‹ La précellence du langage françoisChapitre 68 sur 183 · Depuis longtemps le mot duc de Saint- Aignan trouva · texte numérisé non relu

Depuis longtemps le mot duc de Saint- Aignan trouva

s'est éloigné de ce sens et a l'aventure si plaisante qu'il

pris celui de faire des plaisan- en fit une gorge chaude au

teries sur tel ou tel sujet, lever du roi. » (Exemple cité

Saint-Simon disait déjà : « Le par Littré.)

incontinent après le repas, ceste façon de parler vient de ce mesme lieu.

Tenir en mue, vient aussi de la Fauconnerie : comme il a esté escrit de quelque personnage, qu'il tenoit en mue une putain de haute gresse. Mais comme en ceci on suit Tune des significations de ce mot Mue, aussi suit on l'autre quand par moquerie on appelle La mue d'une femme, la peau nouvelle qu'elle se fait venir au visage, ayant faict consumer Tautre par le moyen de quelques drogues corrosives.

Mais quant à ce qu'on dit par métaphore, Ceci nest pas de vostre gibbier *, aucuns estiment qu'il peut estre pris de la vénerie, aussi bien que de la fauconnerie : en ne s'arrestant à la première signification du mot Gibbier *.

Nostre langage ne s'est pas contenté de prendre des métaphores de la Vénerie et Fauconnerie, mais en a pris aussi du naturel d'autres bestes que

1. Montaigne dit (I, xxv) : sion de sens : « Gibier. Se « L'histoire, c'est mon gibier prend proprement en fait de en matière de livres, ou la faiilconnerie pour tout oiseau poésie que j'ayme d'une parti- qu'on vole et prend, et Gibboier culière inclination. » ou Gibbeyer, pour voler et

2. Le sens du mot, en ancien chasser aux oiseaux, mais on français, était celui de chasse, l'estend aussi à toute beste et peut-être particulièrement poursuivie et prinse à la chasse de chasse au vol. Aller en gibier soitavecoiseauxouavecchiens, signiGe aller en chasse, et l'ex- et soit rousse soit noire. «• pression s'applique particu- Pour l'origine du mot, qui est lièrement à la fauconnerie, très incertaine, voir le Diction- Mais Nicot constate une exten- naire de Scheler.

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celles dont ces deux exercices peuvent donner la congnoissance. A Tun desquels toutesfois (à sçavoir à celuy de la Fauconnerie) il faut premièrement rapporter le mot Esmerillonné (duquel je n'ay point faict mention ci-dessus) pour signifier un homme fort vif, fort esveillé et remuant. On dit aussi, C'est un esmerillon, en se servant du nom de l'oiseau : comme on se sert du nom d'un autre, quand on dit, C'est un sacre : mais pour signifier une chose bien différente : comme on peut congnoistre par ce que j'ay dict ci-dessus.

Quant à Fureter, par lequel mot est déclarée la nature du Furet, il peut bien estre mis entre les appartenances, sinon de la vénerie, au moins de ce qu'on appelle généralement Chasse.

Et avant que sortir de ce propos, j'advertiray que nous avons des façons de parler qui sont procédées d'une telle congnoissance de la nature des animaux, (ou pour le moins de quelque chose qui leur est peculiere :) lesquelles on trouve fort estranges (encore qu'on les entende aucunement) pource qu'on ne descouvre point leur origine. De ce nombre est ceste-ci. Cela est chordé, car ces mots sont souvent en la bouche du menu peuple de ceste ville de Paris, (et autresfois luy estoyent encore plus frequens) pour signifier qu'une chose a perdu sa saison, et qu'il ne la faut plus cher« cher. Il est vray que quelquesfois ils entendent simplement qu'on n'en trouve plus. Mais tant y-a

que cela vient de ce qu'on a congneu la nature de la lamproye estre telle, que depuis qu'elle ha au ventre ce qu'on appelle une chorde; ce n'est plus un friand manger, quelque sausse qu'on luy puisse faire. Voyla comment, estant la coustume de n'apporter plus des lamproyes depuis qu'elles se trouvoyent estre chordees, et par conséquent ne s'en trouvant plus, le menu peuple a retenu ceste façon de parler, de quelque chose que ce soit qui a perdu sa saison, ou son cours, et laquelle il ne faut plus chercher *.

