C'est ainsi qu'en français aucune idée de diminution
des mots provenant de dimi- Ainsi lionceau est le diminutif
nutifs latins ont perdu toute de lion, tyranneau, de tyran,
signification diminutive:5o/et/, mais tableau n'est plus dimi-
/ibeille, oreille, qrenouilley, etc. nutif de table, ni plateau de
Dans ces mots le suffixe n*est plat, ni manteau de mante, ni
plus diminutif. Mais d'autres, tombeau de tombe, ni bai*reau
même avec un suffixe dimi- de bai^e, ni cabinet de ca-
nutif, ne comportent cependant bine, etc.
ils disent Avolo pour Avo, ainsi Mutolo souvent pour Muto : au lieu qu'on penseroit que ce Mutolo signifiast ce que les Latins disent Mutilus. Mais pour retourner aux diminutifs des noms qu'on appelle substantifs, ce que nous disons Oiseau, et nos ayeuls ou bisayeuls Oisel, eux le nomment Uccello ou Augello : et puis, voulans monstrer une diminution, disons Oiselet, le faisans d' Oisel : mais eux,prenans une autre forme, disent Uccellino, ou Augellino. et toutesfois je croy qu'on me confessera nostre terminaison exprimer mieux la diminution. Il y-a un autre poinct, quant à plusieurs substantifs de genre féminin, qu'au lieu qu'en nostre langue ils sont terminez en E, ils le sont en yl, en la leur : comme si je veux faire un diminutif qui responde à nostre Chansonnette, il faudra dire Canzonetta. Or nous sçavons que TA est d'autant plus rude que n'est E, qu'il fait plus ouvrir la bouche, et ha le son plus fort, et principalement que nostre E féminin. Si faudra-il que ce qu'ils rymeront sur Canzonnetta soit aussi terminé en A : ainsi que nous sur Chansonnette rymerions Doucettey Joliette, Mignonnette. Il est vray que malaisément ils trouveroyent des mots qui eussent ceste mesme signification, et se peussent rymer pareillement sur leur Canzonetta : mais tant y-a qu'en usant ou de ce mot, ou d'un autre, sur lequel ils pourroyent plus facilement rymer des diminutifs, tousjours faudroit-il qu'ils fussent terminez en A.
98 DE LA PRECELLENCE
Il y-a bien d'avantage : c'est que nostre langage est tellement ployable à toutes sortes de mignardises, que nous en faisons tout ce que nous voulons : adjoustans souvent diminution sur diminution : comme -47T, Archet , Archelet : Tendre, Tendret, Tendrelet: quand nous disons aussi, Homme^ Hommet, Hominelet^ Et toutesfois, quant à ce mot, nous n'avons rien que n'eussent les Grecs et les Latins : car les Grecs disoyent^niArio/jos, AnthrtùpiscoSy Anthriùjnon ou Anthrtùparion (en quoy toutesfois ce changement de genre est un peu incommode, et pourroit sembler la superdiminution n'avoir si bonne grâce que si elle estoit de mesme genre que la diminution) les Latins, Homo, HomuluSy Homunculus et Homuncio, Mais la superdiminution n'est si évidente en ces deux derniers qu'elle seroit en Homululus : etpourroit-on douter si elle est en ces deux-la aussi bien qu'en cestuy-ci. Je sçay bien donc que (comme j'ay dict) on peut alléguer que les Grecs et Latins avoyent ceste sorte de double diminution en ces mots : mais j'adjouste que nous l'avons en plusieurs où ne les uns ne les autres ne l'avoyent : et, quant à aucuns, si bien les Grecs l'avoyent, non pas toutesfois les Latins. Et ce qui fait que nous avons plusieurs diminutifs de ceste
. 1. Ronsard emploie entre delet,pourperel^ tendrelet, ver-
aulres diminutifs : argentelet, delet, etc. Cf. Brunot, La doc-
blondelet,doiicelet,jumelet^mi- trine de Malherbe diaprés son
gnardelet, mouaselet, paillar- commentaire sur Desportes f2Sù.
sorte, c'est que pouvons nous aider d'une autre sorte de terminaison : à sçavoir en ILLON. comme Oiseau, Oiselet, Oisillon : pareillement Carpe, Carpeau, Carpillon. Et quelquesfois ceste terminaison en ILLON ne sert qu'à la diminution, et venons à une autre pour trouver la superdiminution, comme quand nous disons Cotte, Cottillon, Cottillonnet. Aucuns font le mesme en une autre sorte de terminaison, qui est en SON ou CON, (prononceant le C comme S), c^ouiUiQ Enfant, Enfançon, Enfançonnet. mais quant aux superdiminutifs en ILLON, nous pouvons y adjouster Seiye, Serpette, Serpillon.
Je n'oublieray pas (entre les avantages que nous avons en cest endroit pardessus messieurs les Italiens) que nous imitons les Grecs en une certaine forme de diminutifs, c'est comme quand de ce mot Mousche, nous déduisons cestuy-ci, Mouscheron : quand d'une petite vieille, laide, nous disofts Un laideron : d'une fort jeune fille. Un tendron, ou (par forme de superdiminution) Un tendrillon. car les Grecs usent ainsi de genre neutre en telle chose.
Et quant à ce que j'ay dict que nostre langage est tellement ployable à toutes sortes de mignardises, que nous en faisons tout ce que bon nous semble, je m'asseure que ces messieurs n'en oseroyent autant dire, à la charge de le prouver. Car je leur demande (pour exemple) comment ils exprimeroyent ceci de Rémi Belleau,
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Ha, que je hay cez mangereaux Ces chiquaneurs procuraceaux *.
Nous disons aussi Plaidereaux, par forme de diminution, emportant un mespris : et usons ainsi de plusieurs autres, terminez les uns en REAU : pouvans aussi (par le moyen de ceste commodité que j'ay dict estre en nostre langage) user d'aucuns en ACEAU, comme ce Procuraceau. Mais je viendray à des exemples pris du mesme poète, de diminutifs ayans autres terminaisons,
Sur les tresses blondelettes De ma dame, et de son sein.
Toujours plein De mille et mille fleurettes ^,
Un peu après.
Le gentil rossignolet,
Doucelet, Découpe dessous l'ombrage Mille f redons babillars,
Fretillars, Au doux chant de son ramage ^,