‹ La précellence du langue françois;Chapitre 164 sur 212 · On dit aujourd'hui fas- sont encore employées par · texte numérisé non relu

On dit aujourd'hui fas- sont encore employées par

saillirai, mais l'ancienne langue Malherbe el par Régnier.

disait fassaudrai : Car le. dit '1. De même que 1rs chevaux

duc assauldroit de son coslé sans frein et brûlant d'amour

(Commynes, 11, Xi). Ménage assaillent les cavales des Pai-

recommande de dire f assailli- Ihes.

ray et non f 'assaua Iray (Littré). '■'•>. À tant d'ennuis qui non-

— On disait au présent fas- assaillent si souvent de toutes

sans, lu assaus, etc. Ces Formes part-.

pu tirer ces mois, aussi bien que nous. Je leur respondray que où ils ont voulu suivre le Latin, sans ravoir par main tierce, c'est à dire, sans le prendre de nostre langage, ils n'ont pas usé de mesme terminaison que nous : et pourtant, où elle se trouve estre mesme, nous pouvons bien dire qu'ils ont mieux aimé nous suivre. Pour exemple de ce que j'ay dict, pource qu'ils n'ont pas voulu nous suivre en ce verbe Gemere et en Légère, pareillement en Eligere, ils n'ont pas usé de nostre terminaison, comme ils ont faict es autres : et comme les Espagnols la suivent en leur verbe aussi qui ha la signification de Gemere : car ils disent Gémir, comme nous, et non Gemer. VA d'ailleurs, comment seroit-il vraysemblable qu'ainsi nous fussions entrerencontrez en tant de verbes, tant es terminaisons qu'es changemens? comme de Assïlire, pourquoy n'eussent-ils dict aussitost Assilir que Assalir, n'eust esté nostre changement, lequel ils vouloyent suivre? ou plustost, n'eust esté qu'ils prenoyent nostre mot tel qu'il estoit, sans considérer quel changement nous y avions faict? Ainsi peut-on dire (à mon avis) de Soveniret Risovenir, qu'ils les prirent tels qu'ils les trouvèrent, sans regarder s'ils venoyent de la langue Latine, comme aussi plusieurs François usent tous les jours de ces mots, sans s'appercevoir qu'ils sont tirez d'icelle : encore qu'ils en ayent fort bonne congnoissance.

304 DE LA PRECELLENCE

Et sans m'arrester à des mots dont l'origine Latine soit malaisée à appercevoir, je parleray de quelques autres : et premièrement de Attendere. car qui est celuy, auquel oyant dire, Ella v'attende in casa sua, il ne vienne incontinent en mémoire que Attendere est un verbe Latin? et toutesfois, quand il considérera combien est différente la signification du Latin A Uendere, pour Estre attentif, et de l'Italien Attendere, pour Expectare, ne faudrail pas qu'il confesse que la langue Italienne a suivi Y Attendre des François, et non Y Attendere des Latins? Je di, quant à ceste signification, car quand elle s'en sert pour Store attenta, comme nous, pour Estre attentif , alors on peut dire qu'elle l'a pris de la Latine, aussi bien que la nostre. Je ne doute pas que le rnesme ne se puisse dire de leur Guastar, asçavoir qu'ils l'ont tiré de nostre Gaster, ou Guaster (encore que l'autre prononciation soit beaucoup plus receue, et que ceste-ci sente plus son Picard ou Walon. car le Picard semble plustost prononcer Waster), non pas de l'ancien mot latin Vastare ' : veu qu'ils n'usent pas de ce Guastar comme les Latins de Vastare, mais en

i. Le mot gâter el toutes 1rs exemple dans cette phrase de formes dialectales viennent Brunetto Latini : Li Sarrasin bien réellement du latin ras- de Perse orrnt grant forer /arc qui était devenu wastare contre 1rs crestiens% et gasterent sous l'influence de l'ancien haul Jérusalem. Il est racile de coinallemand wastan, piller, pava- prendre comment de cet ancien £er. L'historique de Littré sens on est venu au sens actuel, montre bien que tel a été le si faible qu'il puisse ètre,dété- -eus primitif de gavter, par riorer.

