H. Estienne a publié en 2. Voir, sur cette question
1594 : les Prémices, ou le pre- E. Pasquier, Recherches, VII,
mier livre des proverbes epi- iv;
grammalisez, ou des epigram- A. Jeanroy, Les origines de
mes proverbiales rangées en la poésie lyrique en France au
lieux communs. moyen âge.
ceux-la, aussi bien que les nostres, ne se proposent ce vers d'Ovide pour une règle,
Et qux non prosunt singula, multa juvant ^,
et que quelquesfois aussi, en plaidant (encore qu'ils n'y aillent pas ainsi à fer esmoulu comme les nos- Ires, et principalement ceux qui ont à faire à une cour de Parlement de Paris) ils ne se proposent ce vers de Virgile, pour le prattiquer,
... dolus an virtus, quis in hoste requirat? ^
Quant à ce qu'en mon Discours je ne me serois attaché qu'à leur langue, laissant l'Espagnole, je di (outre ce que j'en ay dict parcidevant) qu'ils le doivent interpréter à un tresgrand honneur. Car je confesse par cela, priser autant la leur que je mesprise l'Espagnole : comme celle qui n'osera (ou, pour le moins, ne devra point oser) comparoir en champ de bataille, après qu'une, à qui elle est beaucoup inférieure, aura esté vaincue. Et c'est suivant ceste règle : Si vinco vincentem te, multo magis vincam te.
D'autant donc que je leur voulois faire cest honneur de ne m'attacher qu'à leur langue, et qu'il estoit impossible de monstrer les raisons pour lesquelles je preferois la nostre à elle, sans faire comparaison de nos vocables et façons de parler avec les leur, il m'a falu en cest examen user d'un peu de rigueur, qui me sembloit nécessaire pour gangner ma cause. Et c'a esté toutesfois sans poursuivre ceste compa-
i. Remédia amoris, 420. 2. Enéide, II, 390.
raison de nostre nation avec la leur, plus avant que ce qui concerne le langage. Car outre ce que telle chose estoit hors de propos, quand bien Toccasion se fust présentée, je ne Teusse point voulu prendre : tant pource que ma plume n'a point accoustumé de se mettre à telles matières qui font tomber en des invectives (encore qu'aucuns m'ayent preste ceste charité de me vouloir faire auteur d'une plus dangereuse, moy pouvant prouver mon alibi de cent lieues loing) * que pource aussi qu'ayant demeuré quelques années en Italie, et distribué ce temps par les principales villes d'icelle, je ne puis ignorer que si Dieu a doué nostre nation de quelques grâces que la leur n'ait point, il Ta récompensée en quelques autres qui leur sont pareillement peculieres. Et toutesfois si je me fusse attaché au langage des Espagnols, je ne sçay pas s'il m'eust esté possible d'user de la mesme discrétion, car je leur sçay d'autant plus mauvais gré qu'ils veulent passer encore plus avant que les Italiens : tellement qu'on peut bien dire, en se servant des paroles du poète Lucain,
Nec quemquam jam ferre potest Italusve priorem, Hispanusve pareni *.
1. Il s'agit du Discours mer- Satyous {Etude sur les éctnvains-
veilleux de la vie et des dépor- français de la Ré formation)
tements de Catherine de M edicis^ pense que ni le fond ni la
royne mère auquel sont récités forme ne permettent de le lui
les moyens qu'elle a tenus pour attribuer.
usurper le gouvernement du 2. Pharsale, I, 125. Le texte
royaume de France et ruiner de Lucain est :
VEstat dHceluy, \ 574 ou 1575. ^^^ quemquam jam ferre potest
L'ouvrage a ete généralement ^ ^ [Cœsarve pnorem.
attribué à H. Estienne, mais il Pompciusve parem. n'est pas sûr qu'il soit de lui.
Mais s'il plaist aux Italiens que nous facions paix ensemble, en nous accordant ceste precellence de langage que nous prétendons nous appartenir, nous leur aiderons à renger les Espagnols en telle sorte, qu'au lieu qu'ils vouloyent que le leur marchast le premier, jura dios qu'il faudra en la fin qu'il marche tout bellement après les autres. Et au cas que les Italiens ne vousissent accepter ceste offre, que je leur fay d'un franc cueur, comme vray François, ainsi qu'ils ne devront trouver mauvais que j'aye combatu contr'eux, tant qu'il m'a esté possible (selon le temps) pour l'honneur de nostre langage, aussi trouveray-je bon qu'ils facent le mesme pour la réputation du leur, aussi bien contre nous que contre les Espagnols : remettant le jugement à ce que dit un de nos anciens proverbes François (par lequel je conclurray) Chacun dit, j'ay bon droit : mais la veue descouvre le faict *.