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CHAPITRE IV

La colonisation de la Chaldée et de FÉlam.

Chaldée. — C’est dans ces plaines en formation que sont venues se fixer les tribus qui formèrent la souche des Sumériens et des Élamites. En Chaldée le sol, traversé par les fleuves, coupé d’arroyos, en partie

encore couvert de marécages et de lacs, de lagunes, se présentait sous forme d’ilots, de presqu’iles, de jetées avançant sur la mer, de larges digues bordant le cours des fleuves ; c'étaient sur toute la côte des banes de vase, plus ou moins recouverts par la marée montante, souvent enrahis par les crues des cours d’eau; puis, plus loin en amont, des terres asséchées, séparées entre elles le plus fréquemment par d’infranchissables marais. Les nouveaux venus s’installèrent en ces lieux, sur une terre prodigieusement fertile, ombragée, aux gras pâturages, aux inépuisables ressources en gibier et en poisson, et là s’élevèrent les premières villes, modestes bourgades de huttes, dont quelques-unes devinrent plus tard des cités illustres.

Comme tous les peuples primitifs, les pré-Sumériens étaient assurément partagés en tribus, en groupes correspondant chacun à Ia descendance d’une famille ; et la nature même du sol morcelé, dont ces hommes faisaient la conquête sur la nature, n’était pas faite pour unifier Les divers clans et permettre. à une nation de se constituer. [l se forma dans ces districts une foule de petits centres humains qui, peu à peu, devinrent de minuscules États ; le régime des Patésis s’en suivit et quand longtemps après les Akkadiens envahirent la Chaldée, imposèrent leur domination à ces innombrables bourgades, le régime féodal prit naissance parce que la nature des lieux et la culture de leurs habitants l’imposaient. Le venue des Sémites marqua le terme de la vie paisible des Sumériens. Ces envahisseurs, unis en une seule horde, animés d'instincts dominateurs, belliqueux, ne rencontrèrent de la part des Sumériens que bien peu de résistance, par suite même de l’état politique dans lequel vivaient ces tribus.

Mais cette lutte, dont je retrace en quelques lignes les grandes phases, nous ne la connaissons que d’après les traditions très vagues qui nous sont parvenues, à tel point qu’il y a peu d'années encore on se demandait si vraiment les Sumériens avaient existé, certains auteurs (Halévy) reportant aux Sémites toute la civilisation chaldéenne des origines. D’autres (J. Appert), discernaient dans les traditions et les caractères de la langue chaldéenne archaïque deux races distinctes, et les dernières découvertes viennent en faveur de la thèse Suméro-Akkadienne.

Des l’époque de la naissance de l’assyriologie, e’est-à-dire vers le milieu du siècle dernier, se posa la question sumérienne, dont J. Appert fut, dès les débuts, le principal partisan. Dans les inscriptions nouvellement découvertes en Chaldée, à côté de textes nettement sémitiques, on en rencontrait d’autres qui, sans aucun doute, n’appartiennent pas au même groupe linguistique. L’agglutinance y domine et les idéogrammes y abondent. Appert, en étudiant cette langue, en arriva à conclure qu’elle était le parler des populations qui avaient précédé les Sémites en Chaldée et que l'écriture cunéiforme courante dérivait, par un système hiéroglyphique, d’une pictographie primitive. Cette dernière hypothèse se trouve être justifiée par la découverte de tablettes indiquant la valeur hiéroglyphique des signes cunéiformes, par cellé du cylindre hiéroglyphique de Suse et par l’existence en Élam d’un système graphique parallèle à celui des Sumériens et plus voisin de l’hiéroglyphe que les plus anciens caractères linéaires de Ia Chaldée. Nous reviendrons, dans un chapitre spécial, sur la question des origines de l'écriture dans l'Asie antérieure.

