‹ La précellence du langage françoisChapitre 21 sur 183 · Annibal Caro, né à Cilla- de la maison royale de France · texte numérisé non relu

Annibal Caro, né à Cilla- de la maison royale de France

Nova (marche d'Ancône), en Cette canzone fut sévèrement

1501, mort à Rome en 1566, fut critiquée par Castelvetro. Caro

secrétaire du duc de Parme et répondit avec colère. On dit

de Plaisance, Paul-Louis Far- qu'il fut l'auteur des persécu-

nèse, fils du pape Paul III. lions dirigées contre Castelve-

Plus tard il entra dans l'ordre tro, qui s'enfuit, en 1557, pour

de Saint-Jean de Jérusalem et éviter les prisons du Saint-

obtint de riches commanderies. Office, et, après bien des aven-

Ses principaux ouvrages sont: tures, mourut en exil en 1571.

un recueil de poésies. Le Rime, Les principaux ouvrages de

sa belle traduction de T^neide, Caslelvetro sont sa traduction

en vers libres et non rimes, et son commentaire de la Poé-

une comédie, / Straccioni (les tique d'Aristote, sa très inlé-

Gueux), etc. Ses lettres sont ressante critique d'Annibal

considérées comme un des mo- (^aro : Ragioni di alcune case

dèles de la bonne prose ita- segnate nella canzone di Anni-

lienne. — Luigi Castelvetro, hal Caro, elc.

nages, au lieu d'employer le temps à des escrits qui les pouvoyent rendre admirables, Tayent employé à des disputes touchant leur langage maternel, qui les rendent quasi ridicules? Or la-dessus Benedetto Varchi* et autres se sont jettez à la traverse, et ont tellement brouillé les cartes que le vray et nayf langage Italien n'est plus qu'une idée Platonique. Je sçay bien que des le temps de Bembo ' l'incertitude y estoit grande, et luy tant mieux pensoit parler, tant plus estoit moqué : (tesmoin Tevesque qui luy demanda en une église de Padoue, si elle ne luy sembloit pas rnolto scannevole) ^ mais elle est tant augmentée depuis, qu'on trouvera vray ce que je vien de dire.

Ils ne peuvent pas objecter le mesme à nostre langage, car jamais il n'a falu que les plus grands personnages de nostre France ayent mis la maip à la plume pour nous apprendre à patrler François. Et quand ils l'eussent mise, prenans ceste pêne de gayeté de cueur, et pour leur plaisir (encore qu'elle n'eust pas esté du tout inutile à quelque partie du commun

1. Il fut partisan de Caro ouvrage, écrit en dialogues, contre Casteivetro,qui a publié que Bembo doit sa renommée (les critiques contre VErcolano. comme grammairien. Il a écrit

2. Pietro Bembo (1470-1547), en outre diverses poésies, des d'une grande famille véni- dialogues sur l'amour, G/z i4«otienne,futsecrétairedeLéonX. lani^ ainsi intitulés parce qu'ils Paul III le nomma cardinal en furent composés au château 1539. 11 fut célèbre par son d'Asola, et une Histoire de Veesprit et imita le plus souvent n/se. Ses dialogues, Gli Asolaniy Pétrarque. Il était puriste en traduits en français par J. Marilalien et en latin, évitant de tin en 1545, eurent une grande lire son bréviaire de peur de célébrité. Ses lettres latines gâter son beau style cicéronien. eurent aussi beaucoup de répu- Le livre intitulé Le Prose, nelle tation.

auali si rigiona délia volgar 3. Contenant beaucoup de tingua, divise in Ire libri, parut bancs. Bembo abusait de cette à Venise en 1525. C'est à cet terminaison vole. \oir p. 85.

peuple) il ne leur fusl pas advenu, comme à tant d'Italiens qui ont escrit de leur langue, de se contrarier tellement que les lecteurs s'en fussent retournez plus incertains que paravant. Si est-ce diront-ils que vous ne pouvez nier qu'en vostre langue pareillement n'y ait beaucoup de mal, et qu'elle n'ait perdu beaucoup de sa pureté. Je sçay bien qu'ils ne peuvent ignorer ce mal, veu qu'ils en sont cause en partie : j'enten, quant à leurs mots qui se meslent parmi les nostres. Mais^ je respon que le mal (Dieu merci) n'est pas si grand qu'ils pensent : veu qu'il n'approche point du cueur de noslre France. Car j'estime qu'en cas de langage je puis appeler le cueur de la France les lieux où sa nayfveté et pureté est le mieux conservée * : de sorte que tous y sont d'accord que ces vocables estrangers nous doivent servir de passetemps plustost que d'ornement ou enrichissement : et que le langage de ceux qui en usent autrement, doit estre déclaré non pas , François, mais gastefrançois.

Toutesfois, quand bien ce mal que j'ay dict ne seroit non plus en leur langage qu'au nostre, on voit par mon Discours qu'il ne se peut aucunement égaler à luy '. Lequel Discours ne sera trouvé que trop long par celuy d'entr'eux qui voudra y respondre : mais trop court par plusieurs François, qui sçauront combien d'autres raisons et exemples je pouvois alléguer. Et peut estre qu'aucuns, voyans que j'ay estendu plus au long le poinct de la richesse que les deux autres

\ . Voir la préface des Hypom- mencement du XVI* siècle. Intro-

neses. Cf. E. Pasquier, Lettres, duction, p. lxxxvii et suivantes.

II, XII ; Thurot, De la pronon- 2. Que leur langage ne se peut

dation française depuis le corn- égaler au nôtre.

qui précèdent, diront que puisque ainsi estoit, je devois passer plus avant, et parler encore plus amplement de celle qui consiste tant en Tancien langage qu'es proverbes * : mais j'ay espérance de faire un traitté à part touchant ces deux choses. Et à fin de ne rien dissimuler, je confesse que ce qui m'a faict discourir plus succintement touchant les deux autres poincts (usant d'une façon mieux convenable au titre) c'a esté que je n'avois destiné que l'espace de quinze jours à ce traitté, à fin de pouvoir m'aquitter de la promesse que j'en avois faicte au Roy, et cependant ne faillir pas à une autre, faicte à quelques amis touchant un voyage.

Mais je croy bien qu'à l'endroit des Italiens je n'auray besoin d'aucune excuse touchant cela : et qu'au contraire ils diront que par tout je n'ay esté que trop prolixe pour eux. Si veux-je bien qu'ils sçachent que je les ay espargnez, et n'ay pas faict du pis que j'ay pu (car je leur pouvois oster l'honneur de ce mot aussi Sonnetto, et dire que nous avions Sonnet avant qu'eux eussent Sonnelto : voire objecter que Pétrarque a pris quelques inventions de nos poètes Provençaux) * mais quand je leur eusse faict du pis qu'il m'eust esté possible, cela ne m'eust-il pas esté pardonnable, puisqu'il estoit question de gangner ma cause? Je m'en rapporte aux advocats mesmement de leur pays, car je ne doute point que

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