‹ La précellence du langage françoisChapitre 74 sur 183 · AU · texte numérisé non relu

AU

VasconeSj

Les Gascons,

ou B E.

1. Sur cette dénomination, la métaphysique, il parcourut voir Tarticle de Paul Meyer l'Allemagne, l'Italie, TEspagne dans les Annales du Midi, et visita les principales villes iomel {i^B9): La langue j^omane de France. Il fut chanoine à du midi de la France et ses Saint-Quentin et à Noyon, et différents noms. mourut en 1553. Il a écrit,

2. Charles de Bouelles, Bouil- outre plusieurs ouvrages relaies ou Bouvelles, en latin Bo- tifs à la philosophie et aux villus, naquit à Saucourt en mathématiques, un traité inti- Picardie vers 1470. Après avoir tulé : Liber de differentia vuU étudié les sciences exactes et garium linguarum et gallici

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Voyci (di-je) les différences, comme cestuy-la les a remarquées : sinon qu'il met les noms des peuples en Latin seulement : (où il faut noter que sous le nom de quelques-uns, comme des Parisiens, on doit entendre aussi leurs voisins) et qu'il a autrement escrit le dernier. Or sçay-je bien que touchant quelques-unes on ne sera pas du tout d'accord avec luy : mais il faut considérer qu'il-y-a difficulté à bien représenter en l'escriture ces diversitez de prononciation. D'avantage, si depuis son temps aucuns de ces peuples Tavoyent changée, il devroit estre excusé, comme j'ay dict. Quoy qu'il en soit, je n'y ay rien changé, sinon qu'au dernier, comme j'ay adverti : car il met Aia : et toutesfois leur la (plutost quAia) signifie autre chose. Quant au mot des Poitevins, j'estime qu'il n'avoit pas escrit OuaUy ains que ce soit une faute de l'impression.

Et à propos du mot qu'il dit estre des Suisses, comme César a divisé la Gaule en trois parties, lesquelles il distingue de trois sortes de noms, des Belges, des Celtes, des Aquitains : ainsi eux la divisent en trois sortes de mots signifians ce que les Latins disent Ita : attribuans lo aux Belges :

sermonis varietate ; PdiviSj i^33; tion de son ouvrage latin :

— et un ouvrage sur les pro- Proverbes et dicls sententieux,

verbes : Proverbiorum vulga- avec Vinte^'prétation (Vieeux,

rium libri ires. — En 1557, on G. Brunet (dans la Nouvelle

publia sous son nom un volume Biographie générale) croit à

qu'on a pris pour une traduc- une supercherie d'éditeur.

Ouy aux Celtes : Oc aux Aquitains, mais lo est plustost des Alemans : Et quant à loth^ que cestuyci attribue aux Suisses, il Tescrit ainsi pource qu'ils le prononcent plus rudement que les Alemans.

Encore faut-il, avant que passer plus outre, adjouster quelque chose qu'escrit le mesme auteur, laquelle s'accorde avec ceste façon de distinguer un peuple d'avec un autre qui luy est voisin, par le mot ayant la signification du susdit Ita. Car il escrit touchant le nom du pays de Hainau (qu'il appelle aussi Hinau) qu'il a esté pris du mot, ou plustost des mots dont ils usoyent pour affermer * : à fin de mettre différence entre ceux de ce pays là qui disoyent hin au, et les circomvoisins qui usoyent de Hin auy : comme si on disoit Certe ita : pource que Hin ha quelque forme de jurement : comme si on Ai^oïi S ainct Jehan auy. Or suyvant ce qu'il dit, il faudroit que ceste corruption fust venue de la mauvaise prononciation de ce mot Sainct, en prononçant Sin, comme souvent on l'oit prononcer, car Sin auroit esté puisaprès changé facilement en hin.

Après ceci, venant à la richesse dont il est question, à sçavoir qui consiste en ce que nous

1. Cette étymologie est ab- plutôt son nom à la rivière de surde, et, comme le remarque Haine qui coupe ce pays en L. Feugère : « Le Hainaut doit deux. »