Tout comme en Égypte, en ce qui regarde les héros prédynastiques, les dieux et les géants de la Chaldée ne sont plus considérés maintenant comme des êtres fabuleux. Peu à peu leur réalité apparait, elle qui autrefois se cachait derrière une divinisation postérieure. C’étaient bien des rois, des princes que ces prétendus dieux, des chefs locaux dont les actes, amplifiés par la tradition, ont pris un caractère surnaturel.

Dans tous les temps et dans tous les pays certains hommes, recommandables par leurs actions, ont joui de la concentration sur leur tête de tous les faits remarquables de leur époque et la somme des grandes actions qu’on leur à attribuées est devenue telle que leur humanité à disparu, s’est effacée, pour faire place à l’héroïsme, à la divinité.

Il y a quelques années encore, Gilgamech, roi de la première dynastie d’'Erek, le héros de la tradition, était considéré comme un personnage mythique ; mais aujourd’hui de nombreux documents viennent prouver que ce prince a réellement été un souverain très important de la ville d'Érek, qu’il construisit les murs d'enceinte de cette cité et l'embellit d’un temple, qu'une partie du temple de Nippour lui est due. Tammouz de la tradition

était aussi un roi d'Erek et, de son temps, son pays fut envahi par les Élamites. Ce prince aurait construit les remparts de la ville de Dour, Gourgourri.

Les listes chronologiques nouvellement découvertes montrent que Lougal-Marda, qui fut considéré comme un dieu dans les temps postérieurs, était simplement roi d’Erek et qu’il a suecédé à Tammouz. Nous savons que ce prince à guerroyé contre L'Élam (1).

Eatna fut roi de Kich.

Que dire de ce roi fabuleux d'Éridou, Adapa, dont V. Scheil (2) à retrouvé la légende dans les écrits contemporains d’Assour Banipal et dont le souvenir était encore vivant du temps de Bérose (3).

Il montait un vaisseau, dit la légende, et chaque jour de grand matin, il faisait la pêche pour Éridou.

En ce temps-là, Adapa, Mar-Urdug (VÉridien) éastallait Éa sur un traineau à lit, chaque jour franchissait la porte d'Éridou. Sur le quai splendide de Kar-ud-Sar, il montait sur sa barque « Sahhitun ». Le vent poussait et la barque naviguait ; toute la nuit il menait sa barque sur La vasle mer.

Éridou, aujourd’hui Abou-Charcin, se trouvait située sur le bord de l’Euphrate, à 80 kilomètres en amont du confluent actuel des deux fleuves, à Kornah. Cette ville était donc alors située à proximité de la mer et son peuple vivait de la pêche. Ceci se passait, vraisemblablement, vers le Ve ou le VIe millénaire avant notre ère.

La civilisation semble s'être tout d’abord concentrée dans le sud-ouest et le centre de la Chaldée, les abords du Tigre, je l'ai dit plus haut, n’étant fréquentés que beaucoup plus haut. C’est sur l'Euphrate que se sont développées les villes d'Éridou, Ourou, Larsam, Ourouk, Kichou, Babylone, Agadé, etc., alors que dans l'intérieur, sur les canaux, ont grandi Sirtella, Mar, Nisin, Nippour, ete, et une foule de villes dont les noms ne sont pas encore retrouvés (Yokha, Tell Hammam, Oum el ’Aghareb, etc.). Ailleurs, au delà du Tigre, sur les dernières pentes du Pouchte-Kouh et de Kouh-Hamrin les colons bâtissaient aussi leurs demeures sur le bord des ruisseaux-descendant de la montagne.

Susiane. — Dans la plaie susienne, la colonisation se fit de la même manière ; Suse s’éleva sur les collines basses d'argile et de galets qui bordaient le lit de la Kerka et dans le triangle formé par l’Ab-è-Dez et le Käroun on remarque de nombreuses ruines.

(1) Cf. À. T. CLay, The Antiquily of Babylo- rose (le roi Adaparos), ds. Recueil de Travaus nian civilisation, ds. Journ. of Americ. Orient. relat. à la philolog. et à l'Archéol. égypt. et assyr., Soc., 1925, p. 251 sq. vol. XX, 1898,

(2) CF. V. Scnenr, Une page-des sources de Bé- (3) Eus., p. 22, mai.

