‹ La précellence du langage françoisChapitre 164 sur 183 · Cela se trouve employé pour ce · texte numérisé non relu

Cela se trouve employé pour ce

Cela qui sortiroit de la bouche d'un autre ne seroit tenu encore que pour dict. 5.

Cet emploi de cela était assez fréquent. Malherbe le blâme chez Desportes : « Cela ne se dit point devant que; mais ce. » (Brunot, Thèse, p. 394.)

80. Ce a la valeur de cela ou ce fait dans Texpression ce que :

Je l«nr faray conresser que ce qu'ilii coupent ainsi la queue à ces mots bit grandement contre eux. 43.

Car ce qu'il change les terminaisons des mots latins plus que le leur, on ne peut dire que ce soit une telle dépravation. 73.

Cet emploi de ce était fréquent au XVI" siècle, mais le sens du mot est toujours allé s'affaiblissant.

81. L'ellipse de ce est fréc[uente soit detant le pronom relatif, soit devant le pronom interrogatif :

(Ce) qni est une chose semblable à celle 4]u on a dicte de Xenophon. 13.

(Ce) qui est pareillement donner au langage italien la terminaison françoise. 83.

Quand on s'esmerveilloit qu'il instruisoit si bien ses disciples à plaider les causes, à quoy lui-mesm« n'estoit pas propre. 29.

Voyci qu'il dit. 4.

On peut considérer que la même ellipse existe lorsqu'il emploie de quoy au lieu de ce dont :

Nous avons nos langues plus à délivre que les leurs pour prononcer les mots grecs et latins que nous empruntons, sans les dépraver comme eux, de qnoy j ay amené beaucoup d'exemples. 18.

Cette ellipse, très fréquente pendant le XVI" siècle comme pendant les siècles précédents, se rencontre encore assez souvent au xvii* :

A ce dernier couplet, il parle à elle en tierce personne, qui ne me plaît pas. (BÏallierbe,lV. 2-7.) f *« v

Ceux qui avaient charge de le faire mourir lui coupèrent la gorge, dont le roi se repentit après. (Vaugelas, dans Haase.) Vous savez bien par votre expérience Que c'est d'aimer. (La Fontaine, V, 173.)

82. Le pronom celui manque assez souvent au xvi* siècle quand il devrait représenter, devant un complément déterminatif, un nom précédemment exprimé :

Quant à coupelle y puisqu'il vient de eupella^ l'origine e«t plus aisée à recongnoistre que des deux autres. 145.

Cette ellipse est fréquente au xvii" siècle aussi :

Nostre amour propre souffre plus impatiemment la condamnation de nos goûts que de nos opinions. (La Rochefoucauld, I, 35.)

83. Estienne emploie la locution comme celui qui^ comme celle qui :

Je confesse par cela priser autant la leur que je mesprise l'espagnole, comme celle qui n osera comparoir en champ de bataille.

Cette locution, employée déjà dans l'ancienne langue^ semble bien plus fréquente dans la seconde moitié du xvi* siècle que dans la première. Elle est à chaque instant employée par Amyot. Au xvii* siècle, elle sort insensiblement de l'usage.

Elle est employée de temps en temps, par exemple par Vaugelas :

Les peuples venaient à l'onvi le flatter^ comme celui qui devait être leur maître.

(Cité dans Haase.)

Pronoms relatifs et interrogatlfs.

— 84. Les mots lequel^ laquelle^ etc., s'emploient très souvent comme adjectifs relatifs, surtout au commencement d'une phrase, pour la relier à la précédente :

On voit par mon discours qu'il ne se peut aucunement égaler à loy. Lequel discours ne sera trouvé' que trop long par celuy d'entre eux qni voudra y respondre.

Ja m'efforeeray de rendre contons ceux qui mettront en avant, que ce beau subject meritoit bien d'estre traitté par un personnage bien doué de l'eloauence françoise :

auquel don je ne puis dire avoir aucune part. 28.

Sur lequel dernier vers est rymé le subséquent. 50.

Il semble, en surmontant Arioste, quant et quant combatre Virgile. Lequel combat il ne faut estimer petit. 56.

OBSERVATIONS GRAMMATICALES

Ils p«n?Mt Mtre «oiiTaiBêas Uat par U primiur gtn qua par le fêmiaiD garae : latquflls daaz aottra laafa^ a touIv sa resarrar. S13.

Cette construolion permet de donner plus de clarté à la phrase.

C'est pour cela qu'elle est très souvent employée au xvi« siècle, surtout par Calvin. Au xvii* siècle, elle n'est plus guère employée qu'avec les mots généraux comme chote^ ttmpê^ etc.