abusent, comme nous de Gaster. Je ne doute (di-je) non plus que le Guastar Italien soit procédé de nostre Gaster, ou Guaster, et Guaina de nostre Gaine ou Guaine : que je doute que leur Gardar soit venu de nostre Garder ou Guarder, que leur Guarir soit pris de nostre Garir ou Guarir : encore que de ces deux-là l'origine soit Latine, et non pas de ces deux-ci. car je di qu'ils n'ont point eu ces deux-la du langage Latin immédiatement, ains par main tierce, asçavoir par nous. Et le changement de V en Gu que nous avons ailleurs, fait aussi pour moy : encore que addoucissans la prononciation nous escrivions Ga, plustost que Gua, ainsi que j'ay dict : comme aussi en Gascons, au lieu de dire Guascons, venant de Vascones. J'adjousteray aussi leur Menar pour exemple. Car je sçay bien qu'on pourroit penser qu'il ait esté pris de ce Verbe Minare, qui est du moderne langage Latin : mais le composé Dimenar, qu'on ne peut nier estre faict sur nostre Démener, me semble monstrer évidemment que Menar aussi est pris de nostre Mener. Duquel Dimenar nous voyons la signification estre semblable à celle de nostre Démener, en plusieurs Houx de Boccace : dont voyci un, Chi la sera non cena, tutta notte si dimena1. Ainsi est Apprender ou Apprendere, faict de nostre Apprendre.

Or ce que nous voyons les Italiens avoir ainsi

]. Qui le soir ne dîne pas, toute la nuit se démène.

306 DE LA PRECELLENCE

suivi nostre langage en ces mots, et plusieurs autres, a faict que ci-clessus j'ay mis hardiment leur Fallir entre ceux qui sont tirez des nostres, et non pas des Latins : ayant esgard à ce qu'il hâtant la terminaison que la signification de nostre Faillir, et non du Latin Fallere : et qu'ils ont dict aussi F allô pour exprimer ce que nous disons Faute. Et n'estoit que j'ay ci-dessus dict vouloir faire grâce aux Italiens de ce Trasportar, qui est au passage de Pétrarque lequel j'ay là allégué, je le mettrois du nombre de ceux que nostre langue se peut vendiquer, pour le regard de ceste signification, dont elle a esté inventrice, ne l'ayant point trouvée en celle des Latins. Mais, pour ne me desdire, je suis content que cestuy-ci soit osté du comte : à la charge toutesfois qu'on m'accorde les autres susdicts, et leurs semblables : veu mesmement qu'entre les mots que Bembo confesse avoir esté pris des nostres, aucuns sont tels qu'il y auroit beaucoup plus grande apparence de nier cela touchant iceux que touchant les susdicts. Je di, pour exemple, qu'on auroit plus de couleur «le niera Bembo que leur Obliar ait esté pris, non du Verbe Latin Oblivisci ou du Verbal Oblivio, mais du François Oublier (car outre ce que leProvençal est François, ce mot est commun à toute la France) que de me nier que Annuler, quand il signifie Expectare, soit pris de nostre Attendre. Toutes les choses susdirtcs considérées m'onl

l'air! aussi dire touchant aucuns Noms de leur langage, qu'ils semblent estre pris de nous : et principalement ce qu'on y voit la parole Latine estre changée en la mesme sorte qu'elle est au nostre : estant vraysemblable (pour exemple) qu'en disant cuor, cest u ait esté adjousté à nostre imitation : et encore plus, que l'adioustement <\v i en piede soit à nostre exemple : veu que nous faisons le mesme en Miel, Fiel, et autres. Et toutesfois, au pis aller, quand ils me voudroyent nier ce que je di de ces noms et de quelques autres, asçavoir qu'ils ne les ont eus des Latins que par main tierce, asçavoir par nous : et qu'ils voudroyent nier le mesme touchant aucuns des Yerhes que j'ay proposez : le nombre tant des uns que des autres, touchant lesquels il leur seroit force de confesser cela, est assez grand pour prouver ce que j'ay mis en avant. Je croy bien que les Toscans qui ont succédé à ces plus anciens, n'ayent pas veu volontiers tant de nos mots parmi les leurs, mais force leur a esté d'en user, comme estans bons : et mesmement de le croire ainsi, in fuir parentum.

