‹ La précellence du langage françoisChapitre 76 sur 183 · Cf. Hypomneses, Préface. Gautier, dit de Châtillon quoî · texte numérisé non relu

Cf. Hypomneses, Préface. Gautier, dit de Châtillon quoî

2. E. Pasquier (Recherches, que né à Lille en Flandre. Ce III, xxix) attribue ce vers à vers est adressé par le poète à « Galterus insigne Poëte qui Darius fuyantdevantAlexandre: escrivit en vers Latins la vie ... Nescis, heu ! perdite, nescis d'Alexandre sous le titre d'A- Quem fugias : hostes incurris, dum lexandreide, grand imitateur de [fugis hostem; Lucain ». Ce Galterus est un Incidis in Scyllam cupiens vitare poète du XII- s-.ècle, Philippe ^^.^^^ ^^ Mf °^-

en trois façons proverbiales, Tune desquelles est comme Parisienne, nous ne devons pas laisser d'user des autres qui sont en nos dialectes. Et à fin que ceux qui seront de mon opinion, s'en puissent servir, je les leur enseigneray. Je di donc qu'au lieu qu'on a accoustumé de dire en ceste ville de Paris, et en quelques lieux voisins, // est tombé de fièvre en chaud mal * : en quelques endroits de France on use de ceste façon de parler, qui est pareillement proverbiale, // est sauté de la poésie en la braise : en quelques autres, de cesteci. Fuyant le loup il a rencontré la louve ^. Ce proverbe est aisé à entendre, estant une chose qu'on dit communément, que la louve est plus cruelle que le loup. Quant au précèdent, il-y-a apparence qu'il ait son origine de ce qui advient au petit poisson qu'on fricasse vif. c'est que la grande chaleur le faisant se jeter hors la poésie, quelquesfois en sautelant il tombe en la braise.

Ayant dict, quand^^^y commancé à traitter le project précèdent, que nostre langage avoit encore deux sortes de richesse, dont je n'avois

Cf. De Méry, Histoire gêné- des proverbes français, ï, 232,

raie des proverbes, ï, 145 ; — 2. Le Roux de Lincy donne

Quîtard, Dictionnaire des pro- au contraire ce proverbe :

verbes, 209. « Tel pense fuir la louve qui

i. Le Roux de Lincy, Le Livre rencontre le loup. » I, 182.

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faict aucune mention : et ayant monstre en quoy consiste Tune, il est temps que je contente le désir du lecteur, quant à l'autre.

Comme donc j'ay comparé-là nos dialectes aux maisons qu'un homme fort riche ha aux champs, desquelles il fait comte, encore qu'elles ne soyent si bien basties ne meublées que celles de la ville : ainsi maintenant je diray que le vieil langage n'est pas du tout mesprisé par celuy que nous avons, mais luy est comme seroit à ce riche homme, outre tous les. autres biens, un grand chasteau qui auroit esté de ses ancestres : et auquel trouvant quelques beaux membres, encore que le bastiment fust à la façon ancienne, il ne le voudroit laisser du tout deshabité. Car il me semble que je puis accomparer tant de Rommans anciens qu'ha nostre langage, à un tel chasteau : et les beaux vocables et beaux traits que nous y trouvons, aux beaux membres qu'on trouve en cest édifice, encore qu'il soit à la façon antique*. Et pourceque je sçay bien que les louanges que je donneray à ce vieil langage, seront subjectes à preuve, à cause que plusieurs le mesprisent : je ne veux point parler sans exemple d'aucune sorte d'icelles. Je commanceray donc par ce traict pris du Romman d'Alexandre, parlant des geans,

1. Cf. E. Pasquier, Lettres, II, xii. — Brunot, La Doctrine de Malherbe d'après son Commentaire sur Desportes, p. 249.

Si ne fust Jupiter à sa foudre bruyanty Qui tous les desrocha *.

A propos duquel passage, plein d'une gravité si grande, je prieray le lecteur se remettre en mémoire ce bel epithete dont j'ay faict mention ci-dessus, quand j'ay parlé des imitations desquelles le chemin nous avoit esté monstre par nos ancestres : que pour représenter ce beau mot d'Homère CliaUochittùnes, ils avoyent dict (en despit de la couardise des Latins) Fei^vestus. Il est vray que despitans ainsi la couardise des poètes Latins, ils n'ont pas laissé d'en prendre (sans faire semblant de rien) le plus beau et le meilleur, autant que leur temps le pouvoit porter, comme nous voyons ce beau traict de Virgile, Italiam metire Jacens*, avoir esté ainsi représenté.

Du long comme il estoit mesura la campagne.

Ainsi est-il de cest autre passage de Virgile, terrant ore momordil ^ : car un Romman, par le moyen du mot addenter, a bien sceu exprimer cela, avec aussi bonne grâce, pour le moins, quand il parle d'un auquel on donna si grand coup sur son heaume qu'on l'addenta sur son

1. Voir Godefroy, au mot tude de ces deux citations nous desrochier. rappelle qu'Eslienne a composé

2. Enéide, XII, 360 : Hespe- rapidement la Précellence, suri*iam metire jacens, tout à l'aide de sa prodigieuse

3. Enéide, XI, 418 : Humum mémoire,puisque les notes qu'il semel ore momordit. L'inexacti- avait amassées lui manquaient.

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arçon, car ceci est dict d'un qui estoit à cheval *. Quant à certains mots aussi, qui sont adjectifs, servans quelquesfois d'epithetes, ils les ont tellement exprimez, que tout en un coup ils ont monstre leur hardiesse au langage estranger, et ont faict grand honneur au leur. J'enten comme quand pour jmrpureus ils ont dict pourprin : pour 1/harmoreus ils ont dit marhrin ', et pareillement du mot acier ont faict acerain : duquel ils ont usé souvent avec ce mot branc. Tel est aussi Fresnin, pour signifier qui est de fraisne. Et quand il a esté question de trouver des beaux mots composez, ils ne se sont monstrez moins braves : voire jusques à dire en un mot ce qu'Homère n'avoit pu exprimer qu'en trois, car quand Homère parle des chevaux de Rhésus, il dit, theein anemoisin homoioP. Mais quand le Romman de Judas Maccabeus * appelle un cheval passevent ", il use d'une

1. Voir Godefroy, qui cite ques et triomphantes croniques entre autres ces deux vers de très louables et moult ver* {Roman d* Alexandre) : tueux faictz de la saincte hys- Si grant cop li dona que son l'arçon loire de bible du très preux et

[l'adante... valeureux prince Judas mâcha-

Si l'a féru dcl branc qui sol* l'arçon beus ung des neuf preux tres-

[l'adente. vaillant juif. Et aussi de ses

2. Lesadjectifs de cette forme quatre freines, filz du bienheusont fréquents au xvi* siècle, reux prince et grand pontif Rabelais dit par exemple : Mathias, Paris, 1514. Le traplume ansérine, cornes bovines^ ducteur (car le roman n'est case chaumine, lion marbrin, que la traduction en vers de etc. Ronsard : adamantin, al- deux livres de la Bible) est bastrin, ivoirin, marbHn, myr- Charles de Saine t Gelays, chatin, pourprin, etc. noine et esleu de Angolesme.

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