Enéide, IV, 165. roman de France ayant été
2. Voir page 72. Le mot d'abord des poèmes narratifs, roman, appliqué à un livre, a le mot roman s'est spécialisé d'abord signifié ouvrage écrit dans ce sens, puis est resté en roman, par opposition aux attaché aux récits même lorsouvrages écrits en latin. La qu'on a commencé à les écrire plupart des ouvrages écrits en en prose.
194 DE LA PRECELLëNCË
très : ou pour le moins estoyent dérivez de ceuxlà. En quoy ils suivoyent le conseil du proverbe qui dit,
Non minor est virtus quam quœrere, porta tueri^.
Et desja, avant que j'entrasse en propos touchant leur sagesse quant à se servir en plusieurs sortes de la langue Latine, j'avois mis en avant quelques-uns de ces mots-la, parmi les autres : mais je veux bien passer plus outre, quant aux compositions : et adjouster, qu'eux considerans la pauvreté des Latins en cest endroit, et au contraire la richesse des Grecs, ont eu le cueur en si bon lieu qu'ils ont monstre en quelques mots qu'ils aspiroyent à une pareille richesse. Et pour un bel exemple de ceci je proposeray un beau mot, Entrœil^. car je di qu'il n'a point esté faict à l'imitation d'un appartenant aux Latins : (veu qu'ils n'ont aucun qui signifie ceci), mais que nos Rommans en un mesme mot ont voulu surpasser les uns et égaler les autres : j'entend les Grecs. Il est vray qu'il semble que du temps d'Anacreon ^
1. Ovide, Vart d'aimer^ H, 13. mesleter : De la formation des
2. Le mot est trop ancien mois composés en français , dans la langue pour qu'on 2" édition, revue par G. Paris, puisse l'attribuer à une imita- p. 149.
tion voulue du grec. 11 est 3. Ânacréon, édition Rose,
d'ailleurs tout à fait conforme p. 18 :
aux procédés de formation de , . »v /
notre langue : entr'acte, entre- to iisdôçpupv 6è iiyi |j.ot côte, entremets, etc. Voir A. Dar- SiaxoTcre iiriTe ptaye.
Di: LANGAGE FRANÇOIS. 195
on n'ait pas trouvé le large entrœil si beau que nos Rommans le trouvoyent.
Je ne doute point que les autres langages (et celuy principalement qui nous est compétiteur) estans meus de quelque envie ne facent difficulté d'avouer ce que j'ay dict, que le nostre, en forgeant ce mot Entrœil^ ou autres tels, se soit proposé rimitation des Grecs : mais si faut il qu'ils confessent que nous avons tiré plusieurs mots d'eux, en gardant les mesmes lettres, ou à peu près (outre ceux que nous avons eus par main tierce) et quand ils m'accorderont ce poinct, je leur diray que la curieuse diligence qu'on voit en un endroit peut faire croire l'autre. Car (pour exemple) y-a-il plus grande diligence ou habileté en cela, qu'en ce qu'ils sont allez chercher leur mot Estoch (duquel on use quand on dit Un coup d'estoch) jusques au plus profond de la Grèce, trouvans là le mot Stochazesthai, duquel ils l'ont tiré*?
Et cependant je veux bien confesser que parmi les mots qu'ils prenoyent des langages Grec et Latin, ils mesloyent aussi beaucoup de celuy de la langue Gauloise, qui leur avoit esté laissé par leurs ancestres. Et peut estre qu'aucuns, l'etymologie desquels est référée à diverses langues, selon la diversité des jugemens, nous sont de-
1. Estoc vient de Talleinand Stocks bâton. On le trouve avec le sens de tige, tronc, même au figuré.
196 DE LA PRECELLENCE
lîieurez de ceste-la. Tant y-a que bien souvent nous conjoignons des mots dont Tun est manifestement pris du Latin ou du Grec, Tautre ne peut estre ne de Tun ne de Tautre. Et quelquesfois les conjoignons comme synonymes : comme quand nous disons Franchement et librement : quelquesfois aussi, encore qu'ils soyent contraires : comme quand nous disons Jour et nuict. Quant à Franchement, je ne doute point (comme j'ay desja dict parcidevant) qu'il n'ait son origine du langage dont usoyent les Gaulois *. Car il est tout évident qu'il vient de Franc, lequel je pense avoir esté un de leurs mots : ayant la mesme opinion de plusieurs monosyllabes : et de Branc, entr'autres : lequel est fréquent es Rommans, qui adjoustent aussi ordinairement ces mots d'acier, car ils disent Un branc d'acier. Quant à Brachmar toutesfois (qui est un de nos anciens mots, qui commancent fort à perdre tout leur crédit) je demeure bien tousjours en ceste opinion qu'il soit dict au lieu de Bracmach, estant tiré de deux mots Grecs, Bracheia machaira, c'est à dire Courte espee *. ce