Nucléus en silex
Abbeville (Somme), 1/2 gr.
avec la main; le devant était taillé en dos d'âne, laissant sur les bords un large festonnage destiné à empêcher les doigts de glisser quand le nucléus est tenu à la main. Un coup franc et net donné sur le plan de frappe détachait une belle lame au point du dos d'âne et il ne restait sur le nucléus que la longue trace lisse d'éclatement. Parfois, on faisait partir deux ou trois lames ce qui multipliait en nombre égal les faces d'éclatement. Parfois aussi, mais beaucoup plus rarement, un défaut dans la pierre ou un contre-coup faisait casser la lame au milieu. Dans ce cas, le nucléus porte en haut une face d'éclatement et en bas conserve une portion du dos d'âne.
Ces grands nucléus de l'ouest de la France n'étaient pas destinés à donner des couteaux, mais bien de grandes lames à dos arrondis qui devaient être retaillées en pointes de lance.
Pour éviter la rupture des lames il fallait maintenir les nucléus à la main et leur laisser une grande élasticité. Si la pointe inférieure avait été posée sur un objet rigide, le contre-coup aurait toujours fait briser la lame au milieu. Pourtant, les très gros nucléus, comme ceux de Praslong, ne pouvaient être pris à la main. On devait les mettre à plat sur la cuisse et taper latéralement. On obtenait ainsi l'élasticité et la lame, ne tombant pas à terre, ne risquait pas de se casser.
Dans les nucléus ordinaires destinés à faire des lames simples ou couteaux, on détachait des lames tout autour sans s'arrêter. Il est arrivé qu'on a retrouvé ces lames auprès du nucléus et qu'on a pu les replacer à leur point de départ, comme les feuilles d'un artichaut autour du cœur. M. Carbonnier possède un bel échantillon de ce genre, récolté à Champigny-sur-Marne, près Paris.
Les nucléus sont presque toujours en silex ; pourtant il y en a quelques-uns en jaspe, comme au Pas du Mulet, à
Loigné-sur-Usseau (Vienne), et plus souvent en grès lustré, comme dans les environs de Braisne (Aisne). Dans les régions à obsidienne, comme en Hongrie et en Grèce, il y a jjeaucoup de nucléus de celte roche. C'est celle qui donne les tranchants les plus vifs et les plus coupants. Les nucléus du Mexique sont remarquables par leur beauté et leur régularité. On les prendrait souvent pour des manches de cachet.
§ 4. Percuteurs. — Pour détacher les lames il faut naturellement des percuteurs ou marteaux {Musée préhistorique^ pi. XXXI). Ce sont des fragments de pierre dure. Le plus primitif et le plus naturel est tout bonnement le simple caillou ramassé à terre.
h^^'- ■'■''-'': ^': ■'■''■^h\:È:0{ Nous l'employons encore bien : .. . -.. u./.>i^2£^ souvent pour casser des noix ou enfoncer des clous. On reconnaît les pierres qui ont servi de percuteur par de pe- „. ^„ „ , ., .,, tites étoilures qui se forment à
Fig. 53. Percuteur en silex. Atte- ^
lier des Marettes, à Londinières. chaque point qui a frapj)é. La
erieure), /- gr. pierre finit par être comme mâ-
chée par suite de l'accumulation de ces étoilures.
Dans les régions à silex les noyaux les plus sains et par suite les plus durs ont très souvent été employés comme percuteurs. Taillés d'abord à facettes anguleuses, on a frappé avec toutes les arêtes, qui se sont détruites peu à peu, et les noyaux ont fini par s'arrondir et devenir plus ou moins sphériques. On les a alors rejetés.
Il y a aussi des percuteurs en grès lustre. Ils sont généralement aplatis sur les côtés et présentent la forme de disques très épais. Les plats latéraux servaient à saisir l'instrument et l'on frappait avec le pourtour.
Enfin, on a utilisé comme percuteurs des pierj-es très
diverses, des pointes de nueléus, des bouts de liacbes polies ébréchées, des rognons de silex percés naturellement. Le nuisée de Saint-Germain {Musée préhistorique, u" 232) possède un très curieux percuteur de ce genre, provenant d'Abbeville (Somme).
Il resterait à citer un type tout particulier de marteau. C'est un caillou ou un bourrelet allongé, avec une profonde rainure au milieu pour entourer la pierre d'une latte de bois ou d'un nerf de bœuf devant servir de manche. Mais ce type appartenant, en Europe, plutôt à l'âge du bronze qu'à celui de la pierre, nous n'avons pas à nous en occuper ici.