Cette maison se trouvait mune deMarlioz, arr. deSaint
à Grières. Grières est aujour- Julien (Haute-Savoie). II. Es-
d'hui un hameau de 72 habi- tienne prenait quelquefois le
tants, dépendant de la com- nom de sieur de Grières.
l'autre, qu'ils ne peuvent avoir des composez que d'une sorte, au lieu que nous en avons de deux, car ils ne les peuvent terminer qu'en voyelle : nous, en voyelle et en consonante. Et sans aller chercher exemple plus loing, en faisant comparaison de ce Ingannavillano avec nostre Trompevilain y on peut remarquer ces deux choses que j'ay proposées.
Quand le lecteur aura bien considéré cest avantage que nous n'avons moins pardessus la langue Italienne que les autres vulgaires, quant à forger des mots composez * : je le prieray de prendre garde encores à une autre chose, qui peut aussi nous avantager grandement. C'est que nostre langage ayant plus de mots Latins, et (s'il faut ainsi parler) plus grande familiarité avec la langue Latine, qu'il ne semble, si en un besoin il forge quelques mots sur la marque des Latins (en usant de la discrétion requise en tel cas) on ne peut appeler ceci autrement qu'user de privante.
Quant à ce que j'ay dict, qu'il ha plus grande familiarité avec le Latin qu'il ne semble, j'interprète ainsi les commoditez secrettes qu'il a receues de luy. Car (pour parler plus clairement) nous avons plusieurs mots pris de la langue Latine,
1. La langue française se Mais il est inexact qu'elle ait prête facilement en effet à la en cela une supériorité sur les formation des mots composés, autres langues modernes.
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(lesquels on ne s'apperçoit pas. comme, à propos du verbe dont je parfois naguère, Forpayser^ encore qu'il ne semble estre Latin que par ceste particule de laquelle on s*est servi pour faire la composition, si est-ce qu'il est Latiti, outre cela, quant à son origine. Car ceste particule ostee, le reste vient de Pays : or Pays, de Pagus : comme mais vient de magis (j'enten mais pour d'avantage) et comme maistre, de magister. Et réciproquement où nostre langage met le G qui n'est point es mots Latins : comme quand il A\i Sergent pour Serviens, et Sage pour Sapiens, Et se pourront toutesfois trouver des exemples encore plus notables de ce que j'ay appelé commoditez secrettes.
Il est vray que si d'aventure on vouloit cependant tourner au deshonneur de nostre langage ce que je vien de dire, comme s'il estoit plus subject à celuy des Latins que je n'ay dict parcidevant : je respon que non-obstant cela il ne s'astreind pas tellement à leur langage, qu'il ne se reserve tousjours quelque liberté. Ce qu'on voit en ce qu'usant de mots synonymes, ou qui sont presque synonymes, souventesfois il use d'un qu'il prend du Latin, et d'un autre qui ha apparence estre encore du langage Gaulois. Pour exemple, quand il dit Franchement et librement, il est croyable que le premier sort du langage Gaulois *, comme quant au
1. H. Estienne veut parler de la langue des Francs, qu'il confond toujours avec la langue des Gaulois. Voir page 72.
second il est notoire qu'il vient du Latin Libère : tellement qu'il y auroit du langage Romman avec des reliques du Gaulois. Autant en pouvons nous dire (selon mon jugement) quand nous disons Tromper et décevoir^ ou Décevoir et tromper, car nous n'observons pas un certain ordre : de sorte qu'en l'autre exemple aussi nous pouvons dire Librement et franchement^ en faisant du premier le second.
Mais j'ay bonne espérance que quand j'auray monstre encore deux autres sortes de richesse de nostre langage, le lecteur, qui les aura bien considérées, jugera qu'il n'est aucunement en danger de tomber en ceste nécessité de forger des mots nouveaux, sinon que quelque nouvelle chose se presentast.
A fin donc de venir à l'une de ces deux sortes de richesse, dont je n'ay point encore faict mention, je di que tout ainsi qu'un homme fort riche n'ha pas seulement une belle maison et bien meublée en la ville, mais en ha aussi es champs, en divers endroits : desquelles il fait cas, encore que le bastiment en soit moindre et moins exquis, et qu'elles ne soyent si bien meublées : pour s'y aller esbatre quand bon luy semble de changer d'air : ainsi nostre langage ha son principal siège au lieu principal de son pays : mais en quelques endroits.
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d'iceluy il en ha d'autres qu'on peut appeler ses ■dialectes *.
Et comme ceci luy est commun avec la langue «Greque, aussi en reçoit-il une mesme commodité. Car ainsi que les poètes Grecs s'aidoyent au besoin de mots peculiers à certains pays de la Grèce, ainsi nos poètes François peuvent faire leur proufit de plusieurs vocables qui toutesfois ne sont en usage qu'en certains endroits de la France *. Et ceux mesmement qui escrivent en prose, peuvent quelquesfois prendre ceste liberté. Je sçay bien que les poètes Grecs passoyent plus avant en l'usage des dialectes, en ce que non seulement ils prenoyent des mots qui estoyent peculiers à iceux, mais aussi à quelques-uns des leurs donnoyent la terminaison qui estoit peculiere à ces dialectes : mais nous avons voulu nous contenter de ceste autre commodité que j'ay dicte.
