Par est en ancien français trouve beaucoup de mots aux
une vraie particule augmen- quels s'est soudée la particule
tative, qui modifie soit des pa?" : parabatre, paracomplir,
adjectifs, soit des verbes, soit paramer , pararaoir ^ paras -
des adverbes. Généralement sommer, parboillir, parbrùer,
par ne précède pas immédiate- paradmirable, parcharge, etc.
ment le mot qu'il détermine, (Voir Godefroy.) Beaucoup des
et si ce mot est un adverbe, mots composés avec par se
par se place après {moult, tant, trouvent aussi avec per; mais
trop, etc.). Voir de nombreux c'est la première forme qui est
exemples dans Godefroy. On la vraie forme française.
192 DE LA PRECELLENCE
jusques à la fin. comme on voit en ce gentil proverbe, Mal attend qui ne peraltend *. J'advertiray en passant que j'escri Per attend (plustost que Parattend) comme je Tay trouvé escrit en un vieil livre, duquel j'ay tiré ce proverbe. Et semble qu'encore qu'on escrive (comme aussi on prononce) Parlire plustost que Perlire, toutesfois Perattendre soit meilleur que Parattendre, pour éviter la rencontre des deux a : laquelle les oreilles bien Françoises fuyent tant qu'elles peuvent, quand ils sont si prochains. Et pour retourner (après ceste petite parenthèse) à ce que je disois que notre ancien langage avoit aussi trouvé le moyen de s'accommoder fort bien de ceste particule Latine, nous la trouvons en un mot qui sonne mieux en temps de guerre, qu'en temps de paix : car c'est en ce Verbe, Parocch\ pour signifier Achever d'occir.
Mais ces Rommans ont trouvé encores un autre expédient pour imiter la langue Latine, duquel on ne s'appercevroit pas si aisément. Or en avonsnous exemple en ce mot At^aines, duquel use Huom de Meri *, pour signifier une certaine espèce de trompette. Et me semble avoir bien choisi ce mot pour exemple de ce que j'ay dict, pource qu'en luy donnant ceste signification, il s'aide du
1. Voir Génin, Récréations techrùt.\oirG. ^sltïs, Lalittéphilologiques^ II, 233. rature française au moyen âge,
2. Huon de Méri a composé p. 161 et 228. Cf. E. Pasquier, en 1235 le Tournoyement d'An- Recheixhes, VII, m.
langage Latin, non pas en prenant son mot, mais en l'imitant : c'est à dire, en donnant le mesme usage à un François, lequel desja, quant à sa première signification, correspondoit au Latin. Car nous sçavons que «s, qui proprement signifie arain (ou airairiy comme aucuns prononcent), se prend aussi pour une trompe ou trompette, par les poètes (comme nous lisons en Virgile, ^re ciere viros) * et que œneatores s'appeloyent ceux qui en sonnoyent : pour une mesme raison, à sçavoir qu'ils usoyent d'une trompe d'arain. Voyla comment ils ont imité la langue Latine, sinon qu'au lieu de dire Arain^ respondant totalement à cBS, ils l'ont changé en ce mot Araine.
Mais, comme bien avisez, encore que leur langage fist son proufit de celuy des Latins, en plusieurs sortes, (d'où vient qu'il donnoyent à leur livres le nom de Rommans : et eux aussi qui les ont composez sont aujourdhuy appelez Rommans, comme j'ay dict ci dessus) ' : ils ne laissoyent pas d'en faire une grande provision d'ailleurs aussi : outre ce qu'ils n'estoyent cependant moins songneux de garder les principaux de ceux qui leur avoyent esté laissez par les Gaulois leurs ances-