LETTRE
De la Sacrée Congrégation des Évêques et Réguliers sur la Prédication '.
Notre Très Saint Père le Pape Léon XIII, qui a si vivement à cœur le ministère apostolique de la prédication, comme étant très nécessaire, surtout à l'époque actuelle, pourla bonne formation du peuple chrétien, est venu à savoir, non sans en éprouver une profonde douleur, que, dans la façon d'enseig"ner la parole divine, il s'est introduit depuis quelqiie temps certains abus g-raves, qui rendent souvent la prédication d'aujourd'hui ou méprisable, ou au moins stérile et infructueuse. Pour cette raison, suivant les traces de ses prédécesseurs 2,
(1) Cette lettre, postérieure de six ans à la jjremière éditiou du présent ouvrage, a été, sur Tordre exprès de' Sa Sainteté le Pape Léon XIII, adressée à tous les Ordinaires d Italie et aux supérieurs des ordres et instituts religieux. Si elle ne porte pas la signature du Souverain Pontife, nous savons de bonne source qu'elle a été lue par Lui et pleinement approuvée, qu II a de plus énoncé le désir de la voir traduite à Tusage des Français et des Espagnols. En la reproduisant ici, nous désirons la propager selon nos moyens, .encore plus que nous ne souhaitons assurer aux idées dominantes de ce livre le bénéfice d une confirmation qui, pour être fortuite, n'en a pa.t> moins sa haute valeur. — Nous reproduisons une traduction dont nous ignorons 1 auteur.
2. Entre autres. Clément X, Innocent XI, Innocent XII, Benoît XIII, tantôt par actes pontificaux, tantôt par le moyen de la Sacrée-Congrégation du Concile, ou de celle des Evêques et Réguliers, édictèrent, selon les besoins des temps, de sages prescriptions concernant la prédication sacrée.
il a donné l'ordre à cette Sacrée-CongTég"ation des Évêques et Rég^uliers de s'adresser aux Ordinaires d'Italie et aux Supérieurs généraux des Ordres réguliers, afin d'éveiller leur vigilance, et d'exciter leur zèle à porter remède, autant qu'il leur est possible, à ces désordres, et à les faire disparaître entièrement.
Suivant avec fidélité les augustes commandements du Saint- Père, cette Sacrée-Congrégation met sous les yeux des RRmes Ordinaires, des Supérieurs d'ordres réguliers et des Chefs de pieux instituts ecclésiastiques, les règles suivantes, afin qu'ils en procurent l'observance avec empressement.
En premier lieu, pour ce qui concerne la qualité du prédicateur sacré, qu'ils aient soin de ne jamais confier un si saint ministère à celui qui ne serait pas animé de la vraie piété chrétienne et pénétré d'un grand amour pour Noire-Seigneur Jésus-Christ ; sans quoi il ne serait autre chose « qu'un airain sonnant ou une cymbale retentissante» (I C07\, XIII, i), et il ne pourrait jamais avoir cette véritable ardeur de la gloire de Dieu et du salut des âmes, qui doit être le seul mobile et la seule fm de la prédication évangélique. Et cette piété chrétienne, si nécessaire aux orateurs sacrés, il faut qu'elle éclate aussi dans leur conduite extérieure, qui ne doit jamais être en TDntradiction avec leurs enseignements, ni avoir rien de séculier et de mondain, mais être toujours telle qu'elle les montre vraiment " comme ministres du Christ et dispensateurs des mystères de Dieu » (I Cor., IV, 1); autrement, ainsi que le fait observer le Docteur angélique, saint Thomas : « Si la doctrine enseignée est saine et si le prédicateur est pervers, lui-même devient une cause de blasphème de la loi de Dieu» [Commentaires sur saint Matthieu, V).
La science doit être jointe à la piété et à la vertu chrétienne; car il est clair et démontré par une constante expérience, que l'on attendrait vainement une prédication solide, ordonnée et fructueuse, de la part de ceux qui ne sont pas nourris de bonnes études, principalement d'études sacrées, et qui^ confiants dans une certaine facilité naturelle de parole, montent témérairement en chaire, avec peu ou pas du tout de
préparation. Ces prédicateurs ne font autre chose que battre l'air et attirer sur la parole divine, sans s'en apercevoir, le mépris et la dérision ; c'est pourquoi il leur est dit justement : « Parce que vous avez repoussé la science, moi je vous repousserai, pour que vous n'accomplissiez pas mon sacerdoce. » {Osée, IV, 6.)
