II
tions dont elles sont chargées et les conceptions relatives à la figuration de la pensée ; bref, il est nécessaire de passer en revue tous les éléments sur lesquels une influence étrangère a pu s’exercer. Il va sans dire que les documents les plus précieux pour résoudre le problème sont les plus archaïques. Or, avant l’exploration des couches profondes du Tell de Suse, les éléments de la civilisation suméro-akkadienne remontaient peu au delà du temps de Sargon l’Ancien et de Naramsin. C'est-à-dire que pour l’Asie, on se trouvait au point où, en 1895, on était en Égypte, on atteignait à peine les débuts des temps historiques.
Dans la culture de l’Élam, la part qui revient aux Sémites est moindre que celle qu’ils ont chez les Sumériens. Déjà, avant qu'ils n’eussent paru sur les rives du Kâroun, les Susiens possédaient des arts fort avancés, très stylisés, principalement en peinture céramique ; ils connaissaient le métal, le tissage, l’agriculture, dont témoignent les armatures de faucilles, qu’en rencontre en grande abondance dans toutes les ruines. Peu après leur établissement, ils avaient leur écriture propre, dont ils faisaient usage sur pierre et sur argile, ils roulaient des cylindres gravés sur la pâte de leurs tablettes, ils adoraient leurs dieux nationaux, avaient une organisation politique qui, depuis des siècles, avait fait ses preuves, et certainement possédaient aussi leurs lois. |
De tous ces progrès réalisés par le peuple d’Élam, évoluant sur luimême, nous avons des preuves matérielles indéniables ; de telle sorte que le rôle des Sémites n'apparait que comme celui d’un peuple dominateur, exploiteur des biens créés par les populations paisibles sur lesquelles il abattit son joug.
Tout porte à croire, et nous en avons des preuves certaines, qu’en Chaldée les choses se passèrent comme en flam, bien qu’à des époques plus anciennes, et que la civilisation suméro-akkadienne n’est autre qu'une culture presque entièrement asianique ; que, de même qu’en Élam, les arts, les industries, l'écriture étaient connus et très probablement déjà lort développés quand les premiers Sémites furent assez forts pour dominer sur le Choumir. |
La division à l'infini en clans, en tribus, causée par la nature même du sol naissant de la Chaldée, et certainement aussi par les coutumes ancestrales des colons, favorisait étrangement la domination étrangère ; aussi se produisit-elle sans presque laisser de traces de conquête. Il n’en fut pas de même en Élam, pays unilié, puissant, gouverné par ses princes, soucieux de sa liberté qui, à maintes reprises, secoua le joug, et réagit même au point d'aller conquérir l'empire de ses maîtres. L’EÉlam a lutté pendant des siècles et n’a succombé que sous les coups d’Assourbanipal. Aussi, pendant les longs siècles de sa vie, a-t-il conservé beaucoup
de ses caractères nationaux, tout en adoptant bien des goûts de la Chaldée, avec laquelle elle entretenait de constantes relations.
Les premiers habitants de Suse n'étaient pas des primitifs, c’est dans d’autres régions qu'ils se sont développés alors que la mer couvrait encore toute la Chaldée ; mais jusqu'ici nous n'avons pas retrouvé le site de leur développement primordial, le pays qu’ils habitaient avant de connaitre l’usage du métal.
Les mêmes faits, nous l'avons vu, se sont passés en lgypte où des hommes, eux aussi venus on ne sait d’où dans la vallée du Nil, se sont installés sur les bords du fleuve par groupes dont, plus tard, les territoires devinrent les nomes. Ces gens qui, peut-être, étaient un mélange de Libyens et de Nègres, paraissent avoir été de réels primitifs, bien inférieurs, comme culture, aux gens de l’Asie. Devons-nous les considérer comme contemporains de ceux dont il vient d’être question en Chaldée ? Personne ne saurait le dire ; mais à ces époques, gens de Chaldée et tribus d'Égypte ne paraissent pas avoir eu la moindre relation. C'était, dans la plaine de l’'Euphrate et du Tigre, la phase d'organisation de la vie des colons ; l'ambition ne dépassait pas le désir de tirer le meilleur des partis d'un sol vierge d'une extrême fertilité, de bois, de broussailles, de marais prodigieusement giboyeux, d’eau, où le poisson se pressait et mourait de vieillesse.
D'ailleurs entre la Chaldée et l'Égypte les distances étaient grandes pour des peuples sédentaires, l’élément sumérien, réduit à sa seule initiative, n’eût probablement jamais cherché à entrer en contact avec les Proto-égvptiens dont certainement ils ignoraient jusqu’à l’existence.
C’est alors que se passèrent en Égypte des événements dont les causes nous demeurent inconnues, le métal parut et avec lui bon nombre d’innovations dans les arts et dans l’industrie. Un très grand progrès s’accomplit.
Certains auteurs (EBers, DümicHen, H. Brucus) attribuent cette évolu-. tion à l'invasion de l'Égypte par des peuples venant du Sud, du pays de Pount, par des tribus non sémitiques de l’Érythrée, mais dont les mouvements auraient pu avoir une influence sur l'Arabie, et causé des perturbations également en Chaldée.