Nous avons aussi des mots faicts du nom de quelque beste, qui toutesfois représentent plustost quelle est ceste beste, qu'ils ne monstrent son naturel : (entre lesquels est Herissonner) quand on dit Se herissonner. Et est aussi beaucoup en usage le participe Herissonné,

Je me garderay bien d'oublier la marine, j'enten, de monstrer comment nostre langage triomphe ici aussi bien qu'ailleurs : encore que je ne vueille amener en ce Project tous les exemples que je pourrois bien, mais reserver la plus grand'partie à l'œuvre entier.

Mais pour le commancement de ceux que je

1. D'après LittréjFexpression près de la même façon, deviens'emploie aussi « en parlant nent filandreuses. Littré cite de plantes, de racines. Voici aussi l'expression : * Et cordée le temps où les raves se cor- comme une lamproye. » (Godent. » Nous dirions, à peu quillart.)

veux amener ici, pour monstrer comment nous usons métaphoriquement des mots aussi de la marine, (entendant pareillement Fart de naviguer) je prendray Calme, et Bonasse : et le contraire, Tempeste. desquels toutesfois je ne veux pas faire grand conte, (pource que les mots correspondans à ceux-ci es autres langues, sont pareillement appliquez à autre usage) mais seulement d'un mot Tempestatif. quand on dit un homme tempestatif. car il n'y a aucun langage ne de ceux qui sont, ne de ceux qui ont esté, qui puisse avenir à ceste métaphore.

Nous disons S'embarquer, de celuy qui commance à mettre en exécution quelque entreprise, et principalement quand elle est d'importance.

Nous disons aussi Son entreprise est venue à bon port, de celuy qui en a eu bonne issue, et en est venu à son honneur.

Nous accommodons pareillement le mot Ancre à quelques usages, par translation, comme quand nous disons, Tay jette Vancre de mon espérance sur luy. On dit aussi Jetter Vancre de son repos. Et au lieu de dire Jetter Vancre, pouvons nous servir Aq Ancrer : et dire, Tay ancré mon espérance sur luy, Tay ancré-la mon repos, ou ma félicité.

Or outre les mots et façons de parler que nous tirons manifestement de la marine, il-y en a qui semblent avoir ceste mesme origine, encore que quelques uns en puissent douter. Pour exemple :

que ce mot Pointe soit un ancien terme des mariniers, il appert par le livre mesmement qui est intitulé, Le grand routier, pilotage et encrage de mer * : tellement qu'il semble que ceste façon de parler, Poursuivre sa pointe, soit prise de là. Mais à propos du mot Routier, qui est en ce titre-la, il semble qu'on auroit plus de raison de douter touchant le moi Route, si la terre l'a pris de la marine, ou bien elle de la terre : quand on dit, Prendre la route d^ Angleterre, ou Tenir la route, quand aussi on parle ainsi, Ce vaisseau a esté jette hors de sa route, ou de sa droite route.

Il me tardoit desjà que je vinsse aux jeux :

c'eet à dire, à ce poinct, de monstrer que nostre langage a bien sceu faire son proufît de tout : et pour trouver des métaphores non moins propres que récréatives, il en a tiré mesmement d'aucuns jeux *. Mais je donneray le premier lieu à celuy de la paume : auquel on peut aussi dire la nation françoise estre plus addonnee qu'aucune autre : tesmoin le grand nombre de tripots qui sont en

1. Grant routier et pilotage vieres et chenalz des parties et

et enseignement pour ancrer régions dessus dictes avec uîig

tant es portz, havreSf qu'autres kalendrier et compost à la fin

lieux de la mer, fait par Pierre dudit livre tresnecessaire à tous

garde dit ferrande, tant des compaignons, et les jugemens

parties de France, Bretaigne, doleron touchant le fait des

Angleterre, Espaigne, Flandres, navires.

et haultes Allemxiignes, avec les 2. Cf. Hypomneses, Préface. La

dangers des portz, havres, ri- même idée y est indiquée.

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ceste ville de Paris. Et avons bien raison d'y estre plus addonnez, tant pour y estre plus habiles et adroits, que pour estre un exercice non moins beau et honneste que proufîtable, et auquel ne doit estre accomparé celuy du palemaigle : n'en desplaise à l'Italie *.

Or combienque les métaphores que nostre langage a sceu tirer des jeux, et notamment de celuy de la paume, ayent esté par moy appelées récréatives, si est-ce que je soustien que comme en se jouant, il exprime si bien nos conceptions, que l'Italien, non plus que les autres langages, ne pourroit approcher de telle emphase.

