Sannazar, né à Naples en De par tu Virginis, Lamentalio
1458, mort vers 1530, a com- de morte Christi, etc.
posé une pastorale célèbre, 2. Rime di M. Jacopo Sanna-
VArcadie {ibO A) j qui, traduite zaro. In Vinegia. MDGH. Secon-
en français par J. Martin en da parte, p. 69.
1544, eut une grande influence 3. Voir Ferdinand Brunot,
sur notre littérature. Outre La doctrine de Malherbe (Ta-
diverses poésies en italien, il près son commentaire sur Des-
a laissé des poésies latines : portes.
O bien-heureux travail iVun esprit glorieux ^ Qui tire un si grand gain d'un si petit dommage ! O bien-heureux malheur plein de tant dH avantage, Quil rende le vaincu des ans victorieux !
Un chemin si nouveau n'estonna sa jeunesse.
Le pouvoir luy faillit et non la hardiesse.
Il eut pour le brusler des astres le plus beau :
Il mourut poursuivant une haute avanture.
Le ciel fut son désir ^ la mer sa sépulture.
Est-il plus beau dessein, ou plus riche tombeau? *
Yoyci d'autres vers Italiens, de Bembus' : ausquels pareillement sont adjoustez les François :
Preso al primo apparir del vostro raggio Il cor, ch' enfin quel di nulla mi toise, Da me partendo à seguir voi si volse :
Et corne chi ritrova in suo viaggio Disusato placer, non si ritenne, Che fu ne gli occhi, onde la luce uscia, Gridando à queste parti amor m'invia.
Indl tanta baldanza apo voi prese L'ardito fuggitivo à poco à poco, Ch'ancor per suo destin lascio quel loco Dentro passando, e piu oltra si stese, Ché'n quello stato à lui non si convenne :
Fin che poi giunto, ov'era il vostre core, Seco s* assise, e più non parve fore.
Ma quel, comé*l movesse un bel désire Di non star con altrui del regno à parte,
i. Amours d'Hippolyte, I. 2. Bembo.
O fosse l ciel, che lo scor gesse in parte, Dov* altro signor mai non devea gire : La onde mosse il mio, lieto sen venue, Cosi cangiaro albergo : e da quelV hora Mecol cor vostro, el mio con voi dimora * .
Ils ont esté traduicts en la mesme façon que les precedens, par le mesme poète, en ces vers,
Lorsqu'un de vos rayons doucement me blessa.
Et que mon ame libre en prison fut reduitte.
Mon cœur ravi d^ amour aussi tost me laissa.
Et sans autre conseil se mit à vostre suitte. Mais comme un voyageur qui s'arreste pour voir S'il trouve en son chemin quelque chose nouvelle. Alors qu'il veit vos yeux, de passer n'eut pouvoir , Et demeura surpris d'une clair té si belle.
Puis il reprend courage, et s*asseure à la fin. Désireux d'achever l'entreprise première :
Soit qu'Amour le guidast, ou son heureux destin. Ou que vostre œil luisant luy fournist de lumière^ Il ne s'arreste plus, et vient jusques au lieu. Siège de vostre cueur, quil embrassa sur l'heure. Et me dit en riant un éternel Adieu, Ne voulant plus partir de si belle demeure,
Vostre cueur qui ne veut, plein d'un brave désir. Souffrir un compagnon, autre empire pourchasse : Et délaissant le sien, d'un lieu se vient saisir. Où nul autre que luy ne pourroit avoir place, Cest le lieu que mon cœur plein d'amour et de foy, Divinement guidé délaissa pour vous suyvre,
i. Le Rime, Vcrona, 1750, p. 60.
94 DE LA PRECELLENCE
Voyla donc comme Amour du depuis nous fait vivre : Mon cueur est dedans vous, le vostre est dedans moy ^.