Cette hypothèse semble être fort hasardée, car elle impliquerait un degré de diveloppement avancé au pays de Pount. Or, le peu que nous connaissons de l'Arabie méridionale, du Somal, de l’Abyssinie, de la Nubie et des pays du Haut-Nil, ne nous permet pas de placer dans l’une quelconque de ces régions un foyer de culture quelque peu supérieure.
Ce pays de Pount, d’ailleurs, dont les égyptologues font si grand état, prête à toutes les fantaisies ; car on ne sait pas où le placer et le mot
:Pount, en lui-même, ne fournit aucune indication quant à sa nature, sa position géographique, son étendue.
Voici, en quelques mots, ce que pensent les égyptologues au sujet de cette mystérieuse région : | Pount est pour les Égyptiens la « terre divine », pour laquelle ils professent une certaine vénération, tandis qu'ils n'on$ pas de termes assez méprisants pour désigner les autres nations. Plusieurs des grands ‘dieux égyptiens se font honneur d’être originaires du pays de Pount. Les plus remarquables de ces dieux sont Min et Hathor qui appartiennent à la montagne ou au désert. Hathor, étant en quelque sorte un doublet féminin d'Horüus, dieu des premiers Pharaons, il se peut aussi qu'Horus soit originaire du pays de Pount, mais il ne reste pas trace de cette origine . dans les textes.
Dans les représentations ethnographiques, qui toujours sont extrêmement fidèles, les gens du Pount sont difficiles à distinguer des Égyptiens, tant ils leur ressemblent par tous leurs caractères ethniques, alors que les Sémites, les Libyens, les Égéens, etc.., sont reconnaissables à première vue. Leur costume même est presque semblable à celui des pharaoniques etils portent également la barbe postiche. Le seul caractère qui permette de les distinguer est une ride oblique au travers des joues.
Au temps du Nouvel Empire, ces gens habitaient probablement encore dans les pays du Sud de la mer Rouge, soit sur les deux rives, soit du côté arabe seulement (1). Ils ne présentent pas, sur les bas-reliefs peints, le type sémitique. S’ils habitaient l'Arabie, certainement, à une époque indéterminée, ils ont été chassés de la péninsule. C’est au pays de Pount que la reine Ata-Sou a envoyé ses vaisseaux : c’est là toutceque nous savons; comme on le voit ces données manquent complètement de précision, non seulement du point de vue de la position du pays de Pount, mais aussi de celui de l’influence de ses habitants sur la culture égyptienne.
Nous ne savons pas sile pays de Pount de la reine Hâtchopsitou est le même que celui des traditions divines. Il se peut fort bien que le nom de Pount soit attaché à un peuple et que le pays de Pount ait été partout où se sont installés des gens portant ce nom. Partagé, peut-être, en deux domaines par la mer Rouge, l’un en Afrique, l’autre en Arabie, seul le Pount africain aurait survécu, alors que lé Pount arabique se serait fondu avec le domaine sémitique au moment où, chassés d’une grande partie de leur domaine par la sécheresse toujours croissante, les Sémites se sont répandus sur toutes les régions habitables de la péninsule. En ce cas les gens du Pount arabique se seraient fondus dans les Sémites et auraient dis-
(1) Dans l’Hadramaout, à côté des Sémites, vi- assurément immigrés, venus dans ces pays pour vaient, dans la haute antiquité, des Asianites, commercer (C. AUTRAN'.
paru en tant que peuple (1). Quelques tribus se seraient, après avoir traversé la-mer Rouge, dirigées vers la Haute-Égypte, apportant avec elles leurs dieux, en même temps qu’une civilisation très primitive ; ou bien la branche d'Arabie, sémitisée, a concouru au peuplement de l'Égypte, apportant les divinités qu’elle tenait de ses ancêtres; car bien qu’elies eussent été sémitisées ces tribus n’en avaient certainement pas moins conservé leurs traditions.
Ce ne sont là que des hypothèses, des suppositions bien peu fondées reposant seulement sur l’origine des dieux Min et Hathor. On conviendra que quelques titres divins ne suffisent pas pour imposer à l'Égypte une influence du Pount. N’a-t-on pas vu dans tous les temps et dans tous les lieux de petits clans apporter leurs dieux et ces dieux être adoptés par les populations chez lesquelles ces petits clans s'étaient établis ? L’importation de divinités n'implique pas celle” d’une culture spéciale, ni même celle d’une colonie humaine importante.
Si nous admettons, sans preuves positives d’ailleurs, que des gens du Pount sont venus en Égypte, à quelle époque se serait produite cette migration? Seule la date d'apparition des dieux Min et Hathor dans la vallée du Nil peut nous renseigner à cet égard; c’est au cours des dynasties divines que se serait produite cette innovation, c’est-à-dire quelque peu avant l’époque de Ménès, alors que la culture prédynastique était dans la belle période de son développement.
En dehors des renseignements imprécis dont il vient d’être question au sujet du pays de Pount, il existe un conte sur cette mystérieuse région qui mérite d’être cité. Il nous décrit-une île, habitée par un Serpent géant et sa famille composée de 75 Serpents. C’est le roi du pays de Pount: il vit dans l’or et les richesses, son corps est tout incrusté d’or et de lapis ; l’île est un jardin merveilleux : figues, raisins magnifiques, fruits, graines, légumes sont à volonté, comme les Poissons et les Oiseaux ; il n’y avait chose qui ne s’y trouvât. Aussi le nom de cette région est « l’Ile des Vivres » (Kaou) et son roi n’a que faire des richesses de l'Égypte, qui ne sont rien à côté des produits de son pays.