Nous disons donc. C'est à racler et à bander, quand nous voulons déclarer que c'est sans rien espargner, que c'est à faire du pis qu'on peut. Mais j'advertiray ici comme en passant, qu'il faut prendre garde de ne mettre l'un de ces motsla devant l'autre : comme ceux qui disent. C'est à bander et à racler, car en mettant ainsi la charrue devant les bœufs, il faudroit dire aussi, Je m'en vay bander pour racler.

On nous oit aussi dire souvent, Que de bond que de volée : ce qu'on auroit grand peine de donner à entendre à un qui n'auroit point veu jouer à ce jeu.

1. Maintenant que la mode jeux français, ce sont les mots a introduit en France les jeux anglais qui dominent dans la anglais, qui souvent ne diffè- désignation des jeux : /courent que bien peu des anciens bail, lentiis, etc.

Quand on dit, // joue pardessus la chorde^ c'est ce qu'on dit autrement, // joue au plus seur. ou. Il joue à bonne veue.

Voici une façon de parler laquelle est aussi des belles. Je ne veux pas courir après mon esteufy de celuy qui pareillement veut jouer au plus seur. Comme si on disoit. Je ne me veux pas arrester à une chose incertaine.

Si ceste-la est belle, ceste-ci encore d'avantage, Marquez bien ceste chasse : au lieu de dire, Prenez bien garde à ce poinct duquel je vous adverti.

De ce jeu est pris aussi le mot Naquet^ en ceste façon de parler, // pense faire de moy son naquet. Et de ce nom Naquet vient le verbe Naqueter : duquel on use quand on dit, Vous me faites naqueter après vous.

Je m'asseure que quand messieurs les Italiens ne confesseront la debte en aucun autre endroit, (ce que toutesfois par raison ils devront faire en plusieurs) pour le moins la confesseront-ils ici.

Et toutesfois, s'ils veulent dire la vérité, ils m'accorderont aussi que combien que souvent ils puissent avoir besoin d'exprimer telles choses, ils n'ont rien pour mettre en la place qui soit ne tant emphatique, ne de si bonne grâce. Je sçay bien qu'ils empruntent quelques métaphores du jeu des eschets : mais nous les pouvons avoir aussi bien qu'eux, puisque ce jeu nous est commun.

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Ici je prieray le lecteur considérer combien il faut que nostre langage soit riche en tous les endroits dont il emprunte tant de beaux mots et tant de belles façons de parler, pour les accommoder à autre usage (ce que les Grecs appellent Parler par métaphore) veu qu'il n'y a que les riches qui puissent beaucoup prester. Et ne faut trouver estrange ce mot d'emprunt en cest endroit, encore qu'en ce faisant il ne prenne rien hors de sa seigneurie. Car ayant richement pourveu chacun endroit des termes qui luy conviennent, quand après il en prend quelcun pour le faire servir à quelque autre usage, c'est à la charge de le rendre : et pourtant, j'appelle cela emprunter. Pour exemple donc de ce que je vien de dire, le lecteur doit considérer comment nostre langage a richement pourveu sa vénerie et sa fauconnerie des termes qui luy sont convenables : veu qu'elles ont moyen de luy en prester si grand nombre, choisi parmi un qui est plus grand sans comparaison.

Mais on se pourra esmerveiller que je ne fay aussi mention des termes que nostre langage choisit en chacun de ces ars ou mestiers *, pour s'en servir en la mesme façon que des prece-

1. Cf. E. Pasquier, Lettres. H, les notes de ce chapitre, dans

XII. — Brunot, La doctrine de lesquelles se trouvent plusieurs

Malherbe d*après son Commen- indications utiles relativement

taire sur DesporteSy p. 305, et aux mots techniques.

DU LANGAGE FRANÇOIS. d 39

dens : asçavoir par métaphore. Je respon premièrement, que quand je ne proposerois qu'un seul de chacun, ce seroit une chose fort longue : et en second lieu que les ars par lesquels on fait une mesme sorte d'ouvrage, n'estans par tout semblables (aumoins totalement), les métaphores ne pourroyent estre entendues par ceux qui ont des ars difîérens. Au reste, encore que je confesse que les autres nations ont aussi bien des ars, ou mestiers, je ne veux pas confesser qu'elles en ayent si grand nombre : exceptant seulement l'Alemande quant au fer : duquel elle s'aide si bien et en tant de sortes d'ouvrages, que j'estime, les Italiens, pour ce regard principalement, dire (comme par forme de proverbe joyeux) que les Alemans ont l'esprit aux doits. Je nie aussi que les mestiers que les autres nations ont semblables aux nostres (ou à peu près) soyent semblablement fournis de mots nécessaires pour exprimer tout ce qui appartient à iceux.

