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EMPREINTES DES DENTS D 'ANIMAUX

§ 1, Rongeurs. — Les empreintes de dents d'animaux sur les os sont dues à des carnassiers et à des rongeurs. :

Les rongeurs ont à chaque mâchoire deux puissantes incisives, très rapprochées, se touchant presque, taillées en biseau ou lame de ciseau. Ce sont les instruments avec lesquels ils travaillent. Aussi le produit de leur travail

est-il facile à reconnaître. Les traces qu'ils laissent sur les corps qu'ils rongent sont toujours formées de deux sillons parallèles séparés par une légère arête. Les sillons sont produits par les tranchants des dents et, l'arête résulte du léger vide existant entre les deux incisives.

Les rongeurs, du moins certains rongeurs, sans être carnivores, aiment beaucoup ronger les os, soit pour manger le résidu, soit tout simplement pour s'aiguiser les

Fig. I. — Bois rongé par le castor. Lac de Saint-Andéol (Lozère). Collection de la Société d'anthropologie. 2/3 gr.

dents. Dans les dolmens des causses ou plateaux calcaires de l'Aveyron, j'ai trouvé des os d'homme et de renard percés et diversement entamés par de petits rongeurs de la famille des arvicolas ou campagnols. La grotte de Télamone, en Toscane, a fourni de nombreux ossements humains et quelques os de cheval profondément rongés par le porc-épic. Dans les habitations lacustres on recueille fréquemment des cornes de cerf couvertes d'em.preintes de dents de petits rongeurs, souris, rats ou écureuils. Les proportions des sillons peuvent servir à déterminer l'espèce de rongeur qui les a produits.

Comme habitations lacustres, le castor a souvent fait concurrence à l'homme. Parfois on a été embarrassé pour savoir quel était le véritable constructeur, comme

cela est arrivé pour le lac de Saint- Andéol dans la Lozère. Mais les empreintes laissées sur le bois ont permis de trancher la question d'une manière certaine. De larges sillons parallèles séparés par une simple arête sont venus trahir l'intervention des fortes canines du castor.

§ 2. Carnassiers. — Les empreintes de dents de carnassiers sur les os se comprennent beaucoup mieux. Et pourtant, parmi les carnassiers terrestres, il n'est guère que deux familles qui laissenthabituellement des empreintes sur les 05 : ce sont les hyènes et les canidés. Les autres carnassiers terrestres mangent les chairs et attaquent peu les os. Les empreintes de leurs dents ne sont qu'accidentelles et, du reste, sont intermédiaires entre les deux types dont je vais parler.

Les hyènes, armées de dents solides, très massives, très fortes, par goût rongsnt et triturent les os. Elles s'attaquent aux os les plus gros, comme ceux de rhinocéros et d'éléphant; aux plus durs, comme les os longs de bœuf et de cheval, même aux cornes de cervidés. Leurs dents laissent des empreintes longitudinales, distribuées irrégulièrement, larges, nombreuses, souvent répétées. Lorsqu'on a examiné une fois ces empreintes avec soin, on les reconnaît facilement. Elles sont très fréquentes sur les ossements des cavernes et deviennent si caractéristiques que leur présence dans un gisement suffit pour faire admettre d'une manière certaine l'existence de l'hyène, quand bien même ou n'y aurait trouvé aucun débris de cet animal. •

Les canidés ont aussi de bonnes dents ; mais, moins grosses et moins fortes, elles laissent des empreintes beaucoup moins importantes. En outre, les canidés et l'hyène jouent des dents d'une manière toute différente. L'hyène saisit l'os qu'elle ronge entre ses deux mâchoires, comme dans un étau; appuyant ses dents d'une manière continue,

elle produit des empreintes franches, nettes, profondes, suivies. Les canidés, au contraire, sont obligés d'agir à plusieurs reprises, ils mordillent; aussi les empreintes qu'ils laissent sont-elles multipliées et courtes, c'est comme un pointillage irrégulier.

Pour me résumer, en rongeant les os, les hyènes produisent des espèces de rainures irrégulières, les canidés un véritable mâchillement.

§ 3. Carnassiers marins. — Dans les dépôts marins, on trouve aussi fréquemment des empreintes de dents sur les os. Delfortrie, en 1869, a attiré l'attention des paléontologues et paléoethnologues sur ce sujet. 11 a signalé dans les faluns de Léognan (Gironde) de nombreux ossements d'animaux marins présentant des stries et entailles ; et il a établi que ces empreintes avaient été produites par des carnassiers marins. Il a même montré que certaines de ces empreintes étaient incontestablement dues à une dent pectinée, probablement à celle du Sargus serratus, dont on retrouve d'abondants échantillons fossiles au milieu des os rayés et striés de Léognan.

Dans nos mers actuelles, il existe de grands carnassiers, comme les requins et les squales, armés de nombreuses dents pointues et coupantes, qui produisent de fortes entailles et de profondes incisions sur les ossements des animaux qu'ils dévorent. Tous les terrains tertiaires marins contiennent en grand nombre des dents de squaloïdes plus grandes et tout aussi tranchantes, qui certainement ont dû produire sur les os des animaux de leur époque des empreintes semblables et plus fortes encore que celles produites par les dents des squaloïdes de nos jours. C'est en effet ce que l'on a remarqué sur divers ossements de cétacés dans les faluns de France (voir page 53) et les marnes pliocènes d'Italie (p. o6).

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