‹ La prédicationChapitre 63 sur 218 · II Cor., II. i · texte numérisé non relu

II Cor., II. i

dépeint un jour par Lacordaire ', et dont la continuation à travers dix-neuf siècles est un des miracles probants dont se prévaut le Christianisme. Paul va courant le monde et s'élevant au sommet de l'héroïsme sous cet aiguillon d'amour contre lequel il a regimbé vainement et qui maintenant reste à jamais dans la blessure.

Or, c'est bien l'amour le plus réfléchi, le plus agissant, en même temps que le plus enthousiaste. Paul entend que nous voyions toutes choses avec les yeux de l'amour, avec les yeux illuminés du cœur ^ ; et pourquoi? Pour arriver à faire la vérité dans l'amour ^. C'est vouloir toutes les puissances intellectuelles et morales appliquées à nourrir, à développer, à mettre en acte la passion souveraine. Pour lui-même, il ne cesse d'étudier Jésus et de s'en pénétrer à nouveau, jusqu'à ne plus savoir autre chose. L'amour de son divin Maître occupe sa pensée, enflamme sa parole, met en branle et en action toutes les forces vives de son être. L'admirateur ébloui du Christ glorieux goûte le mystère du Christ humilié, souffrant, crucifié; il se l'applique à lui-même en toute rigueur pratique, jusqu'à se complaire et s'enorgueillir d;ms la tribulation et l'ignominie^. Ainsi, l'amour n'est pas chez lui enthousiasme d'imagination et de sensibilité factice. Il est le tout de son âme et de sa vie ; il fait de Paul un héros, un saint, et, par là même, au défaut de tout le reste, il en ferait un orateur.

Arrêtons là cette étude. Encore une fois, nous venons de toucher un grand secret de l'art, et bien autrement haut que l'art lui-même, du moins tel qu'on l'envisage trop souvent. Saint Paul est éloquent parce qu'il aime; il est un admirable prédicateur parce qu'il aime passionnément le grand objet de la prédication chrétienne, Jésus-Christ. La leçon est ici manifeste, elle est encourageante; car enfin

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