Mais les nouveaux venus ne s’installèrent pas dans les plaines seulement, toutes les vallées fertiles du versant méridional et occidental du plateau iranien furent occupées. Je citerai spécialement la plaine de Mäl- Emir au pays des Baktyaris, celle de Tépèh-Moussian au sud-est du Poucht-è-Kouh, les buttes de Tépèh-Goulam, au centre de ce district et les nombreux tells de la vallée du Seïn-Merrè (Kerkha).

Cependant il y a lieu d'observer que beaucoup de ces tells ne datent pas des débuts de la civilisation dans ces pays ; que, pour la plupart, la fondation des villes, dont ils sont les restes, est contemporaine des temps où le royaume d’Elam était dans toute sa puissance. Pour se renseigner sur leur âge, il faudrait étudier avec soin, pour tous, les couches qui en forment la base. Suse, Tépèh-Moussian, Tépèh-Aliabad et Tépèh-Goulam appartiennent à coup sûr aux premières colonisations mais, pour les autres tells, la question demeure douteuse.

En Chaldée, des silex taillés ont été rencontrés par moi-même à Yokha, par d’autres archéologues à Nippour (Niffer),à Ouarka, à Mougâyir et dans quelques autres localités, alors qu’en Haute Mésopotamie j’ai trouvé une station de la pierre (Enéolithique) à Soukhna, entre Deir-el-Zôr et Damas, et que le F. Neophitus (1) en signale au Nahr-el-Jaoz, près de l’ancienne Botris des Croisés, en Syrie et aux environs d’Alep. La pénurie de nos renseignements ne permet pas de parler des plaines du Sindjar et de la haute vallée du Tigre. |

Sur le plateau persan, l’on voit également un grand nombre de buttes antiques; j’en ai beaucoup explorées, superficiellement tout au moins, mais jamais je n’y ai rencontré de fragments de la céramique archaïque de Suse et les plus anciennes traces sont fournies par des tessons appartenant à la seconde céramique susienne. J’en conclus que ces pays ont été peuplés longtemps après la colonisation de l'Élam, et ceci s'explique par l’état physique dans lequel s’est trouvée cette région, bien longtemps encore après que les neiges eurent disparu. L'absence totale de Mollusques forestiers subfossiles dans les limons montre que, depuis les origines des temps géologiques modernes jusqu’à nos jours, la configuration du sol et le «+ climat ont peu changé en Iran. Il s’est produit à coup sûr un asséchement graduel ; les lacs, si étendus après la fonte des neiges ont disparu ou se sont réduits, faisant de ce pays un mélange d’oasis et de déserts arides, où l’homme ne pouvait rencontrer que les conditions d’une existence précaire.

Arabie. — La partie de l'Arabie voisine de la Chaldée étant encore inexplorée nous ne pouvons pas dire si la colonisation chaldéo-éla-

(1) Cf, l'Anthropologie, t. XXV, 1914, p. 11 sq.

mite a gagné de ce côté et si sur les rivières aujourd’hui asséchées ne se trouvent pas des restes de villes contemporaines de celles des pays. de l’'Euphrate et du Tigre. Quant aux côtes du golfe Persique actuel, . tant sur le bord arabe que sur le versant iranien, elles sont encore complètement inexplorées et la nécropole antique de Bahrein (1) ne nous apprend rien au sujet des temps reculés qui nous occupent en ce moment.

Première ville de Suse. — Je prendrai pour type des premiers établissements suméro-élamites les ruines de Suse, parce que de toutes les villes primitives, la plus antique cité de Susiane est celle qui a été le plus mé-

TELLS ps SUSE

d'aprés les relevés de M Babin

Croquis &s Travaux exécutés pendeué les campagnes de fouilles Piace d'armes F7 (Bäcer).

