Il, 469-475. qu'il se voit muny d'une nou
2. St. 11. « Le Roy d'Arger velle escaille, il est si fier de estoit sur la porte, tout relui- se sentir rajeuny et plus rosant d'un acier qui lui couvroit buste qu'auparavant qu'il jette la teste et le corps. Il ressem- une langue à trois poinctes. bloit à un serpent qui sort de Ses yeux sont rouges de feu, sa caverne. Apres qu'il s'est et chaque animal luy fait place, dépouillé de sa vieille peau et quelque part qu'il aille. » 136.
Sort du creux de la terre , et au printemps nouveau^ Son vieil habit changé ^ reprend noui^elle peau. Droit devers le soleil il dresse sa poitrine^ Eschaufant les replis de sa glissante eschine : Bragard de sa jeunesse^ et en cent nœus retors Accourcit et alonge et enlace son cors, Reliche et repolit ses escailles bien jointes. Sifflant à col enflé de sa langue à trois pointes * .
La comparaison dont use Virgile parlant de Pyrrhus, et Arioste, parlant de son Rhodomont, est ici par Ronsard accommodée à son Francus : et mise en paroles si propres et si graves, qu'il semble, en surmontant Arioste, quantetquant combatre Virgile. Lequel combat il ne faut estimer petit, car outre ce que Virgile s'est heureusement estudié à gravité, il a usé d'une langue qui est grave de soymesme : voire est estimée par aucuns surpasser en ceci la Greque : et non sans quelque apparence, comme je monstreray par le récit d'une dispute que j'en, lors que j'estois à Vienne en Austriche, en la cour de l'empereur Maximilian*, contre un seigneur Espagnol, non moins grand en doctrine, qu'en biens et honneurs.
1. Léon Feugère n'a pu trou- reur en 1564, mort en 1576. Il ver ces vers dans Ronsard. Je futFun des protecteurs d'Henri n'ai pas été plus heureux que Estienne, l'un de ceux auxquels lui. Ils ne peuvent se trouver est dédié le Thesamms linguœ «lans la Franciade qui est écrite ^raecœ. H. Estienne se trouvait en décasyllabes. justement à Vienne en 1576, au
2. Maximilien II, fils de Fer- moment de la mort de Maxi- (linand I*% né en 1527, empe- milieu.
56 DE LA PRECELLENCE
Aux passages que tant Arioste que quelcun de nos poètes François auront pris de l'ancienne poésie Latine, j'adjousteray quelques-uns que les nostres auront pris de luy, ou par imitation, ou par traduction. Et en ce nombre sera cestuy-ci, du chant xvn.
Grifon, che gli era appresso, e n'havea curaj Lo spinse pur, poi ch'assai fece e disse, Contra un gentil guerrier, che s'era mosso, Comme si spinge il cane al lupo adossa : Che diece passi gli va dietro, à venti, E poi si ferma, ed abbaiando guarda Corne digrigni i minacciosi denti.
Corne ne gli ochi orribil foco gli arda *.
Car à ces huict la j'opposeray ces huict d'Amadîs Jamin*,
Grifon, qui estoit pres^ et qui en auoit cure, Fit tant qu'il le retint, et fit prendre avanture. Contre un gentil guerrier, le piquant en avant, \yant. Comme on pique un mastin contre un loup poursuis
1. St. 88-89 : « Griffon qui de feu. » Trad. citée, 143, recto, estoit près de luy, soigneux de 2. Âmadis Jamyn, probable-
sa réputation, après avoir fait ment né vers 1530 et mort vers
et dit beaucoup de choses, le 1585, fut Télève de Daurat et
poussa neantmoins contre un le protégé de Ronsard, qui le
brave chevalier qui se presen- flt nommer secrétaire de la
toit: de mesme que Ton pousse chambre du roi. Ses œuvres
le Chien, qui va dix ou vingt (sonnets, églogues, épîtres, élé-
pas après le Loup, et puis s'ar- gies, etc.) , ont été publiées
reste et regarde en abbayant, en 1575, 1577, 1582. Il a tra-
comme l'autre grince et menace duit en vers treize chants de
des dents, et comme ses yeux VIliade, et les trois premiers
jettent d'horribles estincelles de VOdyssée.
Mais comme le chien va dix ou vingt pas derrière. Et abbaye le loup, auquel il nen chaut guiere. Puis s'arreste, avisant comme il grince les dens, Et comme dans les y eux il ha des feux ardens.
Apres avoir opposé des rymes Françoises aux rymes Italiennes*, pour faire comparaison des unes avec les autres, je feray le mesme en la prose : pour monstrer que nostre langue n'est pas moins propre, et n'ha point moins et de gravité et de grâce en cest endroit, qu'en cestuy-la : et ne mérite pas moindre louange pardessus les langues vulgaires. Mais pour le présent je me contenteray d'une harangue que nous lisons en Tacitus, sous le nom d'un nommé Cerealis : l'argument de laquelle (à fin que tu la puisses mieux entendre) est tel : Les Belges s'estans rebellez sous la conduite de Valentinus, Cerealis, chef des forces Bommaines en ces quartiers-la, les alla rencontrer près la ville de Confluence ', où la Moselle entre dans le Bhin : et les deffit de prime arrivée : prit la ville par mesme moyen, que les soldats eussent bien voulu ruiner, pour se vanger de Tutor et de Classieuse : mais il l'empescha, de peur d'aliéner