Dans cette île enchantée, on n’aborde que par le hasard des tempêtes ; c’est ce qui arrive à un vaisseau égyptien, poussé par le vent dans ces parages ; tout l'équipage périt, sauf le héros du conte, que le roi-serpent accueille avec bienveillance et renvoie bientôt en Égypte, chargé de présents merveilleux. Au départ du navire, l'ile, se transformant en flots, disparaît du monde visible, mais n’en reste que plus vivante dans le sou-
venir du naufragé (2).
(1) Dans le chapitre x de la Genèse figure toute (2) G. MAsSrÉRO, Contes populaires, IV, 104-114, une série de descendants de Cham, de position Ze Naufragé. Cf. À. Morer, Des clans aux emgéographique inconnue, et qu'on place générale- pires, p. 263.
ment en Arabie, ne sachant où les situer.
© ©c CS
Ce récit fait songer à l’ile de Ceylan, et non pas aux côtes arides de l'Érythrée ou à l'ile désolée de Socotora; mais ce n’est qu’un conte. Cependant il nous montre que, dans l’esprit des Égyptiens, Pount avait une valeur étendue, puisque l’ile de Kaou en faisait partie. Ne doit-on pas voir daus cette appellation de Pount un terme général, embrassant de grands espaces, indiquant une direction comme dans nos expressions « orient », « levant » voire même « pays exotiques » comprenant aussi bien les côtes de la mer Rouge que celles de l'Afrique orientale, que les Lacdives, les Maldives, Ceylan, ete... Le vague dans lequel les documents égyptiens laissent le Pount permet cette explication,
Quand à la Libye, dont on fait également état, qu’est-elle ? Le nord de l'Afrique, la Tripolitaine de nos jours, la Tunisie, l'Algérie; or, nulle part dans cette région on ne rencontre de culture un peu développée. Ce pays a eu ses « districts de survivance », par suite il a été à même d’envoyer des colons dans la vallée du Nil ; mais assurer qu'il en a été ainsi e’est émettre une hypothèse ne reposant sur aucune base.
Il serait plus rationnel d’attribuer le fonds le plus ancien de la population de l'Égypte aux descendants des troglodytes de la Syrie, gens qui n'avaient qu'un pas à faire pour gagner les marais du delta ; mais là encore nous entrons dans le domaine du doute!
Je n’entends pas dire que ces très anciennes colonisations n’ont pas eu lieu, bien des indices et les traditions sont en faveur de leur existence, mais elles n'ont pas, à coup sûr, contribué aussi largement qu’on serait tenté de le croire à l’évolution des proto-pharaoniques. Il faut bien convenir que l'obscurité la plus profonde règne sur ces premiers efforts de la culture égyptienne, que ses diverses phases, différenciées par la variété des usages funéraires et des industries ne sont pas semblables entre elles dans les nombreuses stations de la vallée du Nil ; on sent qu’il y a eu des mélanges dans les temps les plus anciens.
Si nous en jugeons par les civilisations dont nous avons retrouvé les traces, la population n'était certes pas homogène depuis la Thébaïde jusqu'au Delta. Il existe des différences peu appréciables dans les mobiliers qu’on rencontre aux diverses hauteurs; mais ces différences deviennent capitales quand on entre au Fayoum. Là, pourla plupart, les instruments diffèrent complètement de ceux qu’on trouve dans la Haute-Égypte. Je crois cependant pouvoir dire aujourd’hui que ces différences sont dues beaucoupèplus au genre de vie des tribus qui habitaient les rives du Birket-Kardun et de celles de la vallée du Nil, qu’à leur antériorité chronologique les unes par rapport aux autres.
L'usage du silex est-il arrivé en Égypte, avant l'invasion asiatique ? nous ne le savons pas, et il est même permis d’en doutèr. Dans tous les
cas 1l n’est pas de beaucoup plus ancien que l’emploi du cuivre. Il existait également en Chaldée et dans l’Élam ; mais les industrie dans ces deux foyers diffèrent, si notablement, qu’on ne peut songer à les apparenter.
D'ailleurs, les conditions sont loin d’être les mêmes en Égypte et en Chaldée pour le développement des industries de la pierre. La vallée du Nil est une dépression étroite, dont la plus grande largeur atteint à peine, sur quelques points, 10 kilomètres, et de chaque côté elle est bordée de collines plus ou moins élevées, composées d'assises crétacées et tertiaires riches en un beau silex blond, qui souvent se présente en bloc des dimensions importantes, alors qu'en Chaldée, vaste plaine alluviale, le silex arraché par les cours d’eau aux couches sénoniennes et cénomaniennes du Pouehté-Kouh, du Louristan et du Kurdistan, n’existe que dans les rivières à l'état de cailloux roulés. C’est là, dans le lit des torrents, que les pré- Chaldéens l’allaient chercher.