Courbes deriveau de cing en cmq Mètres

Fic. 59. — Plan des ruines de Suse.

thodiquement explorée. Nous connaissons non seulement son ancienne muraille d’enceinte et les restes de ses huttes, mais aussi sa nécropole située extra muros, et c'est de ces tombes que nous avons pu tirer tous les ensei-

gnements pour traiter avec certitude de la question (2). | La première cité de Suse s'élevait sur les collines basses, argileuses et de: di ee la rive gauche oo Le +4 dont le ; qui coulait plus à l’est, au pied même de ces

PAM EE A Fe Bahrein, par A. JOUANNIN, ds. (2) Cf. J. DE MorGan, Mém. Délég. en Perse Le se ie Perse. Rech, archéoiog., t&. VII, t. XIII, 1912, p. 1-25. Observations sur les couches . profondes de l'acropole de Suse,

collines, là où se trouve aujourd’hui le Chaour, rivière qui jadis était un canal (1). |

Il est à penser que plusieurs points de ces collines furent occupés en

même temps, car outre les ruines de ce temps et les sépultures découvertes

dans la partie occidentale de l’acropole, on rencontre encore des frag-

* ments de la céramique la plus ancienne et des silex taillés à l’extrémité mé-

ridionale de la ville dite royale, au point indiqué sur le plan sous le nom

F1G. 60. — Coupe de l'acropole de Suse.

A. Niveau des eaux souterraines. — B. Sol naturel. — C, D. Première ville, première période des vases peints. — E Il° période des vases peints. — F. Époque de Naram-Sin. — G, H. Époque d'Hammourabi. — K. Période anzanite. —-L. Période achéménide. — M. Période séleucide. —

N. Période parthe. — P. Période sassanide. — R. Période arabe.

de Donjon, lieu situé à 1.000 mètres environ des tranchées de l’acropole

” dans lesquelles les restes de la cité préhistorique ont été mis à jour. A l’acropole, dans la partie explorée qui, en 1907-1908 était de 1.000 mètres carrés environ pour la ville et de 750 mètres carrés pour la nécropole, à 6 mètres au-dessus des eaux du Chaour, sur une couche épaisse d’argile jaune sans traces de remaniements ni vestiges de l'homme, j'ai rencontré un grand nombre dé tombeaux, à même le sol, sur une épais-

(4) Cf. D. L. Graapt van RoGGEen, Notice sur Mém. de la Délég. en Perse, t. VII, 1905, p. 167les anciens travaux hydrauliques en Susiane, ds. 207.

seur de 3 mètres environ; puis, au même niveau, à 30 ou 40 mètres du bord du tell, les restes d’une muraille assez irrégulière d'épaisseur (1 m. 50

Fire. 61. — Suse. Masse

en calcaire blanc.

à 2 mètres) bâtie de mottes d'argile grasse façonnées à la main, cimentées à l’aide d’une argile moius grasse, employée comme mortier.

Au dedans de l’enceinte étaient des fragments de poterie, des silex taillés et des restes informes de murs de même construction que celui de l’enceinte et au milieu des assises de terre jaune des lits de cendre, du charbon, des os calcinés. La grande profondeur à laquelle se trouvait cette couche archaïque ne m'a pas permis de découvrir. toute cette première ville; plus de 20 mètres de détritus entassés au cours des siècles la recouvraient. Quoi qu'il en soit, ce site a été largement exploré puisque 2.000 tombes environ ont été ouvertes. Malgré cela je n’ai jamais été à même de trouver un crâne en état satisfaisant,

En dehors des fragments de vases peints, fort nombreux, dans la partie de la couche la plus pro-

fonde de Suse située en dedans du mur d'enceinte, on ne rencontre que

fort peu d'objets, et encore, doit-on faire subir à cette série une critique

très soigneuse: car s’il en est parmi ces documents qui sont contemporains des couches, il en esb aussi qui, pour des causes accidentelles, ont pénétré jusqu’au plus profond du tell. A différentes époques, en effet, les Su-

siens ont creusé des puits pour aller chercher

la nappe souterraine d’eau et ces puits, par la suite, se sont remplis de débris de toutes les époques.

