‹ La précellence du langage françoisChapitre 65 sur 183 · La Reconnue, Acte V, Se. in. Cf. Acte I, Se. iv · texte numérisé non relu

La Reconnue, Acte V, Se. in. Cf. Acte I, Se. iv

126 DE LA PRECELLENCE

(lit des bestes, pour le latin Vestigia, Mais ceux qui ont escrit de cest art, disent que Traces et Routes sont des bestes mordantes, comme sangliers et ours : mais Erres, des autres, comme cerfs, chevreuls et daims : encore qu'aucuns aiment mieux les nommer Pries, ou Pieds.

Quant à la Fauconnerie, je pense qu'elle nous fournit encore d'avantage de beaux termes et belles façons de parler, qui ont fort bonne grâce es lieux ausquels nous les accommodons. Et faut bien que cest art ait esté encore plus commun à nos prédécesseurs qu'il ne nous est, veu qu'ils nous ont laissé un langage tellement meslé et comme marqueté de ces mots, que nous en appliquons aucuns à nostre parler ordinaire, sans nous appercevoir de leur origine.

Qu'ainsi soit, entre tant de François, qui usent tous les jours de ces mots. Niais, (ou Niez) Hagard, Débonnaire, Leurré, bien peu prennent garde à leur premier usage, et s'apperçoivent qu'ils disent des hommes ce qui se dit proprement des oiseaux de proye. Et toutesfois tant s'en faut que ces mots, et autres, perdent leur grâce, estans ainsi transferez d'un usage à un autre, qu'au contraire ils semblent l'avoir meilleure : mais elle ne peut estre bien goustee que par ceux qui ont quelque congnoissance de ceste noble science de Fauconnerie. Car ceux-là sçauront que Niais {onNiez) se

^l çropremeni du faucon, ou autre oiseau de proye qui est pris au nid, et n'ayant encore volé : auquel est opposé Hagard. Ils sçauront aussi que c*est Leurrer un faucon : et pourtant quand ils orront dire d'un homme, qu'il est leurré, sçauront bien que c'est à dire Desniaisé *.

Quant à ce mot Débonnaire*^ c'est celuy duquel l'origine pourroit estre encore moins recongneue : pource que de trois on n'en a faict qu'un, car on ^\i Débonnaire au lieu Ae aire de bonne aire ^ estant, par ce nnot Aire signifié le nid de l'oiseau de proye. Or faut-il bien que Débonnaire ait une grande emphase, veu que nos ancestres, pour monstrer la bonne nature du roy Louys I. l'appelèrent (par forme de surnom) Débonnaire ou Le débonnaire : choisissans ce mot entre plusieurs, comme le plus convenable. Ce qui nous monstre la grande commodité qu'apportent à nostre langage aucuns vocables tirez de ceste belle science : de laquelle commodité toutesfois est privé le langage Italien, non moins que les autres.

Du mot Hobreau on ne peut douter qu'il ne vienne de là, quand on dit d'un petit gentilhomme, et qui ha bien peu de moyen, Cest un hobreau. comme il me souvient avoir ouy dire,

Page 1