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avons plusieurs dialectes : j'advertiray premièrement qu'elle est de diverses sortes : car il y-a des choses qui sont nommées autrement en un lieu qu'en un autre : il y-en a aussi lesquelles ayans un nom en un lieu, ailleurs n'en ont point. Pour exemple du premier poinct, on appelle en ceste ville de Paris et en quelques autres lieux circomvoisins Un atre^ ce qu'ailleurs est nommé Un foyer. Et à propos de foyer, ce qu'en plusieurs lieux de la France est appelé Landier *, est ici nommé Chenet. Ce mot aussi Hetoudeau est ici, et en quelques lieux voisins, ce qu'ailleurs on appelle Chaponneau '. Nous avons aussi Enhazé, lequel j'estime estre de nostre dialecte ^ A Orléans, et aux environs. Une femme brode signifie une femme brunette. Mais, entre les dialectes, les uns plus que les autres ont des mots privilégiez : ce qu'on peut dire principalement du nostre. tellement que tel qui useroit des mots precedens, pourroit douter s'il luy seroit licite d'user de ce Brode. Il y-a aussi aucuns mots des dialectes, lesquels ils ont pris du langage Latin, comme on ne peut douter que Appendre ne soit du Latin Appendere. Duquel Appendre usent les poètes d'aujourdhuy.

1. Cf. Jaubert, Glossaire du chenets. On irouye aussi chienet

centre de la France, Il est pro- et chiennet. (Voir Littré.)

bable que landier est le mot 2. 0. de Serres, cité par

le plus ancien et que chenet Littré, dit chaponneaux ou es-

désignait un ornement en toudeaux.

forme de tète de chien. On 3. Cf. Dialogues, II, 222-23,

aurait dit autrefois landiers à et la note.

comme où Du bellay dit, Append ici son carquois : et Belleau : Tappendray sur ce ruisselet Et mon bonnet et mon chappeau, En ton honneur y à cest ormeau*. Il y-a aussi des dialectes dont aucuns mots sont comme descriez, sinon qu'on en use par joyeuseté. Et en ce nombre sont plusieurs des Picards, comme Caboche pour la Teste (d'où vient Cabochard pour Testu ou Testard, c'est-à-dire Opiniastre) Gargathe pour Gorge. Mais ils en ont aussi dont nous ne devons point craindre d'user : toutesfois en^ prenant garde que ce soyent mots n'ayans point le G pour GH, encore moins GH pour G. car nos oreilles ne prennent point de plaisir à cela : et mesmes à grand'peine peuvent elles endurer ceste prononciation quand il faut reciter ce qui a esté dict. Ge qui a esté cause de corrompre quelques proverbes venus de ce pays de Picardie. Et du nombre de ceux ausquels cela est avenu, est cestuy-ci : De tout poisson, fors que la tanche, Pren le dos et laisse le panche ". Gar les Picards prononceans Panche, les autres François Pance, et par ce moyen la ryme se perdant, en la fin sans plus prendre garde à elle, on a dict, et laisse le ventre. Or, n'estoit l'incommodité de ceste prononciation, il est certain que le parler des Picards, en comprenant aussi

1. Edition MarLy-La veaux, I, 2. Cf. Rabelais, I,'xxxix, et 51-52 : Petites inventions. Le Noël Du Fail (Bibliothèque Papillon, elzévirienne), I, 108.

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les Walons, seroit un dialecte qui pourroit beaucoup enrichir nostre langage François *. Mais il faut, en laissant les mots où nous avons ceste incommodité, user des autres. Pour exemple, je ne craindrois point d'user de Benne, (où je verrois que mon vers en auroit grand besoin à cause de la ryme) au lieu de ce que nous disons Tombereau : lequel mot semble estre de nostre dialecte. Et à propos de ce Benne (puisqu'il s'est présenté à ma mémoire) il faut noter deux choses : Tune, que certains mots de quelque dialecte nous peuvent sembler estranges, lesquels toutesfois il ne seroit pas incroyable avoir esté du vieil François : Tautre, que combien que nous n'usions nullement d'aucuns, leurs dérivez sont en usage. Lesquelles deux choses nous pouvons remarquer en ce Benne. car qu'il soit du vieil François (s'il ne faut dire Gaulois plustost que vieil François), nous avons le tesmoignage de Festus * : Benna lingua Gallica genus vehiculi appellatur. unde vocanlur CombennoneSy in eadem benna sedentes^. Et que sçait on si de ce Combennones on auroit point dict premièrement Compennons, en changeant le b en p: et puis

1. Le picard est en effet, avec tione. Cet abrégé a été encore le normand, le dialecte qui a résumé ou plutôt mutilé par donné le plus au français. Paul Diacre au ix^ siècle.

2. Festus vivait probable- 3. De significatione verborum, ment au commencement du édition 'Thewrewk de Ponor, IV' siècle après J.-G. Il a abrégé 1890, I, 24. Pour le sens et le traité d'un grammairien con- l'emploi du mot benne, voir temporain d'Auguste, Verrius Jaubert, Glossaire du centre de Flaccus, De verborum significa- la France.

