècle :

La meslange des couleurs. (Paré, dans Littré.)

ADJECTIFS. 43. On voit plus fréquemment qu'aujourd'hui laforme grand an féminin : grand ville 5 ; grand partie 17; grand voix 38; grand nuit 51 ; grand joye 130. Mais H. Estienne emploie quelquefois l'apostrophe, comme nous le faisons aujourd'hui dans le mot grand* mère^ ce qui montre qu'il ne songe pas à Tancienne similitude du masculin et du féminin dans les adjectifs de cette catégorie.

' Les formes fol^ mol^ vieil se rencontrent même sans que le mot soit suivi d'une voyelle, ou, pour le mot fol, même quand il est pris substantivement :

Il fout aussi qu'il ait peur d'un fol, tesinoia cestuy-ci. 206.

Combien est viril le son de ces psroles françoises, et combien est mol celui des italiennes à comparaison. 64.

Nous le voyons estre de nostre plus vieil langage. 177.

On trouve même la lettre l au pluriel, let fols.

Plusieurs choses qui sont à considérer en la nature des fols. 206.

Fol au lieu de fou s'emploie encore au xvii< sièrle, et Bossuet dit même fols, au pluriel :

Meilleur est l'enfant pauvre et sage que le

roi vieux et fol. (Pascal, dans Littré.)

O soin inutile ! diront les fols amateurs du

siècle. (Bossuet, dans Littré.)

Il est vrai que dans cet exemple Bo!*suet a peut-être voulu distinfruer l'adjectif du substantif. — Corneille emploie encore mol comme au xvi» siècle, et vieil se trouve cou-

ramment devant une consonne an xvit* siècle :

L'outrajee que m'eât lait ce mol consentement (Corneille, dans Littré.)

César était trop vieil, ce me SMnble, ponr a'aller amuser à conquérir le mooda. (Pascal, dana Uttré.)

44. Certains adjectifs : efficace, précèdent, semblable sont employés substantivement. On peut y joindre le pronom mesme :

Combien plus de vertu et d'efficace. 4.

Ne Ii$on.«-nou8 pas de Chilperie qu'il fit la mesme (la même chose) en la sienne. S.

Et me suffira d'avoir rendu ici raison de cela, tant pour le précèdent (ce qui précède) que pour ce qui suit. 308.

Nous devons faire le semblable es paroles prises du latin ou du grec. 177.

Jttsqnes à tant qn'on ait trouvé moyen de rendre possible un tel impos.sibIe. 71.

Le même usage se retrouve au XVII* siècle.

On n'ignore pas qu'une louange en grec est d'une merveilleuse efOeace à la teste d'un livre. (Molière, dans Littré.)

On trouve encore au xvii« siècle le même sign\Ù0Lnl la même chose :

C'est quasi le même de converser avec ceux des autres siècles que de voyager.

(Descartes, dans Haase.)

45. Certains adjectifs se construisent autrement qu'aujourd'hui. Estienne écrit digèrent à 13; propre pour 19. Le xvi* siècle a dit non seulement différent à, mais aussi différer à quelqu'un, et quant à l'expression propre pour, on la trouve encore beaucoup plus tard :

Ambroise lui répondit que lui... n'était pas propre pour être l'entreroettenr de l'absoluiion. (Fléchier, dans Haase.)

46. L'adjectif précède assez souvent le substantif dans des cas où nous avons l'habitude de le mettre après, notamment quand il est luimême déterminé par un autre mot ou quand, au lieu d'un adjectif, il y en a deux coordonnés : Estienne dit : l'obstiné Grec 32; leur naturelle terminaison 46; les plus endurcis courages 3; leur plus fondamentale proposition 47 ; le plus poli langage français 73 ; la plus blanche femme 89 ; une vraiement royale affection 6 ; mon nayf et comme naturel

OBSERVATIONS GRAMMATICALES

langage italien 31 ; plusieurs beaux et fort significatifs vocables 190.

Cette liberté de construction est devenue plus rare au ^vii* siècle, mais on l'y retrouve encore très nette :

Dieu les laisse anx diables, ses capitaux ennemis. (Bossuet, dans Haase.)

C'est assurément la plus belle, la plus surprenante et la plus enchantée nouveauté qui se puisse imaginer. (Sévig^ié, IV, 21.)

