‹ La préhistoire antiquité de l'hommeChapitre 24 sur 105 · EXPOSÉ DE LA OUESTION · texte numérisé non relu

EXPOSÉ DE LA OUESTION

§ 1. Premiers faits signalés. — Les conditions de la vie pendant la période tertiaire étaient tellement analogues à celles de nos jours que, de l'avis de tous les paléontologues, l'homme aurait parfaitement pu exister et se développer. C'est ce qui faisait dire à Falconer qu'en poursuivant ses recherches de fossiles miocènes dans l'Inde, il exhumait tant d'animaux organisés pour vivre

HOMME TERTIAIRE. al

dans un milieu semblable au notre, il rencontrait tant de formes se rapportant aux formes actuelles qu'à cbaque coup de piocbe il pensait voir apparaître un débris humain ou un objet fabriqué par rhomme. Aussi nombre de paléontologues et de paléoetbnologues se sont-ils mis à rechercher l'homme tertiaire.

Le premier entré dans cette voie est le savant bibliothécaire du muséum de Paris, M. J. Desnoyers. Le 8 juin 1863, il crut pouvoir signaler à l'Académie des sciences des traces humaines dans les carrières de sables et de graviers de^Saint-Prest, près de' Chartres (Eure-et-Loir). Tant d'audace d'un homme de tant de savoir, généralement si réservé, fut trouvée excessive ; lui-même en a été effrayé plus tard. Pourtant les sables et graviers de Saint- Prest, bien que plus anciens que les alluvions des bassins de la Somme et de la Seine, ne datent pas de bien loin géologiquement parlant. Ils se rapportent au pliocène, partie supérieure du tertiaire.

C'est au Congrès d'archéologie et d'anthropologie préhistoriques, session de Paris, 1867, que devait se poser largement la question de l'homme tertiaire. Deux géolojçues des plus distingués, tous les deux ecclésiastiques, Bourgeois et Delaunay, arrivèrent, le premier avec des silex brûlés et taillés provenant de la base du miocène ou tertiaire moyen de Thenay (Loir-et-Cher), étage aquitanien ; le second avec des os incisés des faluns de Pouancé (Maine-et-Loire), également miocènes, mais du mayencien, étage un peu moins ancien que le précédent. L'habile directeur du musée d'histoire naturelle de Gênes^ M. Arthur Issel, présenta aussi des ossements humains recueillis dans les marnes bleues de Savone (Ligurie), du tertiaire supérieur ou pliocène, étage astien. Enfin, M. Wilham-P. Blake, professeur de minéralogie et de géologie en Amérique, montra des instruments divers^ en

pierre, extraits, dit-il, du tertiaire supérieur de Californie. § 2. Groupement des indications. — Quelle est la valeur de ces diverses communications et de plusieurs autres qui se sont produites, soit avant, soit surtout après le Congrès? C'est ce que nous allons examiner en les passant successivement toutes en revue^ groupées par séries.

1° Os rayés et impressionnés:

Sablières de Saint-Prest ; Gisement ossifère du Yal d'Arno ; Couches fossilifères de San Giovanni; Sables et graviers de TOrléanais ; Calcaires d'eau douce de Billy; Formation d'eau douce de Gannat.

2° Os incisés et entaillés :

Faluns de Pouancé ; Faluns de Chavagnes-les-Eaux; Assises de Monte-Aperto.

3» Os cassés :

Colline de Sansan ; Gisement de Pikermi.

4° Os percés et sculptés :

Omoplate de mastodonte, Piémont ; Crag rouge de Suffolk; Miocène des Dardanelles.

0° Ossements humains :

Grès de Fontainebleau; Marnes bleues de Savone ; Sidérolithique de Delémont; Mollasse du midi de la France; Puits du Camp-des-Anges.

6° Débris de l'industrie humaine :

Alluvions de Californie; Lignite de Montai gu; Assises de San-Valentino ; Bois silicifié d'Autry-Issard ; Forêt siliciûée de l'Inde.

7° Traces de feu et silex taillés ; Gisement de Tlienay; Graviers quartzeux du Cantal ; Tertiaire de Portugal. •

§ 3. Indépendance d'esprit. — La paléoethnologie sérieuse doit être étudiée avec un esprit libre de toute idée préconçue. Le paléoethnologue ne doit avoir qu'un but, celui d'arriver à la connaissance de la vérité quelle qu'elle soit. Pour atteindre ce but, il est nécessaire de faire abstraction de toute conception théorique. Il faut tout baser sur l'observation directe des faits, et il importe d'étudier ces faits avec la critique la plus sévère. C'est malheureusement ce qui n'a jamais eu lieu jusqu'à présent. Les uns, surexcités par des passions religieuses, ont tout combattu, tout rejeté avec dédain et colère, sans aucun examen ; les autres^ poussés par une tendance contraire, ont malheureusement été portés à tout admettre sans preuves suftisantes et sans critique sérieuse. Tâchons de nous maintenir entre ces deux écueils également dangereux, afin de marcher d'un pas ferme dans la voie du véritable progrès. Nous aurons à sacrifier la grande majorité des données présentées pour établir l'existence de l'homme tertiaire, données reproduites et admises pourtant par la plupart des auteurs. Mais nos convictions n'en seront que plus profondes quand nous arriverons à des observations nettes, précises, bien établies!

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