‹ La Prehistoire orientaleChapitre 185 sur 308 · AN · texte numérisé non relu

AN

. Se y,

(x RAS RAS NAN RS NES US Ne N\ RON re CS

ee, RASE ANNE

Ses) * XL

Fi. 4. — Coups de poing de type acheuléen, Akbiyeh (les deux figures à gauche) et pointe du type moustiérien (la figure à droite).

instruments que renferme cette couche, en sorte qu’elle pourrait être

d'assez basse époque.

À quelque distance d’Adloun, au nord de cette localité, entre Aïn-el- Katara et le ruisseau d’Akbyck, non loin du rivage de la mer, se trouvent

les vestiges d’un grand atelier paléolithique découvert par le R. P. Zumoffen en 1894 (1.

Dans cette localité, aucune trace de foyer, les instruments sont semés à la surface du terrain et dans la terre même; mais jusqu'ici l’on n’a pas établi de coupe de ce gisement.

Les instruments sont faits de grès si-

liceux et de silex pyromaque, leur travail pic. 5. — Pointes de type moustié-

est généralement grossier (fig. 4). Ce rien Ras-el-Kelb. sont des coups de poing du type acheuléen

et des pointes triangulaires de facture moustiérienne, mélangés avec des

racloirs et des lames plus ou moins retouchées sur leurs bords. Il semble

qu'il y a sur ce point mélange de deux industries, l’une paléolithique (sensu

stricto), l’autre moins ancienne, peut-être archéolithique.

(1) ZUMOFFEN, Op. cit, p. 17.

Au nord de Beyrouth, à Ras-el-Kelb, sont de nombreux gisements de diverses époques quaternaires et néolithiques, soit dans les cavernes, soit dans le sol en plein air. Découvertes par Tristram, en 1863, ces stations ont été fréquemment étudiées depuis (1). |

L’une des plus intéressantes est celle signalée par Zumoffen, qui se trouve près de la voie du tramway ; là, dans une terre argileuse mêlée d’humus, se rencontrent en désordre les restes de l’industrie acheuléomoustiérienne, ainsi que de nombreux ossements parmi lesquels des débris de Rhinocéros (peut-être RA. tichorhinus) et des dents de grands carnassiers. Cette couche résulte d’un remaniement,

Ailleurs, dans la même localité, on a rencontré de nouvelles couches à

LD D… 0ps, Tr.

F1c. 6. — Pointes de type moustliérien, A gauche : Nahr-el-Djoz; au centre : Nahr-Ibrahim ; à droite : Adloun.

silex taillés de la même époque, avec ossements de Bos primigenius (?), de Renne (?) et d'Élan (?) (Tristram, Dawkins) et de nombreux restes de l’industrie néolithique.

Sur la route de Beyrouth à Djébaïl (Byblos), au Vakr-Ibrahim, sont aussi des cavernes jadis habitées, Botta les a signalées en 1833 (2). Au dehors de ces grottes, on voit les ruines d’une couche de brèche osseuse, jadis assez étendue et dont les témoins se rencontrent encore dans les cavernes, mais le gisement le plus intéressant est celui que signale

(4) Cfr. TristTRAM, The land of Israel, p. 10; (2) Borra, Observations sur le Liban el l'Anti- Dawson, Notes on prehistoric Man in Egypt and Liban, p. 14; ZUMOFFEN, op. cit., 1900, p. 29. the Libanon, p. 4; ZUMOFFEN, op. cit., 1900, p.24.

L'INDUSTRIE PALÉOLITHIQUE EN SYRIE ET EN MÉSOPOTAMIE go

Zumoîfen dans l’un de ces souterrains. Là, sous des parties éboulées du plafond se trouve un lit « de terre rougeâtre, argileuse, renfermant de nombreux fragments d’os, surtout des dents et une grande quantité de silex taillés, d’éclats informes, des percuteurs en basalte, des cendres et du charbon ».