Après donc, et non avant, que le prêtre aura acquis toutes les qualités que nous venons d'énumérer, alors seulement les RR™es Évêques et les Chefs des Ordres réguliers pourront lui confier le g-rand ministère de la parole divine ; mais en veillant toutefois à ce qu'il s'en tienne fidèlement aux matières qui sont vraiment propres à la prédication sacrée. Or, ces matières sont indiquées par le divin Rédempteur là où il dit: « Prêchez l'Évang-ile» (Saint Marc, XVI, 15)... Apprenez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé moi-même. » {Saint MattJi.^ XXVIII. 20.)
Conformément à ces paroles, le Docteur angélique a écrit : « Les prédicateurs doivent éclairer sur ce qu'il faut croire, diriger sur ce qu'il faut faire, faire connaître ce qu'il faut éviter ; et tantôt en menaçant, tantôt en exhortant, prêcher aux hommes la loi divine ^> (Loco cit.). Et le saint concile de Trente : « Indiquez-leur les vices qu'il faut éviter et les vertus qu'il faut pratiquer pour échapper aux peines éternelles et obtenir la céleste féhcité. » [Sess. V, c. 2, de Reform.)
C'est ce que le Souverain Pontife Pie IX, de sainte mémoire, a expliqué plus amplement encore par les paroles suivantes : a Que les prédicateurs, enseignant, non leurs doctrines, mais celle de Jésus-Christ crucifié, annoncent avec clarté et ouvertement les très saints dogmes et préceptes de notre religion, suivant la doctrine de l'Église catholique et celle des Pères, dans un langage noble et grave ; qu'ils expliquent avec soin les devoirs particuliers de chacun, qu'ils détournent les fidèles delà débauche et qu'ils les poussent à la piété; de sorte que, réconfortés par la parole de Dieu, ceux-ci évitent tous les vices, pratiquent toutes les vertus, afin d'échapper aux peines éter« nelles et d'obtenir la céleste félicité » (EncycL du 9 nov. 1846),
D'où il résulte clairement que le symbole et le décalogue.
les commandements de l'Église et les sacrements, les vertus et les vices, les devoirs propres des diverses classes de la société, les fins dernières de l'homme et autres vérités éternelles semblables, doivent former la matière ordinaire de la prédication sacrée.
Mais ces très graves sujets sont aujourd'hui indignement négligés par beaucoup de prédicateurs qui, « recherchant leur propre intérêt, non ceiui de Jésus-Christ» (I Cor., XIII, 5), et sachant bien que ce ne sont pas ces matières qui sont les plus propres à leur conquérir cette faveur de popularité qu'ils ambitionnent, leslaissent entièrement de côté, principalement dans les sermons de carême et dans d'autres occasions solennelles ; et en même temps, le nom changeant avec la chose, ils substituent aux anciens serinons un genre mal compris de conférences, tendant à séduire l'esprit et l'imagination, et non plus à agir sur la volonté et à réformer les mœurs.
Ils ne réfléchissent pas que, si les prédications morales sont utiles à tous, les conférences sont d'ordinaire pour un petit nombre ; et ces derniers même, s'ils eussent été l'objet de plus de soin au point de vue des mœurs, c'est-à-dire si on les eût mieux aidés à être plus chastes, plus humbles, plus obéissants à l'autorité de l'Église, auraient eu, par cela seul, l'esprit délivré de mille préjugés contre la foi et plus disposé à recevoir la lumière de la vérité; par la raison que les erreurs religieuses, surtout chez les populations catholiques, ont généralement leur racine dans les passions du cœur plus que dans les erreurs de l'esprit, selon ce qui est écrit : « Du cœur viennent les mauvaises pensées et les blasphèmes » [S. Matth., XV, 19). C'est pourquoi, sur cette parole du Psalmiste : « L'insensé a dit dans son cœur : il n'y a pas de Dieu » {Ps. XIII, 1), saint Augustin fait cette très juste remarque : «Il l'a dit dans son cœur^ mais non pas dans son esprit. »
En parlant ainsi, nous ne voulons pas condamner d'une façon absolue l'usage des conférences, qui, lorsqu'elles sont
bien faites, peuverit être, elles aussi, en certains cas, très utiles et nécessaires, au milieu de tant d'erreurs répandues contre la relig-icn. Mais on doit bannir absolument de la chaire ces pompeuses dissertations qui traitent de sujets plus spéculatifs que pratiques, plus profanes que relig-ieux, plus faits pour l'apparat que pour produire des fruits, et qui seraient peut-être à leur place dans l'arène de la presse et dans les enceintes académiques, mais qui certainement ne conviennent pas au lieu saint.