Et à fin qu'il ne semble qu'il y ait plus de vanterie en ce propos que de vérité, je veux amener un exemple de ce que j'ay dict : et d'autant que je sçay qu'il n'y a presque pays où on ne face de la monnoye (ce que nous appelons Forger de la monnoye ou Batre de la monnoye) je prendray ce mestier pour exemple de la richesse que j'attribue à nostre langage. Je di donc que ce mestier estant divisé en beaucoup de parties (c'est

^ OF THK '^ A

XJNIVER.-U'TV ';

140 DE LA PRECELLENCE

à (lire, en plusieurs sortes de manifacture) on ne trouvera aucune destituée d*un nom fort convenable et propre : asseurant le mesme touchant les noms des matières dont la monnove doit estre faicte, et les instrumens dont il se faut servir : et adjoustant cela encore touchant un troisième poinct : à sçavoir touchant ce que tirent les ouvriers pour leur loyer, et le prince pour son droit.

Pour commancer par la matière, ils ont (outre le nom qu'ha chacun métal quand il est à part)- Billon eiAloy, Ils ont aussi Grenaille^ qui estbillon ou quelque métal à part, qu'on retire de Feau après qu'on Ta jette dedans tout chaud, au sortir du creuset. Et est nommé Grenaille, pource qu'ordinairement il est en grains. Mais Culasse, c'est une masse d'or ou d'argent fondue dedans un pot, ou un creuset, et qui retient encore la forme du cul -de pot. Il-y-a aussi d'autres noms qu'on donne à la matière dont on se veut servir, selon qu'on l'a accoustree et préparée ; ainsi qu'on verra par ce <\m suit touchant la manifacture.

Car, quant à ceste manifacture, il faut com- ►mancer par Allier (qui est mesler ensemble les .métaux, selon la loy * donnée par le roy.) Apres

1. C'est bien sans doute la tré), est le substantif verbal de

loy qu'H. Estienne a voulu aloyer, mettre en conformité

dire, mais nous dirions aujour- avec la loi. 11 y a eu longtemps

<riuii Valoi. Ce substantif, très confusion entre l'aloi et la loi,

.ancien en français (on le ren- et l'on a même cru autrefois

■contre au xiii^ siècle; voir Lit- que Valoi était une forme cor-

quoy il faut Fondre (j^enten fondre ces metaux-la ensemble.) Puis ce qui a esté fondu il le faut Jetter en rayaux (et sont Rayaux des pièces longues et estroites qui se font ou dedans des moules, ou sur des tuiles de fer qui sont rayonnees en une certaine longueur). Lesquels rayaux on taille en quarreaux : car les rayaux estans portez à l'ouvrier, il les couppe en pièces approchantes assez près du poids duquel doit estre la monnoye qu'il veut forger : et pource qu'elles sont ordinairement quarrees, on les appelle Quarreaux, Lesquels il faut battre^ flattir, elizer^ rechausser et bouer, duquel dernier mot on use, quand on les refrappe sur les coins pour les arrondir. Et ces carreaux arrondis sont appelez Flaons : lesquels estans blanchis^ sont baillez pour estre croisez^ quand on y met la figure de la croix : ou (pour parler plus généralement) sont marquez^ quand on y met telle figure qu'il plaist au prince. Ce qu'on appelle Monoyer les flaons : les monnoyeurs estans aussi appelez Croiseurs et Marqueurs : qui sont noms plus particuliers. Apres tout ceci, le flaouy qui n'estoit qu'une pièce de métal applatie et arrondie, prend le nom de monnoye et de denier, suivant ce qu'on dit Denier escu. Denier teston.

Quant aux instrumens, outre ceux qui ont des noms qui sont aussi ailleurs, et dont on se peut

rompue (V. l'historique de Lit- coup plus probable que le Iré, au mot aloi). Il est beau- contraire a eu lieu.