« L'ensemble de l’outillage qu’on rencontre au Nahr-[brahim présente une très grande analogie avec celui des brèches de Ras-el-Kelb. Le type chelléen a pourtant disparu, les formes moustiériennes persistent. Les éclats de silex sont plus minces et plus légers que ceux d’Adloun ; mais ils sont plus massifs et plus grossiers que ceux d’Antelias et même de Nahr-el-Dioz (1). » |

Le Nakhr-el-Djoz coule dans la Méditerranée au nord de Batroun {Botrys). À 12 kilomètres environ de la plage est un abri sous roche,

Frs. 7. — Racloirs et pointe en silex. Antélias.

sorte de grotte largement ouverte dans les calcaires turoniens ; elle fut découverte en 1875 par Oscar Fraas (2). Devant cet abri l’on rencontre, sous une couche d’humus, un banc de brèche osseuse, empâtant des silex taillés et des cailloux calcaires. Les outils de cette station sont, en général, assez exigus ; ce sont des pointes, des racloirs et des perçoirs, et si les formes moustiériennes sont fréquentes, les coups de poing font abso- ‘ Jument défaut. On serait tenté de croire que nous sommes là en présence d’une industrie archéolitique jouant en Syrie le même rôle que le Capsien en Tunisie, que l’Aurignacien dans loccident de l’Europe. La faune de cette localité, dont Zumoffen donne la liste, ne confirme cependant pas cette opinion : Felis (sp.), Ursus syriacus, Bison priscus, Capra primigentia, Capra beden (?), Antilope cf. dorcas, Cervus elaphus, Cervus cf. mesopotamicus, Cervus pygargus, Sus scrofa fossilis, Emys caspica(?). Car

(1) ZUMOFFEN, op. cit., 1900, p. 36. ° (2) FrRaAs, Aus dem Orient, II, p. 117.

cette liste est trop voisine de celle de la faune de l'Egypte prédynastique pour qu’on puisse l’accorder au quaternaire ancien.

La grotte d'Antélias est assurément l’une des plus belles de la Syrie, elle a été découverte en 1883 par le voyageur suédois Hedenborg (1), elle est située près du village d’Antélias, sur la route de Beyrouth à Djébail.

Sous les détritus modernes, Zumoffen à trouvé dans la grotte d’Antelias tout d’abord une couche de 20 à 38 cm. de tuf calcaire renfermant des os, des coquilles d'Helix pachya, de Mollusques marins et des silex taillés. Au-dessous est un lit de terre argileuse renfermant également

. 8. — Instruments en os travaillés. Antélias.

des os et des silex; cette assise d'épaisseur variable passe insensiblement à un lit d'argile rouge contenant de nombreux cailloux.

Un peu plus loin, toujours dans la même grotte, on trouve à la base, reposant sur le roc, une terre noire rougeàtre, mêlée de cendres et de charbon, remplie de fragments d’os et de silex taillés (fig. 7, 8), mélangés avec des blocs de calcaire tombés de la voûte.

Il n’est pas possible de se rendre un compte exact de l’âge relatif des diverses couches archéologiques d’Antélias d’après les indications que fournit Zumorrex. Certains lits paraissent pouvoir être considérés comme archéolithiques ; mais bien certainement les couches renfermant des ossements humains sont néolithiques : la faune qu’elles contiennent ainsi

(1) Cf Bora, Obs. sur le Liban et l'Anti-Liban, (2) Cf. l'Anthropotogie, t. XXV, 1914, p. 213. p. 15; ZUMOFFEN, op. cit., 1900, p. 56.

que la forme des instruments de silex qui l’accompagnent ne peuvent laisser subsister aucun doute à cet égard, bien que la pierre polie fasse défaut.

Le P. Raouz DesriBes (1) a signalé des harpons en os analogues à ceux qu'on rencontre dans le Magdalénien de l’Europe occidentale, en même temps qu'un outillage de pierre, assez mal caractérisé, mais qui, à la rigueur, pourrait être considéré comme étant archéolithique; mais la présence des harpons n’est pas un critérium; car, en Orient, on rencontre de semblables instruments jusqu'aux temps historiques.