Dans les stations préhistoriques telles que celles de Suse, de Tépèh Mouçian, de Tépèh Goulam, voisines du pied des montagnes, là où l’on rencontrait des galéts d'assez fortes dimensions, instruments et nuclei sont de taille moyenne ; mais au centre de la plaine chaldéenne, à Yokha, Tell-Hammam, ‘Oum el Aghareb, l’outillage de pierre est réduit à des dimensions minuscules. Quant aux haches polies de la Susiane, très rares d’ailleurs, elles sont faites de calcaire siliceux et non de silex, assurément-parce que les galets de silex qu’on trouve dans le pays ne présentaient pas les conditions requises pour la taille de ces sortes d’armes.
En Égypte, comme en Susiane, les haches polies de pierre dure, diorite, dacite, etc., sont rares et de leur existence dans les deux pays aucune déduction ne peut être tirée. La hache-marteau qu’on rencontre en Chaldée et dans l’Élam ne semble pas exister dans la vallée du Nil; par contre, la massue, ou casse-tête de pierre, est fréquente dans les deux régions. Elle débute en Élam par un simple disque de pierre, percé en son milieu pour l’emmanchement, puis s’affine et devient en Asie comme en Afrique un véritable objet d'art; les Pharaons en sont armés dans la plupart de leurs représentations triomphales et, de nos jours, les nomades font encore usage de la masse, comme une arme, mais ces casse-têtes sont faits aujourd’hui d’une boule de bitume et non plus de pierre.
L'idée de garnir un bâton d’un poids pour en faire une arme est une pensée toute naturelle qui est spontanément venue chez bien des peuples ; il n’y a donc pas lieu de tirer des conclusions de l’usage du casse-tête en Élam, en Chaldée et dans la vallée du Nil. Toutefois on remarquera, dans les séries de ces diverses régions, des analogies de formes qui, peut-être, ne sont pas fortuites.
Nous avons vu plus haut que l’industrie néolithique pure n'existe pas
en Chaldée, que l’homme est arrivé dans ces pays connaissant déjà le cuivre. Le silex ne jouait donc plus dans son outillage qu’un rôle secondaire ; aussi est-il peu varié. Les objets les plus soignés sont des pointes de flèches en forme de feuille de saule, type qui n'existe pas en Égypte.
Mais, parmi ces silex, les plus intéressants de tous sont, sans contredit, les lames taillées en scies et dont on formait le taillant des faucilles. Ces éléments de faucilles sont d’une extrême abondance, tant en Égypte qu'en Chaldée. Je reviendrai à leur sujet en parlant de la culture des céréales.
Enfin je dois signaler l’existence de l'obsidienne du district de l’Ararat dans les couches profondes de Suse, matière veinée de rouge, qu’on ne rencontre que sur les flancs de l’Alagheuz, au cœur de l’Arménie russe.
En Égypte l’obsidienne n’a joué aucun rôle dans l’outillage préhistorique, bien qu'il eût été fort aisé de se procurer cette matière soit dans les iles de la Méditerranée, soit en Abyssinie ou dans le sud de l’Arabie, contrées essentiellement volcaniques ; mais le silex égyptien était de si belle qualité qu’il dispensait d’avoir recours au verre de volcan. Cette matière cependant était connue depuis bien longtemps; car nous avons retrouvé des fragments de vases d’obsidienne dans les tombeaux des premiers Pharaons ; cette obsidienne est soit, sous les premières dynasties, très translucide, comme celle du Haut-Nil, soit, sous le Moyen Empire (XII: dynastie), presque opaque, comme on la rencontre dans l’île de Milo et en Crète. Elle n’est jamais veinée de rouge comme celle de la Susiane et de l’Alagheuz.
L’Égypte est le pays du monde où l'industrie de la pierre a atteint son plus grand degré de perfection. Jadis on considérait les Néolithiques scandinaves et les Mexicains comme les artisans les plus perfectionnés dans cet art; mais aujourd’hui la maitrise des Égyptiens ne fait plus aucun doute. Les plus grandes pièces, les lames les plus fragiles sont retouchées avec une perfection qui jamais, dans aucun pays, n’a été atteinte. La fabrication des bracelets en silex laisse bien loin derrière elle toutes les difficultés vaincues dans d’autres pays.
Dans ces conditions, il semble certain que la vallée moyenne du Nil doit être considérée comme l’un des foyers dela taille du silex les plus parfaits qu’il soit, et en même temps les plus personnels au pays. Nous avons vu que cette industrie se retrouve dans tout le Nord de l'Afrique ; mais, en dehors de l'Égypte, ce n’est qu’un pâle reflet de l’admirable habileté des tailleurs de pierre de Toukk, de Négadah, ARE et de toute la région au-dessous de Thèbes.
D'une part, l'outillage et l'armement des Égyptiens Katie sont extrêmement complets et variés, et d'autre part en Chaldée et en Susiane ils
se réduisent à quelques haches polies d’un type banal, à des pointes de flèche et des lames dentelées, à des nuclei, des poinçons et autres menus objets. Il n’est donc pas possible d'établir une comparaison entre ces deux industries qui, très vraisemblablement, sont d'origines différentes.
Après avoir éliminé les éléments dont il n’y a pas lieu de tenir compte dans l’étude comparative des civilisations chaldéo-élamite et égyptienne prépharaonique, j’entrerai maintenant dans le vif de la question.