142 DE LA PRECELLENGE

aviser (entre lesquels est Creuset) il-y-a Ei^ (d'où vient Eschopelure, signifiant la pièce «, levé d'un métal par cest instrument.) Plus Cij- (qui peut sembler estre tiré du Latin Cippus) . Coupelle (d'où vient qu'on dit Argent de cov/ Plus Materas, qui est une fiole ayant le col (» fort long : dedans lequel on met de l'eau * pour espurer l'or aux essais. Et ceste fiol ainsi appelée pour ce qu'elle resemble à une de flesche dicte Materas. Ils ont aussi Denera^ est le poids contre lequel l'ouvrier adjoust» quarreaux, après qu'il les a taillez.

Quant au troisième poinct, il-y-a premierei Traite, qui se dit de ce que prend le roy tant son droit que pour le payement des ouvriei monnoyeurs : mais ce qui luy reste, eux e^ payez, s'appelle Seigneuriage, comme aussi J noyage est le salaire du monnoyeur : qui est < pris sous un gênerai mot Brassage. Car Bras> c'est le salaire qu'on baille au maistre qui Ln monnoye, lequel distribue ce salaire en iv^ à sçavoir une partie à l'ouvrier qui taille, îovl' arrondit les pièces pour faire monnoye : une a . partie au monnoyeur, qui est celuy qui mai.

ces pièces: la troisième partie luy demeurant p sa peine des fontes et alliages.

Encore y-a-il des termes que je n'ay point c pris sous aucun de ces trois poincts. car « appelle Moufle une pièce de terre ou de fer qui «•

■ii: FRANÇOIS. 147

est des bons, il est marqué

onu peuple, que les autres :

ur quelque raison, ou pour

' raison. Car (comme j'ay

r ce v^ïoi Différent) la mon-

in arquée d'un A (comme

s villes ha d'autres lettres.

. ha opinion qu'elle soit la

•pinion vient de ce qu'on»

i sclaireurs. J'acheveray ce

I (le parler qui est allego-

r vove comment nous en

car quand on veut donner

m verts que quelcun a faict

t', on dit, Il a baillé un

compétiteurs nous pour--

sont aussi bien fournis de^

:is, pour toutes sortes de-

s niestiers n'ont moindre

^ do beaux termes : aucuns

nsfere à quelqu'autre bel

Il de parler proverbiale :

«»ii droit) qu'encore n'au-

^ ne faisoyent plus fort.

• CCS mestiers tant diffe^

<ies proverbes, 1.

144 DE LA PRECELLENCE

des siens, il ne se trouvast aussi povre que le nostre se trouveroit riche. Mais je prieray le lecteur de considérer en ce discours encores une autre chose : à sçavoir comment nostre langage sçait aussi de ses vieux mots en faire qui semblent nouveaux, par le moyen de ce que les Grecs appeloyent paragôge, car nous avons des exemples de ceci en ces mots precedens, Monnoyage^ Brassage (qui vient de bras : comme signifiantLe salaire qui est deu pour le labeur des bras) Seigneuriage. Aussi est remarquable la paragoge qui est en Grenaille, Par le moyen d'elle (toutesfois avec quelque différence) est dict ce mot Poictreuse : veu qu'il est faict de Poictrine, et pourtant est dict pour Poictrineuse, par syncope, comme j'ay adverti ci dessus. Il void pareillement comme de Eschope nostre langage déduit Eschopelure : qui est une déduction qui n'ha rien d'extraordinaire. Il peut voir aussi comment il se sçait aider de métaphore, quand il est besoin : ayant en Mairas un bel exemple de ceci. Au reste, comment la langue Latine ne luy refuse rien : mais en ce qu'il prend d'elle, il use de quelque petit desguigement : de sorte que de prime-face il ne peut pas estre recogneu. Dequoy nous avons exemple en Elizer. car il ne faut point douter qu'il ne vienne de Elidere : et pourtant quElezer (comme aucuns prononcent) ne doive estre rejecté *. Exemple aussi en CippeaUy

\, Cette étymologie est peu vraisemblable, et la pronon-

tiré de Cippus, Quanta Cowjoe//e, puisqu'il vient de Cupella, Torigine est plus aisée à recongnoistre que des deux autres. Mais pour conclusion de ce propos, le lecteur peut juger par la considération des diverses sortes des termes precedens, appartenans au mestier de faire de la monnoye, qu'il n'est rien impossible à nostre langage, non plus en ce qui concerne les mestiers, qu'en toute autre chose.

