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CHAPITRE VII

Les Iles et les pays continentaux de l’Hellade (1).

Les iles de la mer Égée ne sont autres que les principaux sommets montagneux de terres qui, jadis, occupaient tout l’espace compris entre la Grèce et l'Asie mineure d’une part, la Chalcidique et l’ile de Crète d’autre part: région volcanique, dont le sol, bien certainement, s’est irrégulièrement effondré, formant au sud des fosses qui parfois dépassent 2.000 mètres de profondeur, alors que dans le nord, les cotes les plus importantes ne dépassent guère 1.000 mètres. Au milieu des Sporades et Cyclades, les sondages indiquent de larges espaces recouverts, au plus, de 500 mètres d’eau (2).

Un pareil mouvement de l’écorce terrestre, nous l'avons déjà vu, n'a rien qui doive surprendre, quand on songe que, sur certains points du globe, en face de l’embouchure du Saint-Laurent, par exemple, on constate que l’ancien lit du fleuve se trouve aujourd’hui à 2.700 mètres de profondeur (3); que la Corse s’est séparée de la Provence et de la côte italienne et qu'entre la Sardaigne et l'Afrique, il existe des fonds de plus de mille mètres.

Ce serait une erreur de croire que les terres submergées se sont abaissées tout d’une pièce : le sol, quand on l’envisage sur une grande étendue, est malléable, capable de changer de forme, et les forces intérieures ne se sont pas fait sentir partout avec la même intensité. Nous ne pouvons donc pas juger des détails de l’ancien relief des continents disparus par l'étude de la topographie sous-marine actuelle.

Quoi qu'il en soit, à l'époque de l’Egeis, les pays de l’Hellade étaient beaucoup plus élevés qu’ils ne sont de nos jours ; leurs montagnes couvertes

(1) Dernier ouvrage paru sur l'Égéide (dé- sciences, entre autres, la Régression quatercembre 1923), G. GLorz, {a Civilisation égéenne. naire

(2) Voir à ce sujet les belles études de M Px. (3) Cf. E.-A. Marre, Nouveau Traité des eaux NécGris et ses communications à l'Académie des souterraines, p. 595.

de neige possédaient leurs glaciers (1); Otto Maull, en effet, a observé sur les hautes montagnes de la Grèce, les vestiges de deux phases gla-

claires (2).

Or, dans l’ile de Délos, on a trouvé une molaire d’ Bleohas antiquus (3) prouvant qu’à spot chelléenne, Délos appartenait encore au continent

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Fi. 177. — Carte de l'Hellade.

* égéen, et pouvait être visitée par les grands herbivores de ce continent (4). L’Egéide est d’ailleurs toujours restée pays d'agriculture ou de végétation naturelle. Ainsi, c’est postérieurement à l’époque des industries paléo-

(1) Cf. Orro Maur, Beitrage zur Morphologie - des Pelopones und des Sudüstlischen Mittelgriechenlands; Geogr. Abhandlungen von prof.

Dr. Albrecht Penck. Leipzig, 1921.

(2) La même constatation a été faite en Italie méridionale dans les Abruzzes. Cf. Kurr Has- SERT, Trace glaciali negli Abruzzi (nota preliminate), in Soc. Geog. italiana, Bolletino, série IV, vol. 1, n° 7, p. 620, juillet 1900, Rome.

(3) CF. CAYEUx, Description physique de l'Ile de Délos. ds. Explor de Délos par l' École française d'Athènes, 1911, p. 39.

(4) Pr. NeGris, Phases glaciaires en Grèce, leur relation avec le morcellement de l'Egeïs, ds. Compies rendus Acad. Se, t. CLXXIV, p. 404, 6 février 1922. Époque des dernières dislocations de l'Egeis (C. R. S. Soc, Géot. de France, 5 février 1923).

lithiques dans nos pays que l’immersion de l'Egeïis s’est produite. L'homme a donc pu vivre sur cette terre ; et si nous ne trouvons aucune trace révé: lant sa présence au Pleistocène, c’est que nous ne disposons plus aujourd’hui que des sommets alors inhabités de ses montagnes, et que des iles que nous voyons maintenant, qui jouissent d’un climat favorable, étaient vraisemblablement alors couvertes de neiges.