Les arts. — 11 est des conceptions artistiques qui naissent spontanément chez l'Homme et, par suite, on serait en défaut si l’on pensait pouvoir tirer des sujets figurés par les peuples primitifs, des conclusions étroites, quant aux liens qui peuvent avoir joint les groupes humains entre eux. Cependant les formes nées spontanément dans l'esprit sont simples, et se rapprochent beaucoup de la nature dont elles fixent les attitudes les plus courantes. Plus les aptitudes artistiques d’un peuple sont élevées et plus les représentations sont voisines de l’idéal que nous nous en pouvons faire ; mais là où les différences se manifestent, c’est dans l’exécution de l'œuvre, dans le rendu qui, dans chaque pays, prend un caractère personnel très marqué. C’est ce caractère personnel qui est le principe des styles, et le style n’est pas seulement une conséquénce de l’habileté plus ou moins grande de l'artiste, 1l dépend de son état d'esprit, et cet esprit est façonné par la culture du groupe humain auquel il appartient. Cette culture toutelois n’est pas toujours le produit d’aptitudes développées sur elles-mêmes ; très fréquemment, le plus souvent même, l’art d’une nation est un composé de progrès du peuple sur lui-même, corrigé par des influences extérieures, par des apports étrangers. Personne ne contestera que l’art grec a été conseillé par l'Égypte, au moment où il était au berceau, que l’art romain découle de celui des Hellènes, que les Japonais ont pris chez les Chinois la plupart de leurs inspirations, que Part hindou, dans ses débuts, était fortement imprégné d’hellénisme.
La seule contrée du monde dans laquelle le développement se soit produit en dehors de toute influence étrangère est l'Amérique, aussi sa cul- + ture présente-t-elle une personnalité très marquée. Cependant, quand on étudie avec soin l'archéologie pré-colombienne, on est frappé à chaque instant en rencontrant des conceptions communes avec le vieux monde, conceptions imposées par les nécessités de la vie, guidées par le sens naturel de l’homme. Malgré ces analogies la culture américaine demeure essentiellement personnelle, ne peut être comparée dans les détails à aucune autre, alors que dans le vieux monde la réaction des éléments de
(1) V. l'Anthropologie, XXXI, p. 185.
la population les uns sur les autres saute partout aux yeux, bien que greffée sur une souche générale douée de sa personnalité.
Les différences d'écoles sont de tous les pays et datent dé tous les temps; elles permettent de ranger, au moyen des documents artistiques, les groupes humains en classes bien distinctes les unes des autres, et d'autant mieux caractérisées que nous remontons plus loin vers les origines.
Au temps où débute l'Histoire, deux foyers artistiques seulement se présentent à nous : l’un en Chaldée, l’autre en Égypte. Ces foyers sont déjà. complexes; car ils sont le produit des aptitudes de peuples mélangés ; mais si nous ne pouvons pas analyser la part qui revient à chacun des groupes humains dont ces deux ensembles sont formés, du moins sommes-nous à même, grâce aux dernières découvertes, d'examiner ces déux foyers artistiques et, par des comparaisons, de déterminer s'ils doivent l’un et l’autre être considérés comme indépendants, ou si lun d'eux n’a pas agi sur l’autre.
Nous connaissons l’art chaldéo:susien archaïque par sa céramique, par ses sculptures sur pierre, par ses intailles et par une foule de menus objets, vases de pierre, statuettes, amulettes, etc., et les mêmes éléments nous renseignent quant à l’art égyptien pré-dynastique. C’est donc sur le même terrain que dans les deux pays nous pouvons entreprendre une étude comparative.
C’est par les fouilles de Sarzec à Telloh et par les miennes à Suse que l’art chaldéo-élamite archaïque est surtout connu, et c’est de beaucoup Suse qui à fourni les documents les plus anciens et les plus nombreux. Les dernières fouilles anglaises en Basse-Chaldée sont venues démontrer que le Choumir a suivi la même progression culturale que la Susiane. Pour l'Égypte, avant 1896, bien qu'il existât de nombreux documents archaïques, leur valeur scientifique était méconnue. C’est done aux vingtcinq dernières années que nous devons la faculté de pénétrer dans les origines, aussi bien en Asie qu’en Égypte.
Nous ne sommes pas encore assez renseignés pour qu'il nous soit possible de faire, dans l’art chaldéen, la part exacte qui doit revenir aux premières couches humaines, et celle qui appartient aux envahisseurs sémites. Le rôle artistique des Asianites (ce nom étant appliqué à tous les peuples non sémites et anaryens de cette partie de l’Asie, y compris les Élamites) a certainement été considérable ; car, d’après ce que nous en savons, les Sémites n’ont jamais brillé par leurs aptitudes pour les arts plastiques. C’est donc plutôt au vieux fonds de la population qu’il convient d'attribuer l’ origine des produits artistiques de l'Asie.
