CHAPITRE III
ROBENHAUSIEN. — PIERRE TAILLÉE.
§ 1. Division des objets. — Nous allons passer en revue successivement les diverses séries d'objets qui constituent l'industrie robenhausienne. Bien que le Musée préhist07'ique (l) soit à proprement parler l'album du pré-
(1) Gabriel et Adrien DE MoRTiLLET, Musée préhistorique^ grand
sent volume, nous ne suivrons pas dans la description le même ordre de classification. Dans le Musée nous avons groupé ensemble tous les objets ayant le même emploi, bien qu'en matières diverses. C'est ainsi, par exemple, que les casse-tête sont tous réunis, qu'ils soient en bois, en corne de cerf, en silex ou en autres roches. Dans le présent traité nous allons décrire les objets d'après leur composition, commençant par ceux qui sont en pierre, passant ensuite à ceux qui sont en os et en bois. Les objets en pierre seront môme subdivisés en trois sections : ceux en pierre simplement éclatée, ceux en pierre retouchée et ceux en pierre polie.
§ 2. Lames et couteaux. — Comme je l'ai déjà dit précédemment, le couteau est tout simplement la cassure fraîche et vive de toute pierre à éclats tranchants. De ces diverses pierres la plus employée de beaucoup est le silex, parce que c'est la plus commune et une des meilleures. Les retouches, quelles qu'elles soient, altérant le tran chant, ne peuvent que nuire à l'emploi comme couteau. C'est donc bien à tort que certaines personnes qualifient de couteau des pièces retouchées.
Les couteaux les mieux caractérisés {Musée préhistorique^ pi. XXXIV) sont des lames étroites et allongées, plus ou moins régulières, légèrement arquées dans le sens de la longueur par suite de la cassure conchoïdale de la roche ; présentant sur la face inférieure un plan uni de détachement, et portant sur la face supérieure une ou deux arêtes longitudinales divisant cette face en deux ou trois plans. Ce sont les traces des lames précédemment détachées. Les lames varient beaucoup de longueur et de largeur, suivant que la matière première, d'où on les a extrai-
in-8o, 1881, 100 planches contenant 1269 figures. Paris, Reinvvaldj éditeur; prix : 33 fiancs.
tes, est plus ou moins volumineuse. Dans certains pays, comme le Grand-Pressigny, elles atteignent de très grandes proportions ; dans d'autres, comme à l'étang de Lacanau (Gironde) et dans l'Ombrie (Italie), elles sont extrêmement exiguës, tellement exiguës, qu'on se demande parfois à quoi elles pouvaient servir.
La grande majorité des lames est en silex de diverse nature. Il y en a aussi beaucoup en obsidienne dans les régions où cette roche existe. On en trouve exceptionnellement en jaspe, en calcédoine, en cristal de roche, en trapp, en quartzite et en grès lustré ; ces dernières ne sont pas très rares.
Dans certaines sépuUures, surtout dans le Gers, on a recueilli des lames remarquablement longues. On peut citer comme exemple une lame de silex découverte à Pauillac, par M. Ed. Bischoff, qui faisait partie de la colleclion Fillon [Musée pi'é historique^ n° 270). Elle a 34 centimètres et demi de longueur sur une largeur de 3 et demi. C'est évidemment un objet de grand luxe et un ex-voto funéraire, son emploi comme couteau n'est pas pratique.
Parmi les lames il en est de beaucoup plus irrégulières que celles dont je viens de parler, ce sont généralement des éclats de dégagement extraits des nucléus pour prépa.rer la fabrication de belles et bonnes lames,
§ 3. Xucléns. — Le nom de nucléus est donné aux noyaux qui ont servi à fournir des lames [Musée préhistorique^ pi. XXXIII). Ces nucléus sont des tronçons de roche, surtout de silex, qui à un bout ont une surface plane, c'est le plan de frappe sur lequel on donnait les coups de percuteur pour détacher les lames. Le pourtour montre un plus ou moins grand nombre de facettes étroites et allongées qui sont les faces d'où les lames ont été détachées. La base va en diminuant et se termine parfois en pointe. Les nucléus ont donc fréquemment la forme de cônes,
508 ARCHEOLOGIE PREHISTORIQUE.
qui peuvent être très surbaissés, ou bien très allongés. On voit aussi exceptionnellement des nucléus présentant un plan de frappe à chaque extrémité, ce sont ceux dont on a détaché des lames par les deux bouts. Dans les figures les nucléus sont bien souvent représentés à Tenvers, la pointe en l'air et le plan de frappe en bas.
Les dimensions des nucléus varient beaucoup suivant les régions. Là où la matière première est abondante et volumineuse, comme au Grand-Pressigny,les nucléus conservent de fortes dimensions. Là, au contraire, où elle est rare, les nucléus sont petits, on a utilisé la matière première presque jusqu'à extinction. On peut aussi dire que les nucléus varient de grandeur suivant les dimensions des pierres employées.
Ils sont aussi d'autant plus réguliers que la pierre est meilleure.
Les plus grands nucléus connus sont ceux de Prasiong, à Leugny (Vienne). M. Capitan, qui a découvert cet atelier, a donné de beaux échantillons au musée de Saint-Germain, les deux plus gros ont : longueur, 400 et 326 millimètres, largeur 220 et HO. Vien lient ensuite les nucléus du Grand-Pressigny (Indre-et- Loire) et ceux d'Angoulême (Charente). Ceux de Pressigny sont les plus connus et les plus répandus [Musée prékislorique, pi. XXXII).
Tous ces grands nucléus affectent une forme particulière que l'on donne dans les campagnes aux pelotes de beurre, aussi les a-t-on appelés livres de beurre. Le sommet présente toujours un plan de frappe, mais le derrière du nucléus est évidé et régularisé pour qu'on puisse le saisir
Ig. o