47. On trouve coordonnés pour déterminer un substantif des mots de différentes natures :

Il y-a une vertu occulte en ses paroles, accompagnées de la majesté tant de l'éloquence que de la royale. 5 .

48. H. Estienne emploie le positif d'un adjectif avec la valeur d'un véritable superlatif :

C'est un des gentils emprunts que nostre langage ait faict de messieurs les veneurs.

49. Deux adjectifs au superlatif étant coordonnés, il ne met le plus que devant le premier : la plus belle et gentile.

ARTICLE. 50. La vieille forme es se rencontre à chaque instant dans la Precellence : es mains 6; es pays 13 ; es proverbes 22 ; es mots 46 ; es terminaisons 69. Elle est en effet constammentemployée jusqu'à la fin du XVI" siècle, mais Malherbe en restreint l'usage et Vaugelas la condamne. (Voir Brunot, Thèse, p. 480.)

51. L'absence de l'article défini est encore bien fréquente : que nous facions paix 25 ; tous autres 26 ; à despourveu 37, etc. Encore au XVII* siècle il s'en faut de beaucoup que l'omission de Tarticle soit aussi rare qu'aujourd'hui : La confiance des grands ne vient le plu» souvent

?'V£ de vanité. (La Rochefoucaud, , 128.}

Ce charme inexprimable

Qui rend le dieu de? vers sur tous autres

[aimable. (La Fontaine, dans Haase.)

52. L'article est au contraire exprimé dans Charles le Quint 31 ; le Pétrarque 47; trouver le moyen 190. En disant le Pétrarque on sui-

vait la coutume italienne. On a eu le tort d'étendre cet usage à des prénoms, à des noms français, et même, pendant quelq^ue temps, à des noms grecs et romams.

53. L'article indéfini manque plus souvent encore que l'article défini, surtout devant les adjectifs indéfinis : même langage 4 ; autre raison 11; telle façon 45, etc. De même encore au xvii« siècle : Il y a telle liaison (Descartes, dans Haase); Auriez-vous autre pensée en tête (Molière, Tart. I, v.). Mais le même lait se produit bien souvent aussi avec des substantifs.

54. L'article partitif manque souvent aussi, soit au singulier soit au pluriel :

Font trouver diversité. 69.

Trouve moyens nouveaux 5.

En grandes entreprises 11.

Si c estoient mots d'évangile 16.

A tels changements 18, etc.

On trouve aussi devant l'adjectif qui précède le substantif des au lieu de de que nous mettrions aujourd'hui : des excellens verbes 153. Les grammairiens du xvii« siècle, et Malherbe le premier, rendent l'usage du partitif obligatoire dans beaucoup de cas où on l'omettait au xvi« siècle, et interdisent l'emploi de des devant un adjectif précédant un substantif.

(Voir Brunot, thèse, p. 342 et suivantes.)

55. L'article défini ou indéfini manque souvent devant le second de deux substantifs coordonnés :

La liberté ou plus tost licence. 71.

La monstre et eschantillon. 237.

Une gravité et autorité, 4. etc.

NOMS DE NOMBRE. 56. Henri Estienne dit, en employant le nombre ordinal là où nous employons le nombre cardinal : Benri second 31; Marcel second^ 31.

C'est l'habitude de tons les écrivains du XVI* siècle, et cette habitude se maintient au xvii«.

PRONOMS. — Pronoms personnels. 57. Le pronom personnel

OBSERVATIONS GRAMMATICALES

sujet est louTeiit omis aa xvi* siècle, eomme dans l'ancienne laniçue :

Vêirê puis et doi adjooster..., 17. [29

El acîjousteny que non inteatioa n'est pas.... Noos eserirons autrement que ne pronon-

[eeoor. 33 Et qnelqnesfoia Inj en donnent aussi une

[autre. 170, etc.

Le dujel est omis en particulier dans l'expression y a, pour il y a 77. On trouve quelquefois, quand le pronom sujet est omis, le prnnom moy^ etc., qui est en réalité en apposition au sujet sous-eutendu :

Et inoj l'avois tradniet. 50.

Moj mesme sais contraint. 104.

Encore au xvii* siècle :

Il eft de retour et crois que cette bronil* lerie est apaisée. (Malherbe, III, 48S.)

Moi qui écris ceci ai peut être cette envie. (Pascal, dans Haa-^e.)

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