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Prœdica vcrbum (II Tira., iv

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Le dogme. — SigniGcation réservée du mot. — Qu'il faut prêcher le dogme. — Comment le prêcher? — Principe : que le dogme soit dans la prédication tel que nous le voulons dans 1 âme. — I. Alétat de notion précise. — Exposition du dogme. — II. A Tétat de possession paisible. — Conviction du prédicateur. — Encore 1 exposition. Preuves. — Objections à résoudre. — Esprit catholique et esprit protestant. — III. Al état de capital productif. — Vérité immuable, connaissance progressive. — IV. A létat de trésor et de noblesse. — Fierté humble dans la foi.

Le dogme est le nom propre, le nom réservé de la vérité que la révélation nous apporte, vérité qui dès lors s'impose à l'esprit, non par son évidence directe, mais par l'autorité du révélateur. Gardons au mot sa signification rigoureuse et vraiment sacrée. Elle est exacte, car, dans l'usage universel, dogmatiser c'est enseigner d'autorité, sans autre preuve que son autorité même. Et qui ne voit qu'une telle façon d'enseigner est le privilège de Dieu seul, de Celui qui est la vérité substantielle et, à ce titre, l'unique souverain des intelligences? Privilège incommunicable. Dieu en peut déléguer l'exercice, et il le délègue de fait à l'Église, qu'il a rendue infaillible ; mais il n'en peut céder la propriété pure, tout ainsi qu'il ne peut donner à un autre sa gloire et son essence même. On conçoit, dès lors, les colères des incroyants contre le mot de dogme, et leur affectation à en faire l'antithèse radicale et inconciliable de la science, honneur de l'homme, de Vidée, fille de l'esprit. On n'entend pas moins qu'il serait grandement périlleux de la transporter à un usage profane. Ce serait mettre la doctrine révélée sur le pied des doctrines humaines ; ce serait amoindrir, sinon ruiner, la notion même de révélation.

Or, comme la foi est le commencement du salut, le dogme est le commencement de la prédication. Impossible de déchirer en deux parts la nature de l'homme et celle des choses. La loi suppose la vérité; l'action suppose la conviction ; la morale ne va pas sans la doctrine. Passons vite, car l'évidence est ici trop éclatante. Si aux plus

tristes époques de l'histoire religieuse, au dix-huitième siècle par exemple, quelques prêtres n'osaient plus prêcher le dogme, encore moins auraient-ils osé prétendre qu'en se comportant de la sorte ils ne mentaient pas à leur ministère, à la foi chrétienne, voire même au bon sens.

Mais il peut n'être pas superflu d'observer que, de nos jours, la prédication dogmatique nous devient, s'il est possible, une obligation plus pressante que jamais. C'est que l'ignorance met la foi en péril, ou, si l'on veut, que la baisse générale de la foi rend l'ignorance plus que jamais périlleuse. Bossuet, Bourdaloue pouvaient se préoccuper plus largement d'appeler au secours de la morale, de pousser aux conclusions pratiques, une foi généralement solide et instruite d'elle-même. Le prêtre avait plus qu'aujourd'hui le droit de dire : « Vous croyez, vous savez; il s'agit de vivre d'après votre croyance et vos lumières. » Aujourd'hui, pour assurer la morale, c'est au secours de la foi qu'il faut courir tout d'abord. Et quelle erreur — hélas ! est" elle si rare? — que de se croire appelé à disserter sur la religion connue; alors que l'expérience découvre dans plus d'une âme croyante, élevée d'ailleurs ou même pieuse, de véritables abîmes d'ignorance!

Oui, c'est bien l'heure de nous souvenir que l'enseignement est notre premier devoir. A ce compte, il se peut qu'on nous traite assez dédaigneusement de catéchistes. Nous acceptons le mot comme un éloge; nous tenons la chose pour une des parties essentielles de notre ministère, et nous avons de bonnes raisons pour y voir une des meilleures conditions de succès. Disons, à l'honneur de l'intelligence moderne, que, malgré de fâcheuses habitudes, elle demeure, après tout, l'intelligence humaine, passionnément curieuse de certitude et de clarté. Constatons que les aperçus brillants pâlissent de fait en présence d'une exposition doctrinale bien présentée; qu'un fragment de catéchisme, développé avec une ampleur précise, intéresse, attache, saisit, à un point où n'arrivent pas toujours les grands efforts d'éloquence. Pour quelques têtes légères ou

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vaniteuses qu'étonne le sérieux de la doctrine, ou qu'effarouche l'ombre même d'un enseignement en apparence élémentaire, combien d'àmes nous crieraient volontiers : « Nous avons faim et soif du vrai qui sauve. Trêve de philosophie et de littérature ; ne nous éblouissez pas, ne nous amusez pas, ne songez pas à nous plaire; instruiseznous, catéchisez-nous ! »

Mais comment prêcher le dogme ? — Parlant ici pour des initiés, pour des sages, nous n'avons que faire de longs détours; nous pouvons tout réduire à un principe et à quelques brèves conclusions.