Autant que nous en pouvons juger, l’art chaldéen s est, pendant bien
des siècles, après la période pré-susienne de stylisation, développé sans autre règle que celle d’imiter la nature : son incubation montre la main de l'artiste lourde, gauche, gènée par la matière qu’elle mettait en œuvre ; c’est le cas de la fameuse stèle dite des Vautours ; puis, peu à peu, la sculpture s’affine, les formes deviennent plus élancées et, dès l’époque de Naram Sin, on voit des compositions. d’ensemble dénotant de la part de leurs auteurs un goût fort élevé; mais, toujours, en Chaldée, l’art demeure réaliste, et lorsque le centre politique se transportera vers le Nord, à Ninive, alors on verra paraitre une exagération de cette force musculaire qui fut la base et le principe de la suprématie assyrienne. Le naturisme demeure toujours dans l’art asiatique, sauf toutefois chez les premiers colons de Suse; mais cette phase du développement ne semble pas avoir influencé d’une” façon notable la marche générale de l’art en Asie.
En Égypte, l’évolution artistique se produit d’une manière toute différente ; libre et naturiste au début, l’artse stylise rapidement ; les premières dynasties montrent les dernières phases de cette lutte entre l’essor naturel et les-canons religieux. Dès lors le style pharaonique est né et, poursuivant sa carrière pendant des milliers d'années, il ne disparaitra qu'avec l'introduction du christianisme dans la vallée du Nil.
Dans l'Égypte pré-dynastique nous ne trouvons pas, comme en Chaldée, un grand développement artistique personnel. Certes, les artistes s’efforcent de copier la nature, mais ils le font assez gauchement et, à la base de la chronologie, nous ne rencontrons pas, comme en Élam, une civilisation raffinée déjà, un art très stylisé comme celui de la première période des vases peints de l’Élam.
A proprement parler c’est à la fin des dynasties divines, et au début des dynasties humaines, que se produit le grand effort d’où doit sortir la culture pharaonique. On se trouve alors en présence de trois éléments qu’il n’est pas toujours aisé de distinguer : 1° le fonds artistique autochtone, dont l’existence est encore problématique ; 2° les influences extérieures ; 30 l’art pharaonique naissant, les deux premiers s’effaçant rapidement devant le troisième.
Mais ce qui parait de très bonne heure en Égypte, c’est la perfection de la technique. L’Égyptien se montre, dès les premiers Pharaons, comme un ouvrier patient, soigneux; son esprit comme sa main sont d’une incomparable précision ; quelle que soit la matière qu’il traite, il la contraint à lui obéir, avec une maitrise qui jamais et en aucun pays n’a été surpassée. Sous l'impulsion d’un clergé tout-puissant, ce peuple croyant soumet l’art aux formules religieuses, alors que, par ses tendances naturelles, il recherche la perfection dans le rendu.
En ce qui concerne les influences extérieures, les goûts artistiques ne sont pas seuls à entrer en ligne. Il y a aussi, pour une bonne part, les usages, les coutumes qui jouent un rôle important et qui, se rencontrant en Asie aussi bien qu’en Égypte, montrent qu’il a existé des relations entre les deux pays.
Enfin viennent les représentations d'Asiatiques sur des objets appartenant soit à la dernière phase des serviteurs d’Horus, soit aux deux premières dynasties. Ces figurations d’Asiatiques sont rares en Égypte archaïque, mais elles existent; alors qu’en Chaldée nous ne rencontrons aucune trace égyptienne, avant les temps où la vallée du Nil fut dévastée par lés Assyriens d’abord, par les Perses ensuite.
[1 faudrait consacrer à cette étude des volumes entiers, si l’on voulait décrire et discuter toutes les formes qui paraissent vers les débuts des temps pharaoniques, et qui présentent des caractères étrangers à l'Égypte, soit qu’on les envisage du pointde vue de l’art, soit qu’on les considère par rapport aux usages civils ou religieux dont ils sont les preuves matérielles. Nous ne passerons donc en revue que les principaux de ces arguments.
La technique (1). — La poterie peinte la plus ancienne connue Jjusqu'à ce jour est, sans contredit, celle du niveau inférieur de Suse, céramique qui, depuis lestemps de l’industrie néolithique, dans tous les pays, a été précédée par des vases plus grossiers façonnés ou non avecle secours du tour, ornés soit au lissoir, soit par incisions dans la pâte molle, et à laquelle on est convenu de donner le nom de poterie rustique.
Ces types primitifs de l’industrie du potier se rencontrent aussi bien à Suse qu’en Égypte ; mais, ni dans l’une ni dans l’autre de ces deux régions, nous n’apercevons les traces des deux premiers essais de poterie peinte, de ceux qui ont abouti à la céramique de la nécropole inférieure susienne et à celle des sépultures de la Haute-Égypte. Ces deux industries sont donc d’origine étrangère au sol sur lequel nous rencontrons leurs produits. Nous verrons plus loin que le nom de certains récipients est commun à la langue égyptienne et à celle de la Chaldée.
Ainsi que nous l'avons dit plus haut, il ne nous est pas possible de préciser quel a été le berceau de cette première culture que nous rencontrons en Elam ; tout au plus, grâce à la figuration du Bouquetin et peutétre aussi à celle d’un Conifère (?) que porte cette céramique, pouvons-nous penser que ces peuples venaient’ des montagnes du Nord ; cette culture se
montre comme indépendante de toutes celles qui se sont développées tant en Asie qu’en Égypte.
CR RE le beau travail de M. E. Porri£r sur la céramique susienne dans Mém. D. S. JE
La première céramique susienne est très caractérisée; elle est faite d’une pâte fine et bien malaxée, habilement modelée ; car il n’est pasbien certain qu’elle soit tournée. Elle est le plus souvent très mince et cuite à basse température. Ses ornements, peints à la limonite naturelle, ont été fixés par le feu sous forme d’une sorte d’émail noir, brillant, rappelant beaucoup celui de la poterie hellénique.