Toutesfois je veux encore, comme d'abondant, monstrer comment nostre langage a sceu tirer de ce mestier des façons de parler proverbiales, qui sont de bonne grâce : et principalement quand elles sont bien entendues. De la monnoye donc vient ce qu'on dit, Cela est de mise, ou Cela n est pas de mise, qui ha plusieurs usages, par métaphore : mais le plus gentil est, quand on dit d'un propos qui n'ha aucune apparence, ains est du tout extravaguant, Ce propos nest pas de mise.

C'est un fin à dorer se dit aussi ordinairement : mais ceux qui n'entendent l'origine de ceste façon de parler la corrompent, disans. C'est un fin adoré. Car Fin à dorer se dit proprement de l'or qui est si fin qu'on s'en peut servir pour dorer : à quoy toutesfois il est requis d'employer du plus fin :

ciatîon blâmée par H. Estienne leissier, elaissier, et le sens du

est la prononciation primitive, verbe, sous ces diverses formes,

On trouve en effet dans les est celui d*élargir, étendre (V.

s.nciensiexieseslaisier,eslesier, les exemples dans le diction-

eslessier, elaisier, eslaissier^ es- naire de Godefroy).

146 DE LA PREGELLENGE

tellement que, quand oh dit d'un homme qu'il est fin à dorer, il faut entendre qu'il est superlativeraent fin *.

Nous avons aussi un Comme pris de ce mesme lieu, comme chacun peut voir, pour ce que ce Comme est appliqué à une comparaison où il est faict mention de la monnoye. car on dit Cela est descrié comme la vieille monnoye^ de ce qu'on pourroit dire autrement (mais sans user de phrase proverbiale) Cela n'est plus en estime, ou, Cela a perdu tout son crédit, ou, Cela n'ha plus la vogue, ou. Cela n'est plus de requeste. ou, Cela a perdu sa saison. Que le Latin diroit, Hoc obsolevit. Mais j'adjousteray, qu'on se pourroit esbahir pourquoy en ce proverbe on fait mention du descriement de la vieille monnoye : veu qu'ordinairement la plus vieille estla meilleure : (comme aussi du temps des Grecs et des Rommains on la deterioroit peu à peu plus tost qu'on ne la melioroit) et, qu'ainsi soit, on l'aime beaucoup mieux pour la fonte que la nouvelle. J'ay donc opinion que ce proverbe soit demeuré depuis quelque roy qui tout en un coup, fit descrier toute la monnoye de ses prédécesseurs.

1. Rabelais (11, xvi) dit de Pa- sion. « Fin à dorer signifie

nurge : « Et pour lors estoit de trompeur, vaurien. Rabelais

Feage de trente et cinq ans ou veut dire sans doute que Pa-

environ, fin à dorer comme nurge était à la fois lin et

une dague de plomb... » A pro- mauvais : une dague doit être

pos de cette phrase, l'édition fine pour qu'on la dore; mais,

Burgaud desMarets et Rathery si elle est de {)Iomb, elle n'en

interprète autrement l'exprès- vaut pas la peine. »

Quant à ce proverbe, Il est des bonSy il est marqué à rA\ il sent plus son menu peuple, que les autres : il est toutesfois fondé sur quelque raison, ou pour le moins apparence de raison. Car (comme j'ay dict ci-dessus, parlant de ce moi Différent) la monnoyé faicte à Paris est marquée d'un A (comme celle de certaines autres villes ha d'autres lettres, pour sa marque), et on ha opinion qu'elle soit la meilleure : laquelle opinion vient de ce qu'on pense qu'il y-ait plus d'esclaireurs. J'acheveray ce discours par une façon de parler qui est allégorique (afin que le lecteur voye comment nous en avons de toutes sortes) car quand on veut donner à entendre en termes couverts que quelcun a faict de la fausse monnoye, on dit, // a baillé un soufflet au roy.

Or quand bien nos compétiteurs nous pourroyent monstrer qu'ils sont aussi bien fournis de tous mestiers que nous, pour toutes sortes de manifacture, et que ces mestiers n'ont moindre provision que les nostres de beaux termes : aucuns desquels leur langue transfère à quelqu'autre bel usage, ou à quelque façon de parler proverbiale : nous leur dirions (et à bon droit) qu'encore n'auroyent-ils rien faict, s'ils ne faisoyent plus fort.

Car nous avons, outre ces mestiers tant diffe^

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