« L’imagination ardente des Grecs aurait conservé le souvenir de ces convulsions de la terre sous la forme du Mythe de la Titanomachie d'Hésiode, dans laquelle les rochers s’écroulent dans la lutte avec les dieux de l’Olympe, les flots de la mer sont déchainés, des vapeurs brülantes s’élèvent jusqu'aux cieux, la terre entre en fusion. Citons encore, comme se rapportant aux mêmes phénomènes, la fable d’Égine, fille du fleuve Asopus, enlevée à son père par Jupiter, et celle de Sisyphe, condamnée par Zeus à por- . ter un bloc de rocher au haut d’une colline, sans pouvoir l'y établir parce qu’il croulait, à peine arrivé au sommet (1). »

: Si les souvenirs évoqués par M. Négris ne proviennent pas, chez les Grecs de l’antiquité, d’impressions ressenties ailleurs que dans l’Hellade, dans leur patrie originelle, elle-même soumise aux cataclysmes qui, à cette époque, ont dévasté le monde, c’est qu'après l’effondrement de l’Egeis il serait resté des hommes dans les pays aujourd'hui émergés. Or, jusqu'à ce jour, on n’a pas rencontré en Hellade de traces d'industries paléolithiques ou archéolithiques. Il semble donc que si l’Egéis était peuplée, alors que l’île de Crète, le Péloponèse, la Thrace en faisaient partie, elle n’était habitée que sur quelques rares points qui, de nos que sont cachés sous les eaux.

L'absence de vestiges archéolithiques, dans l’Hellade, comme dans les pays du Nord-Ouest de l’Asie antérieure, montre que, supposant même qu’elles fussent peuplées’ aux temps de l’industrie paléolithique, ces régions seraient demeurées inhabitées, après les cataclysmes pleistocènes, et qu’elles ne doivent leur repeuplement, peut-être même leur peuplement initial, qu’à la colonisation.

Tous les auteurs qui ont écrit sur les origines des pays méditerranéens qui, plus tard, devaient prendre le nom d’Hellade, sont d’accord pour attribuer aux premiers colons de ces régions une industrie, soit néolithique, soit énéolithique. Ils reconnaissent que, jusqu’à ce jour, il n’a pas été trouvé dans ces pays la moindre trace de culture paléolithique ou archéolithique, pas plus dans les pays grecs continentaux d'Europe ou d’Asie, que dans les Iles, ruines de la grande terre égéenne, aujourd’hui disparue sous les eaux.

(1) Pa. Necris, l'Allantis et la régression qualernaire, ds. Comptes rendus Acad. Se ,t. CLXXIV, P. 47, 3 janvier 1922.

Les Grecs savaient fort bien qu'ils n'avaient pas été les premiers occupants de leurs terres, ils conservaient le souvenir d'anciens habitants auxquels ils donnaient le nom de Pélasges qu’ils considéraient, non pas comme des étrangers, mais comme des parents éloignés, et l’on est d'accord aujourd’hui pour désigner un peuple du même groupe, celui des Phrygiens (alors les Briges), comme étant le principal trait d'union entre les Hellènes et les Indo-Européens de l’Europe (1). Nous connaissons l’époque à laquelle les Briges occupaient la Macédoine, mais il parait certain que ces tribus faisaient partie de vagues relativement récentes du grand flot sibérien et que, bien longtemps auparavant, d’autres tribus du même groupe avaient passé le Bosphore. Ces colons primitifs étaient-ils de langue indo-européenne, ou parlaient-ils des langages anaryens, nous n’en savons rien encore; mais il est à croire que leur parler se rapprochait beaucoup plus du groupe hellénique que de ceux des Asianites.

Les Phrygiens, on le sait, sont passés, d'Europe en Asie, vers le milieu du second millénaire avant notre ère entrainant avec eux les Arméniens -et, par leur exemple, beaucoup d’autres tribus (2); c’est ainsi qu’une grande partie du nord-ouest de l’Asie antérieure serait devenue terre aryenne, et que la Grèce elle-même se serait peuplée. À côté des tribus indo-européennes ou pré-aryennes, vivaient d’autres populations, assurément plus anciennes : les Égéens, mais les Égéens étaient eux-mêmes des colons venus de l'étranger, soit des côtes d'Asie, soit de celles de l’Afrique: on est plutôt porté à croire que ces émigrés étaient des Asianïiques qui, quelle que soit l’antiquité de leur venue, connaissaient certainement déjà l'usage du métal, bien que le cuivre fût cher pour eux et d’une extrême rareté. Les mines de Chypre n'étaient pas encore ouvertes.