Les formes varient peu: ce sont des bols hémisphériques, quelques amphores globuleuses et des vases coniques d’un profil analogue à celui qu'on rencontre dans les vases d'usage pré-pharaoniques de pâte rouge et à bord noir ; quelquefois, comme en Égypte, on voit de petits vases jumelés. |
Il est à remarquer, toutefois, qu'en Élam et en Égypte la céramique peinte archaïque se rencontre dans les tombeaux. On est donc porté à lui attribuer des caractères particuliers de technique. D’autre part, il parait certain que les motifs qui ornent les vases, dans les deux pays, ont été inspirés par des conceptions religieuses. En Égypte, ces vases peints ne se trouvent que dans les sépultures ; ils font défaut dans les kjækkemmoeddingers. En Élam, on ne les rencontre que dans la nécropole située en dehors des murs de la ville primitive.
Dans les niveaux supérieurs à la première cité susienne, on trouve une autre céramique (n° II) qui, sans nul doute, procède de la première ; mais ses formes se modifient, sa pâte est plus grossière et ses peintures, tracées avec beaucoup moins de soin, sont peintes à l’ocre et à la limonite, couleurs qui restent presque pulvérulentes à la surface, sous forme de noirbrun et de rouge, sans que jamais ces substances forment un enduit comme dans le cas de la poterie archaïque. Le tell de Suse a fourni de fort beaux spécimens de cette céramique ; mais la série la plus importante provient des fouilles de M. J.-E. Gaurier à Tépèh-Moussian.
En Egypte, dans les tombeaux prédynastiques, les vases, le plus souvent, différent par leur forme de ceux de l’Élam :* cependant on en ren- ‘contre qui semblent être copiés les uns sur les autres. Chez tous, la pâte est analogue à celle de la céramique n° IT de Suse, et tous les ornements, peints à l’ocre rouge, sont si peu adhérents qu'on est tenté de croire que . ‘ces peintures n’ont pas été mises au feu, mais ont été tracées après cuisson du vase, à l’aide d’une pâte à l’ocre rouge mélangée d’un corps gras ou de colle, et que les substances organiques s’étant corrompues à la longue, il ne reste plus à la surface qu’une couche pulvérulente d’ocre.
Quoi qu'il en soit, si les Égyptiens ont reçu cette technique céramique de l'Asie, ce qui semble être d’après les données linguistiques, c’est à la céramique susienne n° II qu'il convient de la comparer, et non à la poterie n° I. D'ailleurs la technique n° I ne semble pas s’être répandue bien
loin dans l’Asie elle-même ; car on ne la rencontre guère en dehors de la
; Er EU Susiane, alors que la technique n° II à été en usage dans tout l'occident du plateau persan, en Phénicie, en Palestine et jusque dans les pays transcas-
piens (1) et que dernièrement on l’a découverte dans les couches les plus profondes du tell d'Eridou. Mais nous ne connaissons encore que de bien rares témoins de ces industries céramiques hors de la Susiane et, ce que nous possédons, n’appartient fort probablement pas aux époques très reculées de leur propagation. Pour la Palestine et la Syrie, nous n’avons encore
que des fragments sans date, et encore sont-ils en très petit nombre (2). L'un des traits caractéristiques des vases archaïques égyptiens et susiens, tant en terre cuite qu’en pierre, est que jamais ils ne portent d’anses proprement dites, mais bien des anses funiculaires percées le plus souvent
horizontalement et destinées au passage d’un cordon de suspension (3). La céramique n° [, si abondante dans la nécropole primitive de Suse, chez les hommes qui les premiers ont habité les collines caillouteuses de la Kerkha, est probablement antérieure
cee1 expliquerait pourquoi sa technique ne se retrouve ni dans la vallée du Nil, ni dans la Palestine et la Syrie. En effet, les types les plus anciens que nous possédons de la Pa- Jestine et de la Syrie appartiennent tous à la céramique de Tépèh-Moussian (n° II), et nulle part dans ces pays ne paraît la céramique susienne (n° 1) archaïque.
En Égypte, comme à Suse, on
Fré. 286. — Céramique rystique incisée : voi. EN 1 Se Mo. n°1, El'Amrah; n°2, Om-el-Gaab (Haute- Vie, employer la poterie rustique in- Egypte); n° 3 et 4, Suse. cisée (fig. 286); mais les vases égyp-
tiens rouges à bord noir n’existent pas en Elam. Ils semblent être des produits indigènes à la vallée du Nil.
On les trouve en même temps que les vases peints, alors que les vases
rouges à peintures blanches, probablement indigènes eux aussi, ne pa-
raissent que vers la fin de l'usage de la céramique funéraire peinte à l’ocre rouge. D'ailleurs il est certain que les anciens habitants de l'Égypte n’ont pas disparu tout à coup, lors de l'établissement du régime pharaonique et
(1) Cf. R. PuMPELLY, Explor. in Turkestan,
Washington, 1908, t. I. Spécialement pl. XXXIV et XXXV.