Les seuls objets dont antiquité extrêmement reculée ne fasse aucun doute, sont :

Une masse en calcaire blanc, ornée de quatre protubérances hémisphériques (fig. 61). Ce type, dans la suite, a donné naissance aux masses d'apparat, les protubérances se transformant en têtes de Lions ou d’autres animaux.

FiG.62.— Suse. Masse oblongue en ca'cairc grisâtre.

Une masse oblongue en calcaire (Hg. 62) d’un type que nous retrouvons en abondance dans les niveaux supérieurs. La perloration de celle-ci

n’a pas été terminée et l’ objet a été rebuté.

LA COLONISATION DE LA CHALDÉE ET DE L'ÉLAM ol

Une figurine très grossière en terre cuite, représentant un personnage vêtu d’une longue robe et portant les deux mains à sa poitrine : je pense qu'on doit voir dans cette image une représentation très primitive de la déesse Nana. :

Quelques figurations d’Oiseaux, dont une ornée de points noirs, la pâte et la couleur en sont les mêmes que dans la céramique de la nécropole. Ce

F1. 63. — Figurine d'Oiseau en terre cuite Fic. 64. — Suse. Figurine d'Oiseau en terre peinte. Suse. cuite peinte.

mode de figuration de la Colombe s’est conservé dans les temps postérieurs (fig. 63, 64). L

Une tête grossière d'animal en terre crue.

Une cuillère en terre cuite jaune.

Un os poli, plat, percé d’un trou.

Une perle.de calcaire blanc ornée en hélice.

Un objet de pierre, d’usage inconnu.

Un fragment de collier en nacre, d'époque douteuse.

Il convient, pour terminer cette-liste, de signaler des boules de terre crue plus ou moins informes et ne portant aucune empreinte de cachet, sauf celles des doigts.

Comme on le voit les documents découverts dans la ville même sont bien peu nombreux, ils ont cependant une grande importance, spécialement .par la présence de la statuette archaïque de la grande déesse de la Susiane

et de la Chaldée.

La nécropole. — Ces tombes, je l'ai dit, étaient à même le sol et les corps y avaient été déposés dans une position quelconque, parfois allongés, mais parfois aussi accroupis. Je dois ajouter que les ossements étaient tellement décomposés qu’ils tombaient en poussière quand on les touchait et, qu’à mon grand regret, je n’ai pu sortir de terre aucun crâne en état d’être étudié par les spécialistes.

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C’est généralement près de la tête du mort que se trouve tout Le mobilier funéraire, vases, instruments, armes et objets de parure. Le corps avait été mis en terre, soit dans un linceul, soit dans ses vêtements ; car,

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Fic, 65. — Sépulture de la première ville de Suse.

sur les instruments de cuivre on voit l'empreinte très nette”’des étofles,

toile plus ou moins fine, faite de lin avec une extraordinaire habileté.

Tissus. — « Ces tissus, vraisemblablement les plus anciens que l'on ait retrouvés jusqu’à présent, prouvent qu'il y à 5 ou 6.000 ans la filature du lin avait atteint une perfection telle, qu'avec nos machines les plus récentes, nous ne l’avons guère dépassée.

« Si de plus on considère, d’une part, la lenteur des progrès dans les temps préhistoriques, le nombre de siècles qu'il a fallu pour découvrir, coordonner, pratiquer les manutentions successives du rouissage, du décorticage, du treillage, du peignage, etc., et les perfectionner jusqu’à obtenir des fils dont, même aujourd’hui, nous admirons la finesse, à combien de siècles plus loin encore doivent remonter les premières tentatives d'utilisation de ce textile ? (4) ».

(1) Z. Lacaisne, Nole sur, des lissus recouvrant des haches de cuivre, ds. Mém. Délég. en Perse, t. XIII, 4912, p. 165.

Les observations relatives à la stylisation des peintures de cette époque céramique conduisent aux mêmes déductions.