Loin de mon esprit est la pensée que, munis de connaissances rudimentaires métallurgiques, et partant de notions communes, les Égéens, les pré-dynastiques égyptiens et les Asianiques de la Syrie, de la Mésopotamie, de la Chaldée et de l’Élam se soient développés parallèlement et avec la même intensité ; le progrès chez les divers peuples a évolué de manières très différentes.

A l’origine, l’ile de Crète, et assurément aussi les autres iles de l’'Égée, ont été colonisées par des Méditerranéens : « Chez les plus anciens Mi-

(4) Cf. E. Curnius, Hist. Grecque, trad. fr.

A. Bouché-Leclercq, 1883, t. I, p. 38.

(2) Pozyse, XVI, 29.

(3) À l'époque du siège de Troie, période (xx° au x° siècle av J.-C.) pendant laquelle la civilisation égéenne dominait dans la Grèce et daus les Iles, les gens de culture égéenne avaient en face d'eux, dans l'Asie mineure, la civilisation hittite. L'une et l'autre étaient parfaitement distinctes des civilisations assyro-babylonienne et égyptienne. L'empire hittite fut alors submergé par la migration thraco-phrygienne, venue

de la vallée du Danube, et qui, se mélangeant aux populations asiatiques, créa peut-être le peuple troyen. Des peuples de même race, les Achéo-Eoliens, envahirent à plusieurs reprises la Grèce à l'époque minoenne, et la nouvelle race qui en résulta fut précistment celle qui attaqua les Troyens. On s'explique dès lors l'identité des mœurs, des coutumes, des croyances, des armes qu'Homère fait remarquer. F. Sar- TIAUX, Troie, la guerre de Troie et les orig. préhist. de la question d'Orient. Paris, 1913.

noens (1) la dolichocéphalie domine sans conteste ; mais les individus brackycéphales, pour être rares à cette époque, ne font pas complètement défaut. 11 ne faut pas être surpris de ne pas trouver un type pur dès les plus hauts temps quine remontent pas, en Crète, au delà du Néolithique (?) ; peu à peu la proportion des brachycéphales augmente. Ces derniers prennent le dessus vers la fin de l’époque du bronze, c’est-à-dire pendant le Minoen récent III ou époque mycénienne. » L

D'où venaient ces premiers colons dolichocéphales ? De lAsie ou de l'Afrique ? Tout porte à croire que c’est de l’Asie et que, comme les divers peuples du continent, ils étaient des Asianiques : leurs goûts artistiques, leurs essais d'écriture, leur technique céramique les relient sans conteste à ce groupe de peuples d’où sont sortis les pré-Élamites, les Sumériens, vraisemblablement même les Égyptiens, dont faisaient partie les Ourartiens, les peuples que les Assyriens désignaient sous l’appellation générale de nations du Naïri, et bien d’autres encore.

Le groupe des Asianiques n’était pas homogène par la langue, il ne l'était probablement pas non plus par l’origine ethnique ; mais il possédait des goûts, des tendances et des principes communs. Il n’est donc pas nécessaire de faire intervenir des filiations pour expliquer les rapports qu'on trouve entre les divers groupes asianiques, car chaque famille de ce groupe parait avoir développé ses connaissances initiales suivant ses aptitudes, parfois en toute indépendance de ses voisins, parfois en leur empruntant des conceptions qu’elle n’avait pas d’elle-même.

La culture minoenne, comme la civilisation primitive de l’Élam, a certainement eu son lieu d’incubation, or ce lieu ne semble pas avoir été en Afrique du Nord, contrée la plus voisine de la Crète. Aucune découverte, soit en Cyrénaïque, soit en Tunisie, ne permet de placer dans ces régions un foyer d’une culture quelque peu avancée (2). C’est donc vers l’Asie qu'il faut tourner ses regards.