Notre enseignement dogmatique se mesurera d'après les qualités qu'il veut donner à la foi des auditeurs. Le dogme sera dans notre prédication tel que nous le voulons dans les âmes. Axiome évident jusqu'à une demi banalité, mais de grave conséquence et riche en applications pratiques.

I. — Avant tout, nous voulons que le dogme soit dans l'àme comme un objet parfaitement net et lumineux ; nous redoutons à bon droit pour l'intelligence chrétienne le vague, l'a peu près, fatal à toutes les connaissances, périlleux surtout en matière de foi. Voilà qui nous oblige à une clarté souveraine. Voilà qui nous fait une loi de l'exposition persévérante, exacte jusqu^à la rigueur, nette et limpide comme la lumière même.

Exposition de chaque dogme en particulier. Cette ignorance, dont il a été parlé tout à l'heure, nous avons droit de la supposer toujours en quelque partie de l'auditoire, et, avec elle, ce désir d'être instruit, plus profond que celui même d'être amusé. Quant aux plus doctes, ne craignons pas de leur répéter ce qu'ils savent'. Outre qu'ils ne le

1. A tout prendre, dùt-ou rebuter quelques délicats, ce serait moindre mal que de laisser une seule âme dans Tignorance. Ainsi jugeait saint François de Sales : « Il ne faut jamais se lasser d inculquer aux peuples les enseignements qui les peuvent conduire au salut. » Et il justifiait, il louait même les redites d un prédicateur, estimées par quelques-uns fastidieuses. Il disait énergiquement des auditeurs

savent jamais assez, n'est-il pas d'expérience que l'esprit se plaît à repasser les notions acquises, mais surtout que les vérités religieuses offrent toujours de nouvelles profondeurs? Telle âme, d'ailleurs ouverte et de bon vouloir, n'aura l'idée précise et complète d'un dogme qu'après l'avoir entendu exposer vingt fois. « Depuis quatre ans, dit le P. le Jeune, partout où j'ai prêché l'Avent et le Carême, j'ai répété quasi tous les dimanches et fêtes, à la fin du sermon, les principaux mystères de la foi, qui sont : la Sainte-Trinité, l'Incarnation, la Passion, la Mort, la Résurrection, l'Ascension du Sauveur, et ce qui est essentiel au sacrement du baptême, de l'Eucharistie et de la Pénitence, » A quoi il ajoute avec une simplicité charmante : « On l'a toujours pris en bonne part, même dans les villes où il y a des parlements * ». Un catéchisme sommaire faisant appendice à chaque discours, une incessante commémoraison des vérités essentielles, c'était le Dele?ida Carthago du Missionnaire aveugle. On peut n'adopter pas cette forme de répétition ; peut-être ne serait-elle plus prise « en bonne part ; » mais au moins faut-il apprendre de là combien puissante, combien nécessaire est l'exposition fréquente et précise de chaque dogme, desprincipauxsurtout ^. En outre, Bossuet nous a montré, dans un admirable exemple, ce que valent pour la foi les expositions d'en-

qu'il leur fallait « rebattre dix fois les premières paroles, pour les graver sur leurs dures cervelles et leurs cœurs de pierre et incirconcis. » [Esprit de saint François de Sales, III, 22.)

l.Le P. le Jeune, de l'Oratoire de Jésus (1592-1662), dit le Missionnaire aveugle. — Avis aux jeunes prédicateurs, public en tète des Sermons.

2. D'après un manuscrit la lin du quatorzième siècle, <.<. le prêtre paroissial est tenu par les canons d'enseigner et de prêcher enlangue maternelle quatre fois l'an... les quatre (sic) articles de foi contenus dans le symbole..., les sept sacrements de l'église; » plus, tous les points principaux de la morale (Aubertin, Histoire de la langue et de la littérature française au moyen âge). Les contemporains gagneraient fort à entendre exposer, une fois lan sinon quatre, la doctrine du surnaturel, du salut en Jésus-Christ seul, de lautorité de l'Eglise, etc.

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semble qui d'un seul coup mettent aux yeux la religion tout entière *. Que ne gagnera point l'incroyant si, venant d'aveniure nous entendre, il emporte de notre discours une idée complète du symbole que nous professons ! Quelle découverte pour lui, quel ébranlement peut-être ! L'esprit peut incidenter sur un point, se heurter à un détail ; mais s'il a quelque droiture, il sentira dans l'ensemble une liaison, une grandeur, une majesté qui subjugue, et déjà, par là même, une forte présomption du divin. Parmi les croyants aussi, beaucoup sont-ils capables de se faire par eux-mêmes la synthèse ordonnée de leur croyance? Il y faut notre aide; ne la refusons pas. Rien ne vaut les grandes et larges vues pour fortifier en eux l'assurance et le saint orgueil de la foi. Sachons donc, au besoin, enfermer en un seul tableau la doctrine entière; sachons au moins en dérouler amplement les grands aspects ^, aussi bien qu'en préciser les parties les plus déliées

Ensemble ou détail, enseignons, enseignons sans relâche. Avant d'être orateurs, nous sommes professeurs de doctrine chrétienne, et Celui qui nous envoie nous jugera, non sur notre éloquence, mais sur l'exactitude et la fidélité de notre enseignement.

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