Céramique. — La poterie de la nécropole (1) est très primitive comme fabrication, probablement le tour était-il connu, puisque l’on en trouve des traces ; mais en général les vases étaient faits à la main, d'une matière

F16. 66. — Nécropole de Suse. Gobelet et vase à bec de la première période céramique.

très poreuse; la nature calcaire de l’argile qui les compose ne permettait pas de leur faire contenir des liquides acides, ils semblent avoir été destinés plutôt à l’ornementation, ou à contenir des substances solides (2). Leur décoration se compose de peintures tracées avec de la limonite ou

Fi. 67. — Nécropole de Suse. Vases gobelets de la première période céramique.

oxyde de fer hydraté, employée à l’état de verre ferrugineux, avant la ‘cuisson qui s’est faite à basse température.

D'après ce qui précède il semblerait que cette poterie fut faite uniquement pour les usages funéraires, tout comme 1l en estpour les vases peints prédynastiques de PÉgypte. On remarquera d’ailleurs qu'il s’est

(1) Sur cette céramique voir: Mém. D. S. P., sur les vases peints de l'Acropole de Suse ; R. DE 1900, &, I: J. De MonGan, Céramique archaïque: MECQUENEM, C'alalogue de la céramique peinte t. XII, 1911 : P. ToscANNE, Etude sur le Serpent, susienne conservée au Musée du Lourre.

t. XIII, 1912: J. pe MorGan, Observations sur {2) Cf. Sur la technique de cette céramique." les couches grofondes de l'Acropole de Suse; A. GRANGER et M. Couyar-Barrnoux, ds. Mém.

Evo. Pornenr. Ætude historique et chronologique Délég. en Perse, L, XXI, 1912, p. 259 sq.

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fréquemment trouvé dans les sépultures des vases, spécialement des bols, déformés par la cuisson et qui, cependant, n’ont pas été rebutés comme ils l'eussent été, s'ils avaient été destinés à l’usage courant. C’est donc que ces vases étaient appelés à jouer un rôle rituel. Le fäit que nous avons

Fra. 68. — Suse. Vases gobelets de la première période céramique.

rencontré des fragments de cette céramique dans la ville même, à l’intérieur de l’enceinte, porterait à penser qu’on employait aussi parfois ces vases pour les usages courants (1). Il est remarquer que dans les kjækkenmœddingers de l'Égypte on trouve aussi des tessons de vases ornés de peintures ; on peut expliquer ce fait constaté dans les deux pays si l’on admet

Fi&. 6), — Nécropole de Suse. Vase sphérique et vases à anses de la première période céramique.

que la fabrication de cette poterie se faisait dans les habitations et que ce sont les débrisdes vases brisés ou manqués que nous trouvons aujourd’hui.

Les vases de la nécropole se ramènent à trois types différents seulement: la coupe ou bol, avec ou sans fond, quelquefois muni d’un pied (2), le gobelet et le petit cratère plus ou moins conique. Aueun de ces vases

(1j C'est l'avis de M. E. PorriEr, Mém. D. S. P., (2) Cf. Mém. D.S. P., 1912, pl. XIE, f. 1.

ve

n'est pourvu d’anses proprement dites, à peine voit-on parfois de petites anses lunieulaires, ils ne portent jamais de couvercle.

En ce qui concerne la technique de la peinture elle est des plus simples, la couleur (unique) était appliquée directement sur l'argile crue,mais sèche, lissée, sans intermédiaire d’aucune couverture ou engobe. M. Ed. Pottier fait remarquer que c’est là la technique des vases peints attiques les plus anciens et j’ajouterai que ces procédés semblent avoir toujours été inconnus en Égypte comme en Phénicie et en Palestine.