J'adjousteray un sonnet de Pétrarque : et pource qu'on se pourra esbahir que ce sonnet n'aura esté honoré du premier lieu (pour estre d'un tel poète), en recompense de cela, je l'honorerav de double traduction.
Aspro core e selvaggio, cruda voglia In dolce, humile, angelica figura.
Se Vimpreso rigor gran tempo dura, Havran di me poco honorata spogUa :
Che quando nasce e muor fior, herba e foglia, Quando e'I di chiaro e quando è notte oscura, Piango ad ogni hor, Ben ho di mia ventura, Di Madonna e dAmore onde mi doglia.
Vivo sol disperanza, rimembrando Che poco humor già per continua prova Consumar vidi marmi, e piètre salde.
Non è si duro cor, che lagrimando, Pregando, amando, talhor non si smova :
Ne si freddo voler, che non si scalde *.
Philippe des Portes l'a ainsi traduict,
Aspre et sauvage cueur, trop fiere volonté.
Dessous une douce, humble, angelique figure.
1. Diane, L. U, Stances après 2. Il Petrarca con nuove spole sonnet 42. sitioni. In Lyone, 1574. S. 227.
Si par vostre rigueur plus longuement j'endure. Vous n^ aurez grand honneur de nC avoir surmonté.
Car soit quand le Printemps descouvre sa beauté. Soit quand le froid hyver fait mourir la verdure. Nuit et jour je me plains de ma triste avanture. De ma Dame et d'Amour sans repos tourmenté.
Je vi d'un seul espoir, qui naist lors que je pense Qu'on voit qu'un peu d'humeur par longue accoustu- Cave la pierre ferme et la peut consumer, [mance.
Il n'y a cœur si dur, qui par constante preuve. Pleurant, priant, aimant, à la fin ne s'esmeuve : Ny vouloir si glacé quon ne puisse enflammer^,
Antoine de Bayf ainsi.
Un cueur sauvage et dur^ et la façon cruelle En douce, gracieuse et divine beauté.
Si le temps n*amolist tant dure cruauté.
Feront de ma despouille une gloire peu belle.
Car soit que la verdeur ou sèche ou renouvelle. Ou la nuict s'obscurcisse, ou luise la clair té. Sans repos je me plain. Ainsi je suis traitté De Fortune, d'Amour, et d'une ame rebelle.
D'un espoir seulement ma vie est maintenue.
Quand je pense que Veau peut à la continue.
Toute molle qnelle est, la roche consumer.
Il n'y a cueur si dur que le temps n^amolisse. Ni tant froide rigueur qu*eschaufer on ne puisse A force de plorer, de prier et d'aimer '.
i. Amours d^Hippolyte,WN\. ses Amours de J.-A, de Baif, 2. Troisième livre des Diver- Édition Marty-Laveaux, I, 392.
96 DE LA PRECELLENCE
Ayant proposé des exemples de la bonne grâce et gentilesse de nostre langage en gênerai, je veux maintenant particularizer : c'est à dire, parler aussi particulièrement de la bonne grâce qu'elle ha en petites mignardises : à fin que les Italiens congnoissent qu'en cest endroit aussi il mérite le titre de precellence.
Estant donc chose asseuree et notoire que les mots qu'on appelle diminutifs tiennent le premier lieu en mignardises, je les prie ne trouver mauvais si je di que nous en avons meilleure provision qu'eux, car je ne diray rien qui ne soit aisé à prouver. Mais quand il en faudroit venir là, j'advertirois qu'ils ont quelque nombre de mots qu'ils ne pourroyent mettre en comte, encore qu'ils ayent la forme de diminutifs : comme Fratello, Avolo, Car ces vocables ne sont non plus diminutifs, quant à la signification, que sont Frère et AyeuV, En quoy ils font tort à leur langage, pource qu'ils abusent de ceste terminaison, qui devroit estre réservée pour les mots dont il s'agit maintenant. Et toutesfois ils abusent ainsi de quelques noms adjectifs pareillement, car comme