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CHAPITRE III

TRACES LAISSÉES PAR l'hOMME SUR DES OS d'aMMAUX.

§ i . Valenr de ces (races. — Dans les milieux romains et mérovingiens^ surtout parmi les ruines des villas ou maisons de campagne, on trouve très fréquemment des os d'animaux sciés, coupés, entaillés, incisés. Ces sciages, coupures, entailles et incisions ont été faites soit en dépeçant ranimai et dégarnissant les os pour manger la chair, soit surtout en cherchant à utiliser les os euxmêmes comme objet d'industrie. Toutes ces empreintes produites par des instruments d'acier sont généralement très nettes, fort profondes, parfaitement reconnaissables.

Dans les habitations lacustres et dans les grottes, partout oia Ton retrouve des débris de repas et d'industrie des hommes de l'âge de la pierre, on voit aussi des os coupés et sciés, mais les traces de sciage et de coupures, produites par du silex, sont beaucoup moins nettes et moins profondes. Ces traces ou des traces analogues, retrouvées sur des ossements d'animaux d'espèces éteintes ont été considérées par Edouard Lartet comme « pouvant nous fournir les preuves les plus directes et les moins contestables de l'ancienneté de l'homme et de sa contemporanéité avec des espèces depuis longtemps disparues. »

C'est ainsi qu'il s'exprimait dès le commencement de 1860, à l'Académie des sciences de Paris, à la Société géologique de Londres et à la Société géologique de France. Trois ans plus tard M. J. Desnoyers basait sur le même genre d'observations ses preuves de l'existence de l'homme pliocène. Il est donc important, au point de vue paléoethnologique, d'étudier avec soin les marques que l'homme peut laisser sur les ossements.

§ 2. iVature des cîiverscs traces. — Ces marques se divisent en quatre groupes :

Les sciures, traces laissées par le mouvement de va-etyient d'une lame plus ou moins dentée, la scie ;

Les entailles, enlèvement de matière en forme d'éclats, produit par les coups successifs d'un instrument tranchant plus ou moins lourd, généralement la hache ;

Les coupures, enlèvement de matière plus suivi, plus régulier, produit sans percussion, simplement par pression, avec des lames plus ou moins affilées et tranchantes, action des lames de couteau, du tranchet ;

Les incisions, coupures sans enlèvement sensible de matière, habituellement superficielles, souvent involontaires, produites aussi bien par la pointe que par le tranchant d'une lame.

De fines stries longitudinales nombreuses et successives sur les lèvres de reiUaille, produites par le mouvement de va-et-vient de la scie, caractérisent les sciures.

Les scies métalliques, fer et bronze, étant formées de lames minces etfplates, laissent des faces de coupures verticales et parallèles. Les scies en pierre, s'épaississant rapidement, donnent des sillons à angles assez ouverts, dont les faces ont toujours une certaine inclinaison. Il est donc facile de reconnaître si un objet scié l'a été par un instrument en pierre ou en métal.

Les coups de hache, s'ils sont portés perpendiculairement à l'os, forment une largo entaille béante, qui, comme forme générale, se rapproche des traces de la scie de pierre ; mais les bords ou lèvres de l'entaille, au lieu d'être striés en long, sont lisses ; c'est tout au plus si sur ces surfaces lisses on aperçoit quelques stries transversales produites par les ébréchures qui existaient accidentellement sur le tranchant de la hache.

Dans le maniement de la hache, les coups perpendicu-

laires forment une rare exception, presque toujours les coups sont plus ou moins obliques; alors il se produit une entaille avec lèvre inférieure lisse et lèvre supérieure soulevée diversement éraillée : ou bien encore cette lèvre supérieure vole en éclats, et il reste sur l'os un creux en majeure partie lisse, terminé par une portion rugueuse, conséquence naturelle de la déchirure ou cassure de l'extrémité de l'éclat.

D'après l'intensité de l'action, on peut reconnaître la nature de l'instrument employé. La hache en pierre donne toujours des entailles bien moins vives, moins profondes et moins importantes que la hache en métal.

Cette différence est surtout sensible sur le bois, matière plus tendre que l'os et, par conséquent, plus enlaillable, si je puis m'exprimer ainsi.

Quant aux coupures, elles sont d'autant plus nettes que les lames qui les ont produites étaient plus tranchantes et d'un maniement plus facile. Celles du métal doivent donc être bien plus importantes que celles du silex, dont le tranchant est beaucoup moins coupant, s'altère plus facilement, et qui ne sont pas d'un maniement commode. Du reste, sur les os, matière dure et résistante, les coupures, même avec des lames de métal, ne peuvent jamais être bien profondes.

Les incisions sont encore bien moins profondes et moins caractérisées. 11 n'y a rien à en dire de particulier.

Reste à citer les traces laissées par des intruments contondants au lieu d'être tranchants. Elles sont de deux natures très distinctes : les impressions et les eVa^ïlures.

Les impressions sont des creux d'aspects divers, sans perte de matière, produits par la simple compression des molécules ou éléments du corps atteint. Elles varient suivant la direction et la force du coup, l'état de dureté et de

résistance de l'objet frappé, la force et la puissance du corps frappant.

Les éraillures se produisent quand.au lieu d'une simple compression, il y a enlèvement violent de matière. Les faces d'une pareille échancrure ne sont jamais lisses et régulières comme celles résultant de l'action d'un instrument tranchant. Elles se montrent au contraire rugueuses, irrégulières, déchirées, en un mot éraillées, d'oi^i vient leur nom.

§ 3 . Fausses traces. — A côté de ces diverses empreintes dues à l'intervention de Thomme, il en est d'autres très voisines comme forme et comme aspect, qui ont une origine toute différente. Ce sont des stries, des incisions et des entailles produites par des dents d'animaux, dont nous allons nous occuper dans le chapitre suivant ; et des rayures, des impressions, des ablations de matière dues à des frottements dont il sera question aux paragraphes des sablières de Saint-Prest.p. 42, et du calcaire de Billy, p. -48. Ces diverses empreintes sont importantes à étudier, parce qu'elles ont induit en erreur bon nombre d'observateurs, même parmi les plus distingués.

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