Je veux advertir le lecteur, avant que passer outre, qu'il doit entendre en chacun Verbe, la terminaison en voyelle, aussi bien que l'autre en consonante, encore que je ne mette que ceste-ci : de laquelle je me contente, tant pour briefveté, que pource aussi qu'elle convient mieux avec la

308 DE LA PRECELLENCE

nostre. Pour exemple, qu'encore que je ne mette que Assalir, Sovenir, Fiorir, Caminar, Cangiar, Cacciar, il ne doit laisser d'entendre aussi Assalire, Sovenire, Fiorire, Caminare, Cangiare, Cacciare : c'est à dire, entendre que, tant en ces Verbes qu'en tous 'autres, la langue Italienne use quelquesfois de ceste terminaison, quelquesfois de ceste-la, qui leur est commune avec nous et les Espagnols : encore qu'ils en usent comme par licence et contre le naturel de leur langage : suivant ce que j'en ay discouru par-ci-devant. Et me suffira d'avoir rendu ici raison de cela, tant pour le précèdent que pour ce qui suit.

J'ay réservé pour la fin, des exemples d'aucuns Verbes Italiens, qui sont un peu plus, voire aucuns beaucoup plus eslongnez des nostres que les precedens : encore qu'ils en soyent pareillement procédez. Je n'enten pas ceci de tels Verbes que sont Risparmiar el Costeggiar, qui sonl faicts des nostres Respargner et Costoyer : (car encore que Risparmiar ne retienne pas tant de nostre />'—pagner que fait leur autre mol Sparagnar, ei que Costeggiar ne suive pas de si près Costoyer, que Accostar suit Accoster, ils sont aisez à recongnoistre) mais ce que j'ay dici doit estre entendu de l<ds que sont Tuffàr <d Assagiar, et Aggradiar, <d Aeeder, pris des nostres. Estouffer, Essayer, Aggreer, Aviser. Car quant à Tuffar, il pourroii sembler que plustost on auroit faict Stuffar de

du langage: FRANÇOIS. 309

oostre Estouffer, que rfaffar. Quanta A ssagiar, on auroit bien quelque raison de l'entendre autrement, de prime face, et de penser que Assagiar soit ce que nous disons quelquesfois Assagir ', pour Faire sage: veu que Saggio se dit au lieu de Savio, par Pétrarque mesmement. Quanta Aggradir, je ne m'esbahirois point de ceux qui penseroyent qu'il vinst de Grado, signifiant Degré, quand ils ne sçauroyent pas que Crado se trouveroit aussi pour ce que nous disons Gré (comme en Boccace, Sô io grado alla Fortuna, tout-ainsi que nous dirions, Je sçay gré à la Fortune) car ils ne pourroyent pas appercevoir comment ce composé a esté faict. asçavoir, que comme ils disoyent grado pour nostre Nom Gré, aussi pournostre Yerbe A g gréer ils ont dict Aggradir. Mais il faut adjouster qu'ils ont usé pareillement de A g grado ou Agrado, nouv nostre Aggreable. Ce Verbe A ggradire semble avoir fort pieu à ceux aussi qui ont escrit des vers car je le trouve en Pétrarque, Che mal si segue cio ch'a gli occhi aggrada 2. Bembo aussi en use en une chanson de ses Asolains, Amor, se cio f aggrada*. Aussi en use Francesco Maria Molza en ses vers. Quant à Aveder, duquel ils usent au lieu de nostre Aviser, pource qu'on pourrait dire que le

Page 1