Quant aux conférences qui visent à défendre la relig'ion des attaques de ses ennemis, elles sont quelquefois nécessaires; mais c'est une charge qui n'est pas faite pour toutes les épaules, elle est réservée seulement aux plus robustes. Et encore, ces puissants orateurs doivent, en cette matière, user d'une grande prudence ; il convient de ne faire ces discours apologétiques que lorsque, d'après les lieux, les temps et les auditoires, il en est véritablement besoin et qu'on doit en espérer un grand profit, ce dont les juges les plus compétents ne peuvent être évidemment que les Ordinaires; il convient de les faire de manière que la démonstration ait ses profondes assises dans la doctrine sacrée beaucoup plus que dans les arguments humains et naturels; il convient enfin de les faire avec tant de solidité et de clarté, que l'on évite le danger de laisser certains esprits plus impressionnés par les erreurs que par les vérités qu'on y a apposées, plus atteints parles objections que par les réponses.
On doit par-dessus tout veiller à ce que l'usage excessif des conférences ne fasse pas tomber en discrédit et en désuétude les prédications morales, comme si ces dernières étaient de second ordre et moins importantes que les prédications apologétiques, et devaient pour cette raison être laissées au commun des prédicateurs et des auditeurs. La vérité est, au contraire, que la prédication morale est la plus nécessaire à l'universalité des fidèles; qu'elle n'est pas moins noble que l'apologétique, et que, par suite, les orateurs, même les plus distingués et les plus célèbres, parlant devant des auditoires aussi choisis et aussi nombreux que l'on voudra, devront, au moins de temps en temps, la pratiquer avec beaucoup de zèle. Si cela ne se fait pas, ces grands auditoires seront condamnés à entendre toujours parler d'erreurs qui souvent n'existent pas chez la
plupart des personnes qui les composent, et jamais de vices et de fautes qui, d'habitude, se trouvent davantage parmi les assemblées de ce g-enre que dans d'autres de moindre éclat.
Mais si de nombreux abus se remarquent en ce qui concerne le choix des sujets, d'autres non moins graves sont à ■ déplorer quant à la manière de les traiter. Sur ce point, saint Thomas d'Aquin enseigne excellemment que, pour être vraiment «la lumière du monde, celui qui prêche la parole divine doit posséder trois qualités : d'abord la solidité, afin de ne pas s'éloigner de la vérité ; secondement la clarté, afin que soa : enseig'nement ne soit pas obscur; en troisième lieu, le désir d'être utile, afin qu'il recherche la gloire de Dieu et non la sienne propre. » {Loc. cit.)
Malheureusement, par leur forme, un grand nombre des sermons actuels, non seulement s'écartent de cette clarté et de cette simplicité évangéliques qui devraient les caractériser, mais ils se perdent dans un amas d'obscurités et dans des sujets abstraits qui sont au-dessus de l'intelligence commune du peuple, et ils amènent sur les lèvres cette plainte : « Les petits enfants ont demandé du pain, et il n'y avait personne pour leur en rompre. » {Lamentations de Jérémie, IV, 4.)
Un mal plus grave, c'est que ces sermons manquent souvent de cette empreinte sacrée, de ce souffle de piété chrétienne et de cette onction de l'Esprit-Saint, grâce auxquels le prédicateur évangélique devrait toujours pouvoir dire : « Mon discours et ma prédication ont été, non dans les paroles persuasives de la sagesse humaine, mais dans la manifestation de l'esprit et de la vertu. » (I Cor., II, 4.)
