‹ La prédicationChapitre 30 sur 218 · NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-GHRIST · texte numérisé non relu

NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-GHRIST

L Houime-Dieu prêche partout et toujours. — Il n écrit pas. — Aullienticité de sa parole dans lEvangile. — Idée générale de sa manière. — « Jamais homme n a parlé comme cet homme. » C est certainement un homme qui parle: — - c est certainement plus qu un homme.

« Que de prédicateurs avait déjà suscités le Verbe demeurant au sein du Père ! Il avait envoyé les Patriarches, il avait envoyé les Prophètes; il s'était fait précéder par nombre d'illustres avant-coureurs. C'était le Verbe immuable qui envoyait toutes ces voix. Enfin, à la suite de toutes ces voix par lui envoyées, lui-même, le Verbe unique, est venu dans un organe bien à lui, dans une voix bien à lui, dans une chair bien à lui ^ » Après cette glorieuse avant-garde, voici le Maître, le Roi delà parole sacrée; après les premiers hommes de Dieu, voici 1 Homme-Dieu.

Osons étudier sa parole, et à titre de modèle pratique. Pourquoi pas? Nous avons bien le droit et le devoir d'étudier sa vie pour y conformer la nôtre. Chose d'ailleurs trop évidente : nous ne pourrons que réunir et mettre en ordre quelques indications brèves, qu'ébaucher une introduction à l'étude de cet adorable sujet.

Et comme il importe avant tout de la circonscrire, laissons à d'autres le soin d'analyser la doctrine et la morale du Maître. Tenons-nous-en à son genre de parole, à sa manière oratoire, puisqu'il a daigné en avoir une : c'est tout notre dessein.

Or deux observations préliminaires peuvent trouver ici

1. Quantos prœdicatores lecit A'erhum apud Patrem manens I Misit Patriarehas, misit Prophetas, misit lot et tantos prœnuntiatores suos. Yerbum manens voces misit, et, post multas prœmissas voces, unum ipsum Yerbum venit. tanquam in vehiculo sue, in voce sua, in carne sua. (S. Augustin, De S. Joaniie Baptista, Sermo cclxxxviii, 4.)

leur place. Tout d'abord Jésus-Christ Notre-Seigneur réalise éminemment ce que les AUicniens diront plus tard de saint Paul. Il est par excellence un semeur de paroles, seminiverbius *. Sans méthode ni appareil réglé d'avance, il va semant la doctrine comme le bienfait, en tout lieu, à toute heure, en toute occasion. « Il n'a besoin ni delà tribune des synagogues, ni de la chaire des docteurs ; il a le puits de Sichem, le rivage de ia mer, la barque balancée sur les flots, la noce champêtre, la table de l'orgueilleux Pharisien, le parvis du Temple, le portique de Salomon et sa foule agitée, la maison hospitahère des deux sœurs, le carrefour oij mendie l'aveugle, la route de Jérusalem, le mystérieux cénacle oii il exhale ses paroles d'amour et d'ineffable tristesse ^. » Telle est sa prédication, la plus libre d'allures et la plus spontanée qui fut jamais.

En outre il n'écrit pas. Saint Thomas en allègue ce motif entre autres, que sa parole, enfermée dans les limites précises de la lettre, y eût perdu quelque prestige, cette perspective de grandeur indéfinie, cette impression d'un audelà mystérieux que, du reste, les Évangélistes ont soin de nous laisser en déclarant n'avoir pas tout dit ^. Il y a plaisir à trouver sous la plume sévère du grand Docteur cette raison d'esthétique ou de sentiment, raison si vraie d'ailleurs et si profonde. Mais quelle belle économie providentielle! D'une part, nous n'avons pas une parole écrite et signée du Maître, une parole dont nous puissions dire : « Voilà tout. )) D'autre part, celle que lui prête l'Évangile a toute l'authenticité voulue pour nous livrer au naturel et nous faire prendre sur le vif son style, son ton, sa manière. Dans ces pages inspirées, c'est bien l'Homme-Dieu que nous entendons parler sa langue propre et y mettre son

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