XXII PREFACE
grammairien PoUux énumère cinq ou six mots pour rendre Tidée à!avare : en français nous en aurons douze : avare^ avaricieux, eschars, taquin^ tenant, chiche, vilain, pinsemaille, racledenare, serredenier, serremiette, pleurepain. Ils sont charmants, ces vieux mots, et nous ne saurions rendre trop de grâces à Henri Estienne pour Tabondance de ces expressions populaires, vives, pittoresques, amusantes, qu'on trouve recueillies dans son ouvrage ; mais une fois qu'on entre dans cette voie, la liste des équivalents peut grossir à Tinfini dans toutes les langues; chaque écrivain forgera les siens.
Des mots, il passe aux phrases. Aide Manuce avait énuméré trois manières différentes d'exprimer en italien la même idée. Henri Estienne se pique d'honneur; il traduit d'abord les trois phrases en français, puis il en aligne vingt-sept autres, qui expriment toutes la même idée de diverses façons; et volontiers il en conclurait que le français est dix fois plus abondant que l'italien.
Sans doute le procédé n'est pas sûr et ne prouve rien. Il n'est pas une de ces trente phrases qui ne pourrait à son tour être retraduite en italien; et fournir autant de phrases différentes. Mais ce qui est intéressant ici, ce qui est nouveau, ce qui est fécond, c'est cet effort de la langue sur elle-même, pour connaître et employer toutes ses ressources ; c'est cette gymnastique assidue par où elle cherche à s'assouplir à tous les besoins et à tous les emplois. Rien n'est plus étranger aux habitudes du moyen âge, où la première forme venue paraissait suffi-