Compannons, duquel en la fin on seroit venu à Compagnons *? Ce qui soit dict par parenthèse, et comme par manière de devis : veu mesmement que je sçay bien que ce mot ha d'autres etymologies qui ne sont sans quelque apparence, mesmement pource que Compain se trouve au langage Picard '. Pour venir donc à l'autre poinct que nous pouvons remarquer en ce Benne, encore que le pur langage François n'en use point, si est-ce qu'il se sert d'un sien dérivé Bernage, car il ne faut douter que Bernage ne soit venu de Benne, en changeant n en r : et que son premier usage ne soit de signifier les hardes qu'on charie. suivant quoy on disoit Le bernage de la chasse '.

J'advertiray tout d'un train que comme ce mot Benne d'autant plus aisément doit estre receu par nous, que nous le voyons estre de nostre plus vieil langage : nous devons faire le semblable es paroles prises du Latin ou du Grec, lesquelles nous trouvons en quelques dialectes, comme entre celles qui sont tirées du Grec est Truffer *. Quant

1. Étymologie insoutenable, barons, les vassaux, puis la Compagnon vient du bas-latin suite, le train, les bagages, par companionem , qui mange le un développement de sens tout pain avec, et par suite com- naturel. Ce qui montre bien mensal. que le mot n'a aucun rapport

2. Compain (aujourd'hui CO' avec benne, ce sont ses autres pain) est Tancien nominatif de sens : qualité , puissance du compagnon. baron, vaillance, sagesse, ex-

3. Il n'y a rien de commun ploits, etc. (Voir Godefroy.) entre benne et bernage, Bernage 4. Truffer ne vient certaineou barnage se rattache à ber, ment pas du grec. L'ancienne baron, et désigne le corps des langue a aussi le substantif

or I ''

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à celles qui ont leur origine du Latin, le nombre en est beaucoup plus grand : et aucunes sont aussi ordinaires es anciens Rommans. ce qu'on peut dire de Moult, duquel on use à Orléans mesmement.

Maintenant poursuivray de monstrer que la richesse de nostre langage, laquelle consiste en ce qu'il ha plusieurs dialectes, est de diverses sortes. Car j'ay dict que nous avions des choses nommées autrement en un lieu qu'en un autre : (j'enten en un pays), et aucunes qui ont un nom en un lieu, ailleurs en sont destituées. Ayant donc amené des exemples du premier poinct, je viendray à ceux du second : advertissant premièrement que de ces mots aucuns sont faicts sur ceux que nous avons desja, les autres n'ont rien de commun avec eux. Pour exemples des premiers, nous avons Temj)re : comme quand on dit, // est venu bien tempre. Nous avons aussi Primerain *, estant dict de quelque fruict. Nous avons aussi Soleiller pour Se pourmener au soleil. Il y-a aussi quelques beaux composez : comme Tempremeure, d'une fille qui est devenue meure (c'est à dire mariable, comme en Latin matura virgo) plus tempre qu'on

truffe, tromperie, plaisanterie, pas moins très incertaine, moquerie. Diez pense que le 1. Prtmeram était moins usité mot tru/f'e dans son ancien dans Tancienne langue que sens est le même que le mot premerain. C'est sans doute truffe dans le sens très diffé- l'influence latine qui a répandu rent que nous lui connais- primerain. (Voir le Dictionsons. L'étymologie n'en reste naire de Godefroy.)

n'eust pensé. Quant à Fautre sorte, c'est à dire, des autres mots qui n'ont rien de commun avec les nostres, et signifient toutesfois quelque chose que nous ne pouvons déclarer par aucun des nostres, nous en avons un exemple en Tocsin, quand on dit Sonner le tocsin car il est certain qu'en toute la France il n'y a que ce seul mot pour exprimer ce qu'on veut dire quand on parle ainsi. Mais il vaut mieux escrire Toquesin : et encore, si en adjoustant un g, on escrit Toquesing, on approchera plus près de l'etymologie. car c'est un mot Gascon, composé de Toquer, au lieu de ce que nous disons Toucher ou Frapper, et de Sing, qui signifie Cloche * et principalement une grosse cloche, comme voulontiers en efTroy on sonne la plus grosse.

Il faut aussi noter qu'un mot qui signifie une chose au bon et pur langage François, en quelques dialectes en signifie une autre : et quelquesfois, luy donnans la mesme signification qu'il ha en ce pur langage, luy en donnent aussi une autre, comme (à propos de cloche) en quelques endroits Clocher n'ha pas seulement la signification ordinaire, ains se prend aussi pour Sonner une cloche

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