Ces peintures, certainement déposées au pinceau, eussent été monochromes, si par suite de l’épaisseur de la couche, du degré de cuisson (estimé à 900 environ par les spécialistes), sa translucidité n'avait per- . mis des nuances ; elles passent du brun foncé au brun clair sans qu’il en

Fré. T0. — Nécropole de Suse. Coupes de la première période céramique.

dépendit de la volonté de l'artiste. Cette technique s’est perdue avec le tour de main des ouvriers et après la disparition de la première ville, nous ne la rencontrons plus : elle semble étre née spontanément chez les proto-Élamites, et elle est née également beaucoup plus tard chez les populations des Iles de la Grèce sans qu’on puisse songer à relier entre elles ces deux céramiques par un lien quelconque (1). C’est à la seconde céramique susienne seulement, à mon sens, quon peut attribuer une expansion dont l'influence aurait gagné la Méditerranée (2).

Les motifs représentés sur ces vases primitifs sont extrémement stylisés et montrent que les artistes qui les ont tracés avaient déjà fait une longue suite de copies d’après des dessins plus anciens, chaque copie venant apporter à la précédente des modifications de détail qui peu à peu ont fait perdre la conception de l’image primitive.

En dehors des ornements géométriques, dout beaucoup ne sont peutêtre que des figures stylisées à tel point que nous ne pouvons plus en con-

(1) Ep. Portier, Méëm. D. S. P., 1912, p. 33. (2) Cf. J. be Mcrçan. Prem. C'iv., 199, p. 195-205.

naitre l’origine, nous voyons quelques rares végétaux, arbres, feuilles ou fleurs, et une série d'animaux parfaitement distincts : des Oiseaux pesant à pied, à col plus ou moins long rappelant les Echassiers, des Oiseaux volant de face (Aigle ?), des Bouquetins ou Antilopes à corne lisse, des Bouquetins à cornes ornées de tubercules, des Chiens ou Chacals courant

Frs 71. — Motifs divers de peintures sur les vases archaïques (première période), Suse.

ou au repos, des Anes (?), fauves (?), Tortues, quelques Insectes et enfin l’homme qui ne se montre que rarement.

À ces représentations il convient d'ajouter des parties d'animaux telles que : ailes d'oiseaux, tête de bouquetin, têtes de taureau, ete., et des armes, lances debout, carquois et flèches.

La plus curieuse de ces stylisations est celle du Bouquetin que nous voyons paraitre déjà très déformé, mais montrant encore corps, tête, queue, jambes et ses deux cornes qui prennent des proportions très exa- . gérées ; puis l’animal entier disparaît, et il ne reste plus que ses cornes en anneaux concentriques.

L’homme est parfois figuré armé, tenant l’arc en main (1), mais il Egure aussi appuyé sur deux lances, ce qui fait songer à l'emblème du dieu Mardouk. Cette représentation, cependant, n’est pas suflisante pour que nous en puissions déduire que les croyances religieuses de ce peuple étaient déjà, quoique à l’état d’incubation, celles que nous retrouvons en Chaldée au cours des temps historiques.

Ces motifs se détachent le plus souvent en teinte foncée sur un fond clair, mais parfois aussi c’est l’inverse qui a lieu, et le sujet se dégage en blanc sur un fond peint en noir.

Vases de pierre. — Dans les sépultures contenant des miroirs de cuivre, c’est-à-dire dans les tombes de femmes nous avons rencontré, en petit nombre d’ailleurs, de petits vases de pierre en forme de cornets. Ils

Fic. 72. — Suûüse. Vases coniques en pierre grise.

sont faits d’une roche grise assez fine, taillés à l’aide d’un tour rudimentaire, creusés à l’archet où du moins au moyen d’un procédé analogue, souvent munis d’un rebord à l'ouverture et d’un bouton saillant à la pointe, quelquefois d’un bouton et d'un anneau; leur hauteur varie de 122 à 63 millimètres et leur plus grand diamètre de, 45 à 37 millimètres ; quelques imitations de ces petits vases de pierre ont été faites en argile grossière. Quelques-uns de ces cornets renfermaient encore une matière

minérale grise, reste d’un fard décomposé.

. (1) Mém. D.S. P., p. 31, fig. 129.

Je dois encore citer, comme provenant de la nécropole, deux vases

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