Les hommes dont il s'agit, au contraire, s'appuient presque uniquement « sur les paroles persuasives de l'humaine sagesse». Ils ne se soucient que peu ou pas du tout de la parole divine, de la Sainte Ecriture, qui doit pourtant être la principale source de l'éloquence sacrée, comme l'enseignait récemment le Souverain Pontife Léon XIII, heureusement régnant, en ces graves paroles que nous croyons opportun de rappeler :
« Cette vertu spéciale et singulière des Écritures, provenant
de l'inspiration divine de l'Esprit-Saint, c'est elle qui donne à l'orateur sacré l'autorité, lui fournit une liberté de parole tout apostolique, lui communique une éloquence énergique et victorieuse. Quiconque, en elfet, porte dans son discours l'esprit et la force de la divine parole, celui-là ne parle pas seulement avec des mots, mais avec des miracles, avec l'Esprit-Saint et une grande plénitude de ses dons. (I Thessal., 1,5.)
« Aussi on doit regarder comme agissant d'une façon maladroite et inconsidérée, ceux qui parlent de religion et énoncent les préceptes divins, en employant presque uniquement les paroles de la science et de la sagesse humaines, s'appuyant davantage sur leurs propres arguments que sur les arguments divins. Leur langage, en effet, quelque brillant qu'il soit, est nécessairement languissant et froid, en tant qu'il manque du feu de la parole de Dieu, et est ainsi bien éloigné de la vertu dont cette parole divine est si riche : « Car elle est vivante, efficace, et plus pénétimnte que tout glaive à deux tranchants; elle atteint jusqu'à la division de l'âme et de Vespnt.^yiIIeb>\,l\,i2.)
« D'ailleurs les savants eux-mêmes doivent reconnaître qu'il existe dans les saintes Lettres une éloquence admirablement variée et féconde et digne des plus grands sujets : c'est ce que Augustin a vu clairement et éloquemment prouvé {De doctrina christiania, IV, 6, 7), et ce que confirme l'expérience elle-même des plus éminents parmi les orateurs sacrés. Ceux-ci ont affirmé, en rendant grâces à Dieu, qu'ils ont dû surtout leur réputation à l'étude assidue et à la pieuse méditation de la Bible » {Encycl. du 18 novemb. 1893).
Ce saint livre est donc la source principale de l'éloquence sacrée. Mais ces prédicateurs modernisés, au lieu de puiser leur éloquence à la source d'eau vive, s'adressent, par un intolérable abus, aux citernes corrompues de la sagesse humaine; au lieu d'invoquer les textes divinement inspirés, ou ceux des Saints Pères et des conciles, ils citent à satiété des auteurs profanes, des écrivains modernes et même vivants,
auteurs et paroles qui prêtent bien fréquemment à des interprétations très équivoques et très dangereuses.
<i C'est encore un grand abus de l'éloquence sacrée, que de traiter les sujets religieux, uniquement dans l'intérêt de cette vie, et de ne pas parler de la vie future ; d'énumérer les avantages apportés à la société par la religion chrétienne, et de passer sous silence les devoirs qu'elle impose; de dépeindre le divin Rédempteur comme toute charité, et de ne pas faire mention de la justice. De là vient le peu de fruit de ces prédications, d'où un homme du monde sort persuadé que, sans avoir à changer ses mœurs, il n'a qu'à dire : Je crois en Jésus- Christ, pour être un bon chrétien. » {Card. Bausa^ Arciv. di Firenze, alsuo giovine Clcro, 1892.)
Mais qu'importent les résultats aux prédicateurs dont nous parlons? Ce n'est pas là ce qu'ils cherchent principalement ; ils s'appliquent à plaire aux auditeurs « éprouvant une vive démangeaison aux oreilles » Il Tim., IV, 3) ; et pourvu qu'ils voient les églises pleines, ils ne s'inquiètent pas que les âmes s'en retournent vides. Dans ce but, ils ne parlent jamais du péché, jamais des fins derrières, jamais des autres vérités très graves qui pourraient sauver les auditeurs en les inquiétant ; ils ont seulement « des mots qui charment » {Isaïe, XXX, 10) ; ils emploient une éloquence qui appartient davantage à la tribune qu'à la chaire, qui est plus profane que sacrée, et qui leur attire des applaudissements déjà condamnés par saint Jérôme, quand il écrivait : « Lorsque tu enseignes dans l'église, que l'on entende s'élever, non les acclamations du peuple, mais ses g'émissements ; que les larmes des auditeurs soient tes louanges. » [Ad Nepotian.)
