Homélie iv sur la Genèse
i. Homélie ii sur le changement de nom (de Saul en Paul). 5. Homélie m sur Saul et David, 1.
Chrysoslome moraliste. — Observation profonde. — Peinture minutieuse et hardie. — « Inrrépation et vigueur » (Bossuet). - — Effort persévérant sur un même point. — Sagesse pratique. — Douceur et grâce.
S'il est permis de marquer des degrés dans l'excellent, nous n'en voudrons à personne de trouver chez Chrysostome le moraliste supérieur au catéchiste, le directeur public des consciences encore plus éminent que le professeur de religion et le commentateur de l'Écriture. Ou plutôt ces deux rôles se complètent et se fortifient naturellement : le moraliste serait moins achevé sans le docteur, le docteur moins admirable sans le moraliste. Ne les distinguons que pour les mieux goûter l'un et l'autre, et si nous comparons, souvenons-nous de réunir.
En morale pratique et appliquée, le premier mérite est l'observation. Chrysostome sait à fond la vie humaine; il l'a étudiée avec son grand et sagace esprit, d'où la finesse des analyses ; mais aussi avec son cœur ouvert à toutes les impressions généreuses, avec ce tact supérieur que donnent à l'âme du prêtre la pureté et la charité. De là mille traits singulièrement justes et touchants tout ensemble. Rien ne l'est plus, à notre gré, que cette peinture de l'homme revenant du théâtre et incapable de goûter la vie de famille. « Lorsque tu rentres chez toi, 1 âme détendue par ces spectacles, amolli, énervé, irrité contre toute pudeur, tu n'as que des regards mécontents pour ta propre femme, quel que soit d'ailleurs son caractère. Tout ardent des convoitises que tu as puisées au théâtre, captivé et alTolé par ces images étrangères, tu dédaignes l'épouse chaste et modeste, compagne ordinaire de ta vie; tu l'insultes, tu la maltraites en mille façons. Ce n'est pas que tu aies rien à lui reprocher ; mais tu rougirais de lui avouer ton mal, lu aurais honte de lui montrer la blessure que tu rapportes du théâtre dans ta demeure. Et alors tu lui cherches de vaines querelles, tu saisis tous les prétextes d'aigreur, prenant en
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dég:oùt tout ce qui est de la famille, aspirant toujours à longs traits cette passion criminelle et impure qui t'a blessé. L'àme encore pleine de ces voix dissolues, de ces tableaux, de ces poses, de tous ces fantômes de luxure, tu no peux plus rien voir d'agréable dans ton intérieur ^. » Nest-ce point aujourd'bui encore saisissant de vérité, d'actualité? Le prédicateur contemporain ne pourrait-il retourner le même trait contre les habitués des fêtes mondaines, contre les liseurs de romans, si fort dégoûtés des choses réelles, 011 contre ceux-là môme à qui les affaires ne laissent pas un moment pour les joies et les devoirs du foyer?
Chrysostome est observateur profond, mais aussi peintre minutieux, inexorable. Nul détail ne lui échappe ou ne l'effraye, qu'il s'agisse des criailleries d'opinion contre les Évêques -, ou de la vanité somptueuse des femmes, ou même du luxe des chaussures ^, car il ne lui en coûte pas de s'abaisser jusque-là. Il est vrai qu'il s'en excuse ; mais laissez-le faire et vous verrez ce qu'il tire d'un sujet si pauvre en apparence. Tout y viendra et le plus naturellement du monde : leçon d'économie politique à propos des peines et des périls où ce luxe ridicule expose ceux qui le procurent ; réclamation indignée en faveur de Jésus-Christ mourant de faim dans Ja personne des pauvres ; satire populaire de ces chrétiens attentifs à leurs pieds plus qu'à leurs âmes, de ces efféminés qui, au lieu d'avoir l'œil au ciel, ne quittent pas du regard leur cbaussure, jaloux de la préserver d'une tache ou peut-être de l'admirer tout simplement. Mais puisque les souliers sont si précieux, que ne les porte-t-on au cou, voire même sur la tête ? « Vous riez, conclut le moraliste, et moi je suis près de pleurer en vous le disant; car cette folie me perce le cœur, cette attache à des bagatelles m'arrache des soupirs. »
Si Chrysostome n'est pas rebuté par le détail vulgaire, il