Continuant ses recherches (2), le même archéologue a examiné cinq stations des industries de la pierre dans les environs de Beyrouth : Ras- Beyrouth, connu depuis longtemps et que j'ai visité moi-même, Sinn-el- Fil, Ducoueni, Furn-ech-Chebbak qui appartiennent au paléolithique (sensu stricto) et Minet-Dalich, qui fait partie de la grande station de Ras-Beyrouth et que le P. R. Desribes considère comme étant un « atelier solutréen ». L'industrie de cette station offre des caractères spéciaux et des plus intéressants. On peut diviser les silex ouvrés en deux catégories : dans la première ceux communs à toutes les industries archéolithiques de l'Occident, lances de toutes sortes, burins, grattoirs, perçoirs, etc. ; dans la seconde les instruments sont beaucoup plus abondants et plus typiques : ce sont des pointes fines, délicates, symétriquement taillées, d’un travaii parfait. Les plus belles sont en forme de triangle isocèle très allongé.

D’autres silex de grandeurs diverses que lauteur qualifie de « poignards » sont également remarquables par leur facture, puis ce sont des hachettes et des pièces de grandes dimensions et de travail grossier.

Cette industrie tout entière est franchement néolithique, peut-être même énéolithique et non pas solutréenne ; et l’étude de la faune vient à l'appui de cette détermination, car elle ne renferme que des espèces actuellement vivantes (3). Cette constatation exelue toute possibilité de rattacher cette industrie, malgré l'aspect de certaines pièces, à l’époque qui a suivi le Paléolithique (sensu stricto).

D'une manière générale, pour toutes les industries qui ont précédé le Néolithique et succédé au Paléolithique, si elles existent, il ne faut pas oublier que nous sommes en Syrie, bien loin des gisements typiques de l’Europe occidentale, qu’il ne peut exister aucun lien entre les gens de nos pays et ceux de la côte asiatique, que certainement l’industrie syrienne est indigène. Cette remarque n’empéche pas qu’il ait pu y avoir dans cette région des points de survivance; mais il faut considérer les diverses

(1) L'Anthrop., t. XX V, 1914, p. 213. t. VII, p. 187-210, 1921. " (2) P. RaouL DESsRIBEs, Industrie paléol. en (3) M. Bouze, l'Anthrop., t XXXII, p. 542 Phénicie, ds. Mélanges de la Faculté Orientale, 1923.

cultures par elles-mêmes, chercher à les classer par la faune qui les accompagne et bien se garder de faire intervenir nos industries occidentales.

Le coup de poing chelléen, de type archaïque, parait faire défaut en Syrie; quand à celui de Saint-Acheul, il est abondant depuis la forme allongée (Ras-el-Kelb) jusqu’au modèle arrondi (Akbych, Adloun) en passant par l’amande classique (Akbych); c’est à tort que Zumoffen emploie le mot chelléen (1). L

A ces instruments classiques viennent se joindre les pointes et les racloirs de type moustiérien (Adloun, Ras-el-Kelb, Nabr-Ibrahim), alors

Fic. 9. — Silex taillés de Palestine. À gauche : Silex jaune de Scopus; à droite : Requéi ’a (Jérusalem). D’après H. Vincent, Canaan.

qu'à Nahr-el-Djoz les racloirs et les pointes de type moustiérien se rencontrent avec des instruments de formes diverses, mais le coup de poing fait défaut, ce n’est pas une raison suffisante pour ranger cette station dans l’industrie archéolithique.

La station d’Antélias présente une industrie composée de petits instruments comparables, dans leur ensemble, à ceux du Capsien de la Tunisie et rappelant l’Aurignacien de l'Occident européen; certaines pièces offrent un faciès archaïque, d’autres rappellent les formes néolithiques, voire même certains instruments énéolithiques de l'Égypte. Je ferai pour Adloun la même observation que pour Minet-Dalich (2).