Il en résulte que toute leur prédication apparaît comme entourée, tant dans l'église qu'au dehors, d'une certaine atmosphère théâtrale, qui lui enlève tout caractère sacré et toute efficacité surnaturelle. Il en résulte encore dans le peuple, et disons-le, dans une partie même du clergé, la dépravation du goût de la parole divine, le scandale de tous les gens de bien et peu ou point de profit pour les égarés ou les pervers. Ceuxci, bien que parfois ils accourent en foule pour entendre ces « paroles qui plaisent », surtout s'ils sont attirés parles mots sonores de x)7'ogrès, de j)at7'ie, de science onoderne, après avoir vigoureusement applaudi l'orateur qui connaît la bonne
Tnanière de i:)rêchcr, sortent de lég-lise tels qu'ils étaient entrés : « Ils admiraient, mais ils ne se convertissaient pas. » {Be saint Aug. sur S. Matth. XIX, 25.
Cette Sacrée-Congrégation, qui désire, en accomplissant les ordres de Sa Sainteté, porter remède à de si nombreux et si détestables abus, s'adresse à tous les RRn^^^ Évêques et Supérieurs g-énéraux des ordres religieux et pieux instituts ecclésiastiques, afin qu'ils s'élèvent contre ces maux avec une apostolique fermeté et qu'ils fassent tous leurs elforts pour en amener l'extirpation.
Se souvenant donc que, selon la prescription du concile de Trente, « ils sont tenus de choisir des hommes propres à cette mission de la prédication » {Sess. V, c. 2, de Reforrïi.)^ ils doivent user en cette affaire de la plus grande prudence. S'il s'ag-it de prêtres de leur diocèse, qu'ils ne se laissent pas aller à leur confier un ministère si auguste sans les avoir dabord éprouvés, ou par voie d'examen, ou par tout autre moyen opportun, « à moins qu'ils n'aient fait auparavant leurs preuves en ce qui concerne la vie, la science et les mœurs. » {Loco cit.)
S il s'agit de prêtres d'autres diocèses, il ne leur faut en autoriser aucun à prêcher dans le leur, surtout en des occasions solennelles, si ces prêtres ne présentent des lettres de leur propre évêque ou de leur propre supérieur rég^ulier, donnant bon témoig"nage de leurs mœurs et de leur capacité.
Les supérieurs des religieux, de quelque ordre, société ou congrégation que ce soit, ne permettront à aucun de leurs sujets de prêcher, et encore moins le présenteront-ils aux Ordinaires avec des lettres testimoniales, avant de s'être parfaitement assurés, et de la régularité de sa conduite, et de la rectitude de sa méthode dans la prédication de la parole divme.
Que si les Ordinaires, après avoir accepté un prédicateur sur les bonnes recommandations qu'il a présentées, le voyaient ensuite, dans l'exercice de son ministère, dévier des règles et des enseignements donnés dans cette Lettre, ils auraient à le
rappeler promptement au devoir par une réprimande opportune.
Si celle-ci ne suffisait pas, qu'ils lui retirent la mission qui lui était confiée, et qu'ils usent même des peines canoniques, quand la nature du cas le demande.
Au reste, cette Sacrée-Cong-régation sait qu'elle peut sûrement compter sur la diligence et sur le zèle des RR™^^ Ordinaires et des Chefs d'Ordres religieux ; elle a donc confiance que, surtout grâce à eux, on verra promptement réformée cette manière moderne d'annoncer ou plutôt d'altérer la parole divine; elle espère que la prédication sacrée, débarrassée des séductions mondaines, retrouvera sa gravité et sa majesté natives et, avec elles, son efficacité surnaturelle pour la gloire de Dieu, le salut des âmes et l'avantage universel de l'Eglise et du monde.
Rome, de la Secrétairerie delà S. Congrégation des Evêques et Réguliers, le 31 juillet 1894.
Isidore Cardinal Verga, Préfet.
Trombetta Louis, Pro-Secrétaire.