Quant aux brachycéphales, dont l’infiltration commence dès l’origine de la culture crétoise, nous savons qui sont ces étrangers et d’où ils viennent, quel chemin ils ont suivi. Ge sont des gens issus de la Sibérie qui, comme un immense Coin, se sont avancés jusqu'au milieu de l’Europe occidentale, entre les deux races des descendants de l’homme paléolithique (sersu stricto), des nordiques et des méditerranéens, toutes deux dolichocéphales (3). Des rameaux successifs de ces envahisseurs se sont détachés du

{1) R. Dussaup, 0p. cit, p. 446, (2) On ne connaît encore aucune sépulture de la culture néolithique dans l'Afrique du Nord, et

pour la classification des objets contemporains .

de la pierre polie, on se guide uniquement sur les formes des instruments, méthode qui n'offre aucune sécurité. De plus, les constatations ne re-

posant que sur des stations en plein air, dans lesquelles, naturellement, le métal fait défaut, il n'est pas possible de séparer les séries énéolithiques decelles qui appartiennent au néolithique.

(3) Voir dans M. Boue, l'Homme fossile, le chapitre relatif à l'ethnographie préhistorique de l'Europe.

tronc qui marchait alors vers l’ouest, et sont, par la Thrace, descendus dans l’Hellade. SU

Les premiers flots brachycéphales étaient-ils de parler aryen, c’est fort probable ; dans tous les cas les deux invasions maîtresses, celle des Mycéniens et celle des Doriens, appartenaient à cette famille linguistique, et les nouveaux venus profitant des notions acquises par les Asianiques, ont fait naître, chacun pour sa part, une nouvelle interprétation des connaissances acquises avant eux ; le fait est incontestable.

Devons-nous croire que ce sont ces premiers flots, venus du Nord, qui ont apporté dans l’Égéide et les pays grecs continentaux la connaissance du métal ? Je ne le crois pas. Il me semble plutôt que dans les îles, tout comme en Grèce, tout comme en Asie Mineure, les notions rudimentaires de la métallurgie sont venues avec les colons dolichocéphales, c’est-à-dire avec les Asianiques, ainsi que nous le constatons pour l’Élam et la Chaldée. Les brachycéphales ne seraient apparus que plus tard.

Toutefois, ce mélange des deux races dont on constate l’existence en Crète, dès les origines (Minoen ancien n° 1), obligerait à placer de très bonne heure les premières invasions des gens du Nord, à les ranger à une époque qui, d’après le tableau chronologique de M. R. Dussaud, se placerait vers les ITIe-Ve dynasties égyptiennes (2900 ou 3900 av. J.-C.). Ceci ferait remonter bien loin l’arrivée des Aryens, autant en Hellade que dans les iles, et l’on est en droit de se demander si les dates proposées par M. Evans pour le Minoen sont bien exactes, si elles ne sont pas trop élevées, et de beaucoup, s’il ne faut pas les rajeunir.

« M. Evans estime que le Minoen ancien [ correspond à la première dynastie égyptienne, mais le synchronisme n’est pas solidement établi (1). » Il ne paraît pas en être de même pour le Minoen ancien II qui correspondrait à la VIe dynastie, d’après les analogies qu’on reconnait entre l'Égypte et la Crète ; et pour ce qui suit, les concordances semblent être assez bien fixées.

Si nous tenons pour exactes les dates proposées par M. Evans, peutêtre faut-il attribuer à l’invasion de l'Asie Mimeure et de la Grèce par des brachycéphales la cause des mouvements colonisateurs des Asianiques vers le Sud (Chaldée, Élam, peut-être Égypte) et vers les Iles ; la raison en est fort plausible, car ces populations ne se sont pus déplacées sans causes majeures, et le mouvement des brachycéphales se continuant vers le Sud, l'Ile de Crète aurait été touchée. Quoi qu'il en soit, comme nous l’allons voir, les premiers colons (Asianiques) de l’Égéide connaissaient déjà le cuivre, et leur industrie primitive n'aurait fait que des progrès très

(1) Dussaup, op. cit, p 33.

lents depuis le temps de la colonisation, c’est-à-dire avant Ménès, jusqu'à la VIe dynastie égyptienne (3500 à 2540) (1), soit pendant au moins mille ans.