Que si les Italiens se vouloyent vanter de recevoir une pareille commodité de leurs dialectes, je leur respondrois que ceux des François ont par .raison beaucoup plus grande non seulement estendue, mais aussi autorité, que les leurs ne peuvent avoir. Car nous sçavons qu'encore que
1. Cf. Hypomneses, Préface, çois. — Vauquelin de la Fres- — E. Pasquier, Lettres^ II, xii. naye, édition Travers, I, 13 :
2. Cf. Ronsard, édition Marty- Art poétique^ chant I. — F. Bru- Laveaux, III, 533 : Préface de not, La Doctrine de Malherbe
.la Franciade; et VI, 451 : d'après son commentaire sur
.Abrégé de Vart poétique fran- Desportes, page 299.
tout ce qui n'est pas langage Toscan (lequel seul est tenu pour le bon et naïf) ne soit pas Bergamasque, toutesfois y en a bien peu qu'on vueille mesler avec ce Toscan : et y-a mainte sorte d'autre langage que le Bergamasque, qu'on n'y voudroit mesler non plus que du fer avec de l'or.
A propos dequoy il me souvient que Bernardino Tomitano , en son quatrième livre de la langue Toscane, parlant des paroUes qu'il faut tenir pour barbares, dit. Barbare intendo quelle che sono d'una lingua vile, quali le nostre corrotte e guaste, che i Toscani chiamano Lombarde; o vero di parlar oltramontano *. Mais encore qu'ici il expose ainsi son barbare, si est-ce qu'ailleurs après avoir proposé quelques mots dont usent alcuni diligenti ed accurati inteleiti (comme aussi on les oit dire à aucuns natifs des bonnes villes, et qui ont le bruit d'avoir le meilleur langage après le Toscan) il dit que plusieurs au contraire se gardent bien d'en user, comme si c'estoyent des paroUes pestilentieuses, ou propres à invoquer le diable. Voyci ces propres mots, AlVincontro molti guardarseney corne fussero voci pestilentiose, 6 nomi da chiamar il dimonio.
Mais quant au langage de nostre France, il en
1. La phrase signifie littéra- rompues et gâtées que les lement: J'entends par barbares Toscans appellent lombardes, celles qui sont d'une langue ou bien celles du parler ultravile, comme nos paroles cor- montain.
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va bien autrement, car nous donnons tellement le premier lieu au langage de Paris, que nous confessons que celuy des villes prochaines, qui sont aussi comme du cœur de la France, ne s'en esloigne guère. Et pource qu'Orléans voudroit bien avoir le second lieu. Tours aussi, pareillement Vandosmes, et qu'il est demandé aussi par Bourges, et Chartres d'autre costé y prétend, et quelques autres villes des plus prochaines de Paris : à fin que les unes ne portent point d'envie aux autres, nous laissons ceste question indécise : et mesme, pour bien de paix, ne nous formalizons pas beaucoup contre les Guespins*, quand il leureschappe de dire qu'ils parlent aussi bon François que nous qui sommes Parisiens. Or je présuppose, quand je parle ou de nostre langage Parisien, ou de ceux que j'appelle les dialectes, qu'on entende qu'il faut premièrement oster toutes les corruptions et dépravations que luy fait le menu peuple : outre-plus, que si un mot duquel nous voulons nous aider ha une terminaison qui ne sente pas sa pureté Françoise, nous le vestions de celle mesme dont nos mots sont vestus.
Cela se faisant, nous pouvons bien passer encore plus outre, et estendre nos dialectes aussi loing que s'estend ce qu'on appelle la France : laquelle
1. Pour l'origine de ce mot, sont proposées trois étymoloqui désigne les Orléanais, voir gies. Cf. Quitard, Dictionnaire le Dictionnaire de Trévoux, où des proverbes, p. 439.
DU LANGAGE FRANÇOIS. i^i
en quelques ordonnances du roy est divisée en Langue d'ouy et Langue d'oc *. Toutesfois il est certain qu'on ne prononce pas en tous lieux ne ouy^ ne oc ou auc. Et pour dire la vérité, il y-a un peu de difficulté à bien escrire ce mot, selon qu'il est prononcé en divers lieux. Ce sera donc à ceux qui ont la mémoire fresche des diverses prononciations, de juger si ces différences sont telles qu'un nommé Carolus Bovillus '^ les a escrites (lequel toutesfois seroit à excuser si depuis on a voit usé de quelque changement), en la sorte que s'ensuit, sinon quant au dernier.
Latini,
Les Latins,