(1) gai cit, pLE P. Bovier-Lapierre au lieu dit Khallet el Hamra, (2) Nous devons citer encore un gisement de le Vallon-Rouge), entre Aïn-Ib, et Bint-oumsurface paléolithique découvert en 1907 par le Jebaïl, en Palestine. Dans la haute Galilée le

Il existe encore une grande confusion dans le classement des objets de surface de la Syrie et de la Palestine : ainsi le P. Vincenr dans son ouvrage sur Canaan figure des pièces très grossièrement travaillées (1), provenant de la Palestine et ces pièces, bien que leur travail soit très rudimentaire, ne présentent aucun des caractères du type chelléen, ce ne sont que des ébauches d'industrie acheuléo-moustiérienne. Quant au Solutréen que le P. GErMER-DuraAnp (2) pense avoir rencontré en surface aux environs de Jérusalem, il se compose uniquement d’ébauches plus ou moins fautives de pièces néolithiques. |

La liaison entre l’industrie syro-palestinienne paléolithique et celle de l'Egypte se fait par le Sinaï, où W. M. Frinpers PETRIE à recueilli en surface des alluvions quaternaires des instruments archaïques (3).

Ainsi, en Syrie, tout comme en Egypte et dans la région arabo-mésopotanienne, l’homme paléolithique a vécu en possession des instruments acheuléo-moustiériens ; et, s’il a survécu au déluge sur les côtes de la Phénicie, nous n’en possédons pas encore la preuve irréfutable ; bien des indices nous permettent de le croire; mais il serait imprudent de l’affirmer sur de simples considérations morphologiques. Quant à chercher à établir des rapports soit de synchronisme, soit de nature ethnique des peuples, à supposer des migrations faisant communiquer les proto-Syriens avec les gens archéolithiques de l'Occident c’est entrer dans le domaine de la fantaisie (4).

Devons-nous admettre que nous possédons la série complète des phases industrielles lithiques de la Syrie et de la Palestine ? certes non; car les explorations effectuées jusqu’à ce jour dans ces pays sont trop sommaires encore. Les cavernes sont très nombreuses dans tout le Liban et l’Anti- Liban, en Cœle Syrie, dans le Haurân, en Cilicie, dans l’Amanus et le Taurus :

Espérons que l’on comprendra que le genre d’études dans une pareïlle

c’est un merveilleux champ de recherches qui vient de s'ouvrir.

région dépasse en importance tout ce que l’histoire peut fournir de découvertes sensationnelles.

accorde une durée de 5.000 ans pour le Néoli-

voyageur a reconnu une multitude de gisements 3 thique ancien et de 1.500 ans pour le Néolithique

de la pierre polie. (Cf. la Géographie, t. XVIT,

(1) Canan, fig. 258, 259, 261, 263, 264.

(2) L'Age de la pierre en Palestine Actes du Xe Congrès intern. des Orientalistes, Paris, 1897 (1899)\, p. 277-284, pl. I à LV.

(3) W. M. Funpers PETRIE, Sinaï, 1906, p. 227 et 267.

(4j À. Koun (Die praehistorischen Perioden in Paleslina, in Mutt. d. Anthrop Geselisch.in Win: vol. XLIV, 1914) fait commencer l'industrie de la pierre polie en Palestine au X* millénaire et lui

Rescarches in

récent. Ces dates ne sont pas acceptables. Il considère les mégalithes comme élant néolithiques et les fait débuter en Palestine au commencement du 111‘ millénaire, alors quil place vers 2500 les débuts de l'industrie du bronze et vers 1600 ceux du fer. Celte dernière date paraît être trop élevée de (rois ou quatre siècles A. Koun attribue à l'influence égypto-égéenne la fondation des acropoles et la construction des murailles cyclopéennes : c'est là une grave erreur d'origine.

L'industrie néolithique en Syrie.

En ce qui concerne la pierre polie en Phénicie et l'outillage qu. l'accompagne nous ne pouvons pas dire, d’une manière GOrTSARES Si npus nous trouvons en présence d'une industrie réellement néolithique ou bien si le métal était, lors de cette culture en Syrie, déjà connu dans ce pays, c’est-à-dire si cette région a constitué un ilot en dehors de la Mésopota-

mie, de l'Egypte et de la m2r Egée, plus anciennement peuplé que les

Page 1