Les couches découvertes en Crète par M. Evans et qu'il attribue au Néolithique ne doivent, sans nul doute, leur aspect néolithique qu’à la rareté du métal dans la grande ile. M. R. Dussaud place ces couches vers l'an 3000 {2) (chronologie réduite), mais si même nous les vieillissons d’un millénaire, nous ne pouvons admettre, si les Égéens venaient d'Asie, qu'ils aient ignoré le cuivre, alors qu’en Chaldée comme en Égypte, l'usage en était courant depuis plus de mille ans.

Il ne suffit pas, en effet, de trouver dans un gisement des silex taillés et des haches de pierre polie pour qu'on soit en droit d'attribuer ce gisement à l’industrie néolithique, il faudrait encore prouver que le métal n’était pas connu. Dans nos pays mêmes de l'Occident européen, la distinction est souvent bien difficile à établir entre le Néolithique et l’Énéolithique. Le cuivre, chez certaines peuplades, était d’une extrême rareté, quelquefois même il n'existait que par le commerce ou n’était connu que de nom ; il n’est done pas surprenant que, dans la plupart des cas, la limite entre le Néolithique et l’Enéolithique soit presque impossible à établir.

Quoi qu'il en soit, n'est-il pas avéré aujourd’hui, pour l'Occident de l'Europe, que les instruments en roches dures (3) et les haches perforées appartiennent à l’industrie énéolithique ? Ce que nous connaissons de l'Asie et de l'Afrique du Nord porte à penser que la même loi régit, là aussi, la fin des industries de la pierre.

Ceci dit, examinons les données sur lesquelles se basent les archéologues, pour admettre, dans les pays de l'Orient méditerranéen, l'existence de la culture néolithique (4).

« Les sondages effectués à Cnosse (5), dit M. René Dussaud (6), et les fouilles de M. Mosso à Phaestos ont montré que les premiers hommes installés sur ces sites ne possédaient que des outils et des armes de pierre, mais qu'ils savaient les polir. L'activité humaine remonte donc, dans l’ile de Crète, à la période la plus récente de l’âge de la pierre, celle dite néolithique. Des buttes en terre et branchages formaient alors la majeure partie des abris artificiels, quelques grottes étaient habitées, et l’on savait déjà édifier des maisons en pierre comme celle dont on a relevé les traces à Megasa, dans le Meéssara..…., la céramique mal cuite, faite et polie à la main, est d'aspect noirâtre, décorée de traits et de points incisés, parfois avec

(1) CF. le tableau de R. Dussaup, dates, proposées par Evans.

(2) R. Dussaup, les Civilisations préhelléniques dans le bassin de la mer Jgée, 2° Tableau chronologique,

(3) Jade, jadéite, chloromélanite, syenite, ele.

édit., 1914,

(4) J'ai longuement traité de cette question dans :

la revue Syria, 1923, p. 23 à 37 : L'industrie néolithique et le proche Orient.

(5) Evans, MACKENZIE.

(6) Les Civilisat. préhellén. dans le bassin de la mer:Egée, 2° édit., 1914, p. 36.

insertion de matière blanche, surtout pendant le Néolithique moyen (1). A cette céramique était associé un outillage de pierre : haches en serpentine, Jjadéite, hématite, marteaux perforés en mêmes matières, couteaux d’obsidienne, fusaïoles d'argile, ustensiles divers en os. La maison néolithique de Megasa a fourni quelques vases, des pointes diverses en os, des éclats d’obsidienne et trente-six haches de pierre. »

Tout, dans les lignes qui précèdent, se rapporte à l’Enéolithique : la construction des murs en pierre, l’emploi des roches dures pour la fabrication des instruments, la céramique rustique incisée avee inclusion de pète blanche dans les traits, la présence de marteaux perforés. Seul manque le métal.

