‹ La précellence du langue françois;Chapitre 58 sur 212 · Cf. Dialogues, II · texte numérisé non relu

Cf. Dialogues, II

comme efféminée, ainsi que j'ay dict en la première partie de ce Project, où jemaintenoisnostre parler estre plus grave. J'enten quand ils disent Massimo pour Maximo l, et Affettione pour Affectione (auquel est semblable Dotto pour Docto)- et quand changeans aussi bien PT que CT en ces deux TT, au lieu de Apto prononcent Atto3.

S'ils confessent que Massimo n'ha pas un son si fort que Maximo, et que Affettione est plus mol que Affectione (en faisant sonner ces lettres CT comme quand nous prononceons Affection) mais adjoustent que ceste prononciation est d'autant plus mignardeque plus est molle (comme de vray, prononcer Affettion semble sentir son parler un peu mignard et affetté) je di qu'ils se coupent de leur cousteau, veu que la mignardise ne se peut accorder avec la gravité : tellement que quant à cest honneur, de parler aussi gravement, il faut qu'ils nous donnent cause gangnee, si desja ne Favoyent faict.

Mais que respondront-ils touchant l'autre mal qu'amené en aucuns mots ceste dépravation d'escriture et de prononciation? J'enten l'ambiguité qui s'y voit, comme (pour exemple) Atto peut aussi bien signifier Apte que Un Acte : et mesme plus souvent ha ceste signification-la que ceste-ci.

1. Cf. Dialogues, II, 208. — —Thurol,Prononciation,U,Mï. Thurot, Prononciation, II, 337. 3. Cf. Dialogues, II. 250. —

2. Cf. Dialogues, II, 249-250. Thurot, Prononciation, II, 302.

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Ainsi Addotto peut signifier non seulement Adduc tus, pour Addotto : mais aussi Adoptavit; Il adopta, pour Adopto : ainsi qu'en a usé entr'autres Giorgio Dati, en sa traduction de Cornélius ïacitus : (vray est qu'il l'escritavec un seul D. qui est aussi la meilleure escriture) Il me semble que la meilleure response qu'ils pourront faire, sera de confesser qu'ils voudroyent bien qu'on leur eust appris à prononcer aussi bien que nous : afin d'estre pareillement exemts de telles ambiguitez, qui ne peuvent avoir que mauvaise grâce en leur langage. Pour le regard de ce qu'ils nous objectent le grand nombre de monosyllabes que nous avons en nostre parler, j'espère les amener là qu'il leur faudra confesser que si nous en avons trop, eux en ont trop peu. Et qu'ainsi soit, pourquoy si souvent de dissyllabes font-ils des monosyllabes? (encore que ceci ne se puisse faire sans corrompre le naturel de leur langage) de Bene, Ben : de Sano, San : de Piano, Pian : (comme au proverbe, Chi va pian, va san : au lieu de dire, Chi va piano, va sano) de Fede, Fe : de Casa, Ca : de Fraie, Fra. Et quant aux verbes, de Fore, Far : de Dire, Dir : de Stare, Star. Ce qu'on peut voir eu une infinité d'autres tant Noms que Verbes. car je croy que bien peu sont tousjours exemts de ce retranchement. Et (qui est bien la pitié) ces monosyllabes aussi faicts ainsi par force tombent souvent en une ambiguité, laquelle, selon l'endroit

où elle se rencontre, peut avoir fort mauvaise grâce. Je <li comme San, syncopé pareillement «le Sano el de Santo : comme Gran, de Grano et de Grande : Par, de P«?*e, tant Yerbe que Nom. Quant aux vocables qui passent deux syllabes, il ne se faut esmerveiller si en ceux-là ils usent encore plus souvent de ce retranchement : en aucuns mesmement esquels on ne le peut faire sans qu'ils deviennent fort rudes, comme quand Pétrarque de Popolo fait Popol. Or en accoustrant ainsi tant les uns que les autres, ils enviennent-là quelquesfois (et principalement les poètes) qu'ils parlent un Italien qui est François, ou bien un François qui est Italien : comme quand ils disent Un, Ciascun, Alcun. comme aussi j'ay dict que Tomitan, qui a escrit de la langue Toscane, en la première impression s'estoit appelé non pas Berna n fi no, mais Bernardin : qui est pareillement donner au langage Italien la terminaison Françoise. Mais principalement les poètes, d'autant qu'ils sont plus contraints que ceux qui escrivent en prose, ont leur refuge à cest Italien qui est François : comme quand Arioste dit Un gentil guerrier, en ce vers qui est au xvn chant,

Contra un gentil guerrier, c/ie s'era mosso.

Mais aucuns vocables ayans ainsi la queue coupée, ne sont plus ne bon Italien, ne bon Fran-

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çois : comme quand ils disent La man, au lieu de dire La mano. car La man est François, mais François d'une des lisières du pays \ Aucuns aussi après ce retranchement sont du vieil François : comme quand ils ostent la dernière lettre à Homo, car il reste Hom, duquel nos ancestres usoyent pour Homme%. Yray est que si on escrit Huomo, il faut aussi escrire Huom : et ainsi se trouve escrit en Pétrarque. Ils ont aussi des mots, lesquels encore qu'estans ainsi accoustrez, soyent semblables aux nostres, ont toutesfois signification fort différente ; comme Ver pour Vero (au lieu que Ver, mal prononcé pour Verd, nous signifie Viride) en Arioste, au chant preallegué.

Ch' avendo il ver dal peregrino udito.

Or combienqu'ils contraignent ainsi quelques povres mots d'estre monosyllabes, si est-ce que sans ceux-ci, ils en ont assez bon nombre : voire tant qu'ils s'en trouvent quelquesfois plus empeschez que nous des nostres : quand nous voulons un peu prendre la peine de les bien agencer.

Afin de ne rien laisser en arrière, tant qu'il me sera possible, je leur respondray à ce eu quoy ils semblent avoir quelque couleur de prétendre leur langue avoir de la gentilesse que la nostre n'ha

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