85. Le pronom lequel^ qui, depuis le XIV* siècle, est devenu de plus en plus fréquent, s'emploie au lieu du relatif qui, qtte^ donU etc., même quand u suit immédiatement l'antécédent, c'est-à dire quand l'emploi des autres formes ne pourrait donner lieu k l'équivoque :

Calny qni ose de diseretion regarde de ne donner point à eeoz lesquels se rendent indignée par lenr ingratitude. 331.

Le langage est comme l'instrament duquel ils usent. 10.

Cas monosyllabes tombent souvent en nne ambiguïté, laquelle peut avoir fort mauvaite grâce. 83.

Lequel est souvent encore employé ainsi au xvii* siècle :

Je ne me suis point repenti de eette entreprise, laquelle en eette saison a semblé téméraire i tout le monde. (Voiture^ dans Haase. )

Ce me sera un autre trésor plus précieux que celui lequel nous avon» trouvé. (La Fontaine, dans Uaase.)

Mais Vaugelas trouve que ce pronom est rude au nominatif singulier et pluriel, et qu'on doit plutôt se servir de qui. Malgré les quelques exemples qu'on rencontre encore après lui, il est certain que cet emploi de lequel est tout à fait en décadence.

8ô. Au lieu de dont^ de qui, placés comme aujourd'hui après leur antécédent et avant le mot qu'ils déterminent, on trouve souvent, au xyi« siècle duquel, de laquelle, etc., placés après ce mot déterminé :

Je la prieray vouloir astre spectatrice du aombat, l'issue duquel luy pourra doaner quelque bon avis. 30.

Je me contente d'une harangue que nous lisons en Taeitns, sous le nom d'un nommé Cerealis, l'argument de laquelle est tel. 57.

Cette construction, qui pouvait

quelquefois être tréa commode, tend naturellement à disparaître e»

même temps que se restreint partout l'emploi de lequel. On la trouve encore pourtant au xvii* siècle :

Ce Jean Letelier a eu cinq béritiers. deux desqueU ont rendu leurs parts. (Corneille, X. Ï3i.)

Il faut remarquer que, dans cet exemple, desquels n'est pas un génitif possessif mais un génitif partitif.

87. On trouve le pronom relatif, comme le pronom persomiel, se rapportant à un nom qui n'est pas déterminé :

Ils ne sont pas en débat touchant l'orthographie seulement (lequel ils nons ponrroyent aossi objecter, encore qu'aïqouurd'hay il ne soit pas tant esehauffé. 18.)

88. Comme en latin, le relatif placé dans une proposition subordonnée la rattache d'une part à la proposition qui précède, et dans laquelle se trouve son antécédent, d'autre part à une proposition principale qui suit :

On y trouve des commodités beaneoim plus grandes. Ausquelles si j'ay pris ganM de plus près que plusieurs de ceux mesmement qui font profession de l'éloquence, je

Suis venir à ce discours mieux garni qu'eux es pièces pour le moins qni concernent ce poinet. 90.

En luy donnant toutesfois dz jours de termes pour s'en résoudre. Pendant lesqvela si leur venoit nouvelle aide et secours, nous leur octroyons de gayeté de cueur que la présente composition soit nulle. 359.

On me demandera maintenant si noua aa pouvons pas user de ces mots pour la moins, lesquels encore qu'on puisse penser estre tires du langage italien, an contraire Inv les a pris du nostre. S60.

Les Grecs nous ont fait ce plaisir de aons prester une petite particule, laquelle mattans devant les adverbes, aussi bien que devant les noms, exprimons ceste suaerlation. 88.

Laquelle richesse estant de diverses aortes, je sçay bien que... 353.

Cette construction, imitée du latin, est fréquente au xvi* siècle, et n'a pas tout à fait disparu au xni*.

On la trouve surtout avec les propositions commençant par <t.

N'avez-vous ressenti souvent eartaines volontés fortes, desquelles si vous sniries l'instinet généreux, nen ne vous serait impossible? (Bossnet, dans Haase.)

OBSERVATIONS GRAMMATICALES

89. Quand le pronom relatif doit précéder deux verbes, et ne pas être au même cas devant les deux, il arrive cependant que le pronom soit sous-entendu devant le second verbe :

Polycrates s'advisa en la fin de jetter en a mer une emeraude, laquelle il portoit au doi^t, et luy servoit de cachet. 340.

Desportes use de la même liberté :

Celle qu'il changea d'ourse en luisante

[planette

Et sert aux mariniers de guide en leur

[chemin.

Mais Malherbe blême cette construction ; « Où est le nominatif à qui doit se rapprocher sert 2 (Brunot, Thèse, p. 400.)

Page 1