« À Phaestos, poursuit M. R. Dussaud, sous le pavement du palais, M. Mosso a retrouvé des débris sur une profondeur de 5 mètres; à 1m. 80 du pavement, il atteignait un fond de cabane où il relevait une grande vertèbre de baleine. Le sol de la cabane était formé d’une couche d'argile rouge de 10 cm. d'épaisseur. Au-dessous, un lit de 20 em. de cendres, appartenant à une installation plus ancienne, livrait des os de brebis, des coquilles de Pectunculus, des fragments de céramique noire et d’une autre céramique peinte, allant du jaune au brun, aux anses pleines, horizontales et demi-circulaires, percées verticalement. Plus bas encore, dans le troisième mètre, on a trouvé un fragment d'ivoire non travaillé provenant d’une grosse défense d’éléphant, ce qui atteste, dès cette époque, des relations avec l’Afrique; puis des perçoirs en os et des résidus d’alimentation : os de brebis, de lièvre, de sanglier et de bœuf. M. Mosso n’a pas trouvé trace ni du-cheval ni du chien. La couche néolithique de Phaestos a fourni des haches de pierre polie et des couteaux en obsidienne.» £

Là encore, nous nous trouvons en présence d’une culture franchement énéolithique, caractérisée par des essais de peinture céramique, plus récente probablement même que celle de Cnosse dont il a été parlé tout d'abord.

Les.découvertes de L. Franchet(2) au lieu dit Plateau de Trépiti, ne sont pas concluantes et ne prouvent pas l'existence en Crète d'hommes de l’industrie néolithique, l’auteur s'appuie sur la différence qui existe entre les habitations découvertes par luï et célles des industries du cuivre et du bronze ; mais il n’est pas prouvé que toutes les maisons du temps énéolithique étaient construites ou creusées sur le même plan. La nature de Pindustrie elle-même ne peut être prise pour une certitude en ce qui regarde la connaissance ou l'ignorance du métal.

Telles sont les données archéologiques, bien peu solides, sur lesquelles

(1) Procédé technique d'ornementation très ré- (2) L. Francmer, Le Néolithique dans Tile de pandu en Égypte dès les temps prédynastiqueset Crète. Rev. Anthrop., 24° année, juillet-août 1914. usité en Chaldée eten Elam.

on s'appuie pour affirmer l’existence d’une industrie néolithique en Crète; ailleurs, dans les îles, à Chypre, l’existence du Néolithique pur, sur les rares points où l’on a cru en reconnaitre des vestiges, ne résiste pas mieux à la critique. Ce n’est pas sur la présence ou l’absence du métal qu'on peut tabler, mais sur la nature des minéraux employés pour la fabrication des instruments. |

En ce qui regarde les Cyclades, M. R. Dussaud reconnaît que la couche néolithique fait partout défaut. « Ces îles, dit-il, n’ont guère été habitées avant l’époque du cuivre que caractérise tout particulièrement la céramique incisée simplement polie à la main. » Quant aux ateliers de taille de l’obsidienne dans l’ile de Milo, dont on a retrouvé les vestiges sur le site de Phylacopi, ils sont certainement, au plus tôt, contemporains de la culture énéolithique. A cette époque, la grande rareté du métal faisait rechercher l’obsidienne dans les iles, alors qu’en Égypte elle était la cause de l’ouverture des mines de silex et du grand développement que prit, chez les pré-dynastiques, l'emploi de cette dernière matière.

En Asie Mineure et dans la Grèce continentale les couches les plus anciennes observées jusqu’à ce jour montrent une culture franchement énéolithique. Tous les archéologues sont d'accord à ce sujet : la culture néolithique n’aurait done existé que dans l’ile de Crète ; ce qui est inadmissible, même sans tenir compte de ce qui vient d’être dit plus haut au sujet de Cnosse et de Phaestos. Il existe dans ces régions une incontestable homogénéité de culture primitive et, vraisemblablement aussi, de date dans le peuplement des terres méditerranéennes orientales, le repeuplement de l’Asie antérieure et de l'Égypte. M. Evans, en plaçant les débuts de son Minoen ancien au temps de Ménès, reconnait implicitement que tous les grands mouvements de peuples auxquels est due la colonisation des terres alors désertes de notre Orient sont à peu de chose près contemporains. |

Il est certain, nous l’avons vu, que durant une très longue période l'Asie antérieure et l'Égypte sont restées sans population ; que le plateau iranien les îles égéennes, la Grèce continentale et l'Asie Mineure n’ont nourri ni l'homme paléolithique, ni celui des industries archéolithiques, et que toutes ces régions ont été colonisées vers la même époque, probablement par des peuples issus d’un même foyer. Or, dans toute l’Asie antérieure et l'Égypte, ces hommes, avant leur départ de leur pays d’origine, étaient parvenus à la culture énéolithique, pourquoi n’en aurait-il pas été de même dans le monde égéen ? Pourquoi seule l’île de Crète aurait-elle été soit occupée par des peuples de civilisation inférieure, soit’ colonisée avant les autres terres égéennes ?

