Avant
dèlre tout à fait d'accord avec nos péchés, » le mal est au comble et presque sans remède. Ainsi, comme c'est la miséricorde qui réveille la conscience par le châtiment, c'est la colère, la colère extrême, qui 1 endort dans une paix menteuse. La raison le dit, mais — chose notable — rien n'est fait, aux yeux de Bossuet, si Dieu ne le dit lui-même, et voilà qui amène cette célèbre paraphrase d'Isaïe, l'un des plus admirables types de l'éloquence chrétienne. Plein essor de l'imagination, ardeur et souplesse du sentiment, vigueur dominante de l'esprit qui, parmi tout cela, raisonne, explique, éclaire chaque objet en le réduisant au précis et au pratique ; tout ce que peut tirer de l'Écriture une àme d'élite y attachant à la fois toutes ses puissances; mais, par contre, tout ce que ces mêmes puissances peuvent gagner au commerce habituel de l'Ecriture : voilà qui ressort manifestement de ces quelques lignes où Bossuet s'est mis tout entier.
« Encore que cette doctrine paraisse assez établie sur l'ordre des jugements de Dieu, je penserai n'avoir rien fait si je ne la prouve clairement : il faut que je vous montre dans son Ecriture le progrès d'un si grand mal. Le prophète Isaïe nous le représente tenant en sa main une coupe, qu'il appelle la coupe de la colère de Dieu : Bibisti de Mann Domini calicem irœ ejus ^ . « La main du Seigneur » vous a fait boire la coupe de sa colère ». Elle est, dit-il, remplie d'un breuvage qu'il veut faire boire aux pécheurs, mais d'un breuvage fumeux comme un vin nouveau, qui leur monte à la tête et qui les enivre. Ce breuvage qui enivre les pécheurs, qu'est-ce autre chose, Messieurs, que leurs péchés mêmes et leurs désirs emportés, auxquels Dieu les abandonne ? Ils boivent comme un premier verre, et peu à peu la tète leur tourne; c'est-à-dire que, dans l'ardeur de leurs passions, la réflexion à demi éteinte n'envoie que des lumières douteuses. Ainsi l'âme n'est plus éclairée comme auparavant; on ne voit plus les vérités