(2) C£ Hucues VINCENT, Canaan, 1907, p. 297 sq.
(3) Voir au sujet des anses funiculaires l'étude du docteur A. GHÉBHARD, dans les Mém. de la Soc. préhist. française, t. II, 1912.
à la venue des Sémites en Elam ;
que, pendant bien des siècles encore, ils ont vécu dans la vallée du Nil, côte à côte avec les autres populations, que leurs usages se sont continués, se modifiant peu à peu. Mais, de ces survivances, nous ne pouvons tirer aucun argument positif ou négatif dans l’étude du problème qui nous occupe.
De même en ce qui regarde les localités éloignées de l’Élam, celles où l’on n’a pas le guide de chronologie relative que fournit la succession des couches de Suse, il est impossible d'établir l’âge d'une ruine d’après les fragments de céramique peinte (II: style) qu'elle contient; car cette technique s’est continuée pendant des siècles et des siècles, a couvert le plateau iranien, la Transcaspienne, le Balouchistan, et est encore en usage à Kouratchi où ces sortes de vases du type susien n° Il le plus pur,se fabriquent de nos jours pour les usages des indigènes. On pourra voir au Musée de Saint- Germain de beaux spécimens de cette poterie achetés par la Délégation chez lesfabricants de Kouratch1.
Toutefois, par rapport à l'Égypte, l’incertitude chronologique cesse ; car nous savons d’une part que la céramique n° IT à débuté en Élam, antérieurement à Sargon l’Ancien et, d'autre part, que celle à
laquelle nous la comparons est elle-même antérieure à la [re dynastie. Leur exisue contemporaine dans Fire. 287. — Animaux figurés sur les vases de la 1° phase l’un et l’autre des deux pays céramique (Suse).
semble donc fort probable.
La peinture céramique. — Quand on visite, au musée du Louvre, les nombreuses séries de vases provenant de la nécropole inférieure du tell de Suse, on est frappé tout d’abord par l’extrême degré de stylisation auquel sont parvenues ces représentations et par l’homogénéité de la série au
point de vue des conceptions artistiques.
964 PRÉHISTOIRE ORIENTALE ÿ
L'homme (fig. 287, n° 1) est gauchement représenté ; mais il est fort rare sur les vases, aussi ne pouvons-nous juger de sa stylisation. Il n'en est pas de même pour certains animaux souvent figurés, entre autres pour la Chèvre de montagne si abondante, il y a quelques années encore, dans le Poucht-é-Kouh, le Louristan, le pays dès Baktyaris et presque toutes les montagnes de l’Asie antérieure. Cette Chèvre aux grandes cornes (fig. 287, n° 2 et 3) se stylise de plus en plus au point que sur certains vases il ne reste plus que les cornes enroulées en double cercle. Un Mouton (?) (fig. 287, n° 6 et 7) défiguré ne se reconnaît qu’à la longueur de sa toison. Le Chacal ou le Chien (fig. 287, n°’ 8 et 9), d’autres animaux indéfinissables (fig. 287, n°4 et 5), la Tortue (fig. 287, n°10), les Oiseaux (fig. 287, n°° 11-18), Échassiers (fig. 287, n° 11), Canards (fig. 287, n° 12-14), Aigle (fig. 287, n° 18), enfin des Hérons (?) (fig. 287, nos 15 et 16) parfois méconnaissables tant ils sont stylisés (fig. 287, n° 17).
Aucune de ces images ne se rencontre ni en Egypte ni en Syrie, elles appartiennent au développement spécial des Élamites et n’ont pas, semblet-il, été exportées. |
La céramique susienne n° IT, dès que nous la rencontrons, montre qu’un retour s’est produit vers le naturisme ; aux formes raides et souvent incompréhensibles des premiers temps se sont substitués des sujets plus animés. Û
De grands progrès d’ailleurs se sont accomplis : un fragment de Suse (Hig. 289) représente un personnage (homme ou femme) assis, portant une
Fire. 288. — Représentation humaine sur F1G. 289. — Représentation humaine sur vase peint susien (d'après M. Pézann, un vase peint susien (d’après M. Pézarp, Mémoires Délégation Perse, t. XII). Mémoires Délégation Perse, t. XII).
robe courte garnie de franges, un autre (fig. 288) montre un homme à la tête de Bélier (?) poursuivant un Oiseau de grande taille, probablement une Autruche. On remarquera que les hommes à tête d'animaux abondent dans les représentations religieuses, aussi bien en Élam qu’en Chaldée et en Egypte.
En général, dans les peintures de la Lle céramique, les représentations naturelles de l’homme sont rares (Hg. 290, n° 1,2 et 3) ; stylisées, elies
sont beaucoup plus communes (fig. 290, n°s 4, 5 et 6) et forment même des frises imitant grossièrement une théorie de personnages dansant (fig. 291). La stylisation est parfois (fig. 291, n° 1 et 2) poussée à tel point que si nous ne possédions pas les intermédiaires, il serait impossible de reconnaitre le motif qui, à l’origine, a inspiré ce p
. 290. — Figuration de l'homme sur les vases dessin. peints de Tépèh-Moussian (Susiane).
Les animaux (fig. 292, n° 4-13), beaucoup plus naturels que dans les représentations de la 1re période, sont figurés cependant d’une manière fort barbare.