‹ La prédicationChapitre 80 sur 218 · Homélie XLix sur saint Matthieu · texte numérisé non relu

Homélie XLix sur saint Matthieu

ne recule pas davantage devant certaines peintures que notre délicatesse ne souffrirait plus. Elle nous interdira même de citer quelques-unes des pages les plus étincelantes du grand orateur, celles oii il fulmine contre le théâtre et les abominations toutes païennes qui s'y étalaient de son temps ^ Aurait-il été beaucoup moins sévère contre le théâtre moderne?

11 est vrai que cette implacable hardiesse à démasquer le vice et à l'appeler par son nom n'était pas du goût de tout le monde. On murmurait, on s'éloignait quelquefois : après tout, ne s'était-on pas éloigné de Notre-Seigneur lui-môme? Grande douleur pour un cœur d'apôtre ; mais le moraliste chrétien ne doit-il pas s'y exposer un jour ou l'autre ^ pour peu qu'il veuille rester fidèle et dégager sa propre conscience ? Qu'on nous pardonne de paraître jouer sur les mots ; mais en vérité nous serions tenté de plaindre le prédicateur dont personne ne se plaindrait jamais.

Est-ce à dire que nous devions, que nous puissions même prêcher, avec la verdeur et l'âpreté de Chrysostome, l'actualité, le théâtre, le roman, le luxe? Des hommes du monde nous reprochent quelquefois de ne le point faire assez ^, et de vrai il semble que, dans les grandes villes surtout, la prédication aille à cet égard d'un extrême à l'autre, quelquefois excentrique ou même violente, le plus souvent timide, trop timide peut-être. 11 est clair que nous ne sommes pas à Antioche ni au quatrième siècle, et que le grec, tout comme le latin, était plus libre de braver dans les mots une certaine honnêteté qui n'est pas toujours l'indice infaillible de l'excellence des mœurs. N'est-il pas vrai toutefois que

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