DE LA PRECELLENCE
(selon le jugement du susdicl seigneur Gaston, surnommé Phebus) qu'aussi pourceque nostre langage n'ha pas tant de prérogative, quant aux termes pris de la vénerie, qu'elle ha quant à ceux que luy a baillé la fauconnerie : veu que (comme il a esté dict) les anciens tant Grecs que Latins ont eu congnoissance de la vénerie, mais non de la fauconnerie.
Si n'oublieray-je pas entre ce peu d'exemples que je veux amener, ces façons de parler, Rendre les abbois, et Faire rendre les abbois. car c'est un des gentils emprunts que nostre langage ait faict de messieurs les veneurs : disant d'un homme qui n'en peut plus, et pourtant est contraint de se rendre, qu'il rend les abbois : ou (comme les autres escrivent) les abbais. Et proprement se dit du povre cerf, quand ne pouvant plus courir, il s'accule en quelque lieu le plus avantageux qu'il peut trouver, et là attendant l<s chiens endure d'estre abbaye par eux. Ce qui pourroii sembler toutesfois estre plustost Se rendre aux abbois, que Rendre les abbois1 : mais tant y-a que ces mots, suyvant ceste signification-la, ont bonne grâce en ce passage de Bellean,
i. L'idée est différente. Ni- les chiens l'abbayent. Le con-
col : Rendre le» abbaye, entre traire esl au regard du san-
reneurs, c'est quand le cerf, glier, lequel esl ail rendre les
recreu de trop courre, s'accule abbays quand il sorl de sa
eu un Lieu le plus advantageux bauge et gite abbayanl aux
(j u" il peut choisir, endurant que chiens.
Aussi tost que ces advocas Nous ont empiétez uncfois, Ils nous font rendre les abbois l.
Et ne faut douter que ceste façon de parler, Tenir quelcun en abboy, (ou en abbay) ne soit aussi venue de la vénerie : mais il y-a apparence que >it des ltesles noires plustost que des autres. comme quand un sanglier se laisse abbayer par les chiens, perdans leur peine.
.Mais, pour venir à quelques autres exemples, nous avons aussi ce mot But, ou (comme aucuns prononcent) Buit, qui se dit (selon aucuns) non seulement du cerf et des autres bestes rousses, mais aussi des bestes noires, quand elles sont en amour : mais par le moyen de ce que les Grecs appellent métaphore, l'usage de ce mot s'estend
dus loing.
Autant faut-il dire de l'usage du mot Curée (qui est aussi appelée Le droict des chiens) comme quand on dit Bonne curée pour signifier Bon butin.
Le mot Visceratio semble bien se pouvoir accommoder à ceste signification du mot Curée, et à celle du mot Fouaille qui est le mesme en la chasse du sanglier, que Curée en celle du cerf.
Traces aussi, Boutes et Erres, sont mots qu'on peut penser avoir leur origine de la vénerie : et principalement Traces^ veu que proprement il se