D'où pouvaient venir ces colons ?

Nots avons vu qu'après les cataclysmes quaternaires, il s’est formé un certain nombre de centres humains ; mais nous manquons de renseignements pour préciser les lieux de ces foyers. L’Ukraine, la Pologne (1), paraissent avoir nourri l’homme archéolithique, et il en est de même dans le centre et le sud de la France, en Espagne, dans les pays du nord de l'Afrique. Mais nous ne savons pas s’il en a été de même dans les Balkans, en Thrace, dans le Taurus, l'Amanus, les chaînes pontiques, et, par conséquent, il est bien difficile de dire avec quelque sécurité d’où sont partis les colons du sud de l'Asie antérieure (2) et des pays égéens ; s’ils appartenaient à une même famille linguistique, s’ils faisaient partie d’un même groupe ethnique. Ces gens semblent avoir précédé de bien des siècles l'apparition des Indo-Européens. Ils se sont développés suivant leur génie dans leurs principales colonies, montrant des aptitudes personnelles précises, puis de proche en proche ils se sont instruits les uns les autres, et, quand les Aryens ont fait leur apparition dans le monde méditerranéen oriental, 1ls ont trouvé des civilisations déjà très développées.

Je n’entrerai pas dans plus de détail au sujet de la colonisation des pays égéens, j'aurais fort bien pu même me dispenser d’en parler ; mais le tableau de l'Orient aux temps préhistoriques n'aurait pas été complet sije m'étais abstenu ; car j'estime que les plus anciens habitants de certaines iles, entre autres l’ile de Crète, faisaient partie du groupe d'hommes qui a repeuplé les pays continentaux d’Asie.

Les cultures minoenne, égéenne, mycénienne, ob ne rentrant pas dans le programme que je me suis tracé, je m’abstiendrai de les décrire en détail, tout ce que j’en pourrais dire ne serait qu'une nouvelle édition des nombreuses œuvres de compilation qui ont été écrites sur la matière ; mais il était important de rappeler les grandes lignes de l’évolution primitive des hommes sur ces terres morcelées et de montrer que les premiers colons ont apporté avec eux la connaissance rudimentaire du métal, et non l’industrie néolithique. Cette constatation permet de situer les diverses cultures méditerranéennes dans la chronologie relative de l'Orient et d’établir un synchronisme entre la colonisation des ruines de l’Egeïs et celle de l'Asie antérieure et de l'Égypte. Les lecteurs désireux d'approfondir ces intéressantes questions n'auront qu’à consulter les beaux travaux de M: R. Dussaud sur la matière (3).

(1) OsermAïER, La station paléolithique de Kra- -pina, ds. Anthrop., 1905, p. 13.E. PATTE, Bull. Soc. préhist, fr., 1921, p. 5. — À Wierzchov (Pologne Russe) on a trouvé des instruments acheuléens Æt moustiériens typiques avec Cervus tarandus, mais on cite d'autre part Ælephas antiquus, E. primigenius, Rhinoceros Mercki, R. tichorhinus ; ces associations semblent donc indiquer un

mélange, au moins dans la description.

(2) A. Ficxs | Vorgriechische Ortsnamen,1905, et Hattiden und Danubier in Griechenland, 1909] pense que ces colons sont descendus des montagnes du nord de l’Asie antérieure.

(3) Dussaup, la Civilisation préhellénique dans le bassin de la mer Egée, 2° édit., 1914.

Quant à l'Afrique, son rôle dans l'Egeïs ne semble pas avoir été bien important à ces époques reculées, et bien certainement ses apports dans la colonisation, si toutefois il y en a eu en Égypte et en Crète, n’ont pas eu grande influence sur le développement de la civilisation pharaonique ou minoenne. Quelques auteurs ont émis les hypothèses les plus hasardées quant aux relations des pays égéens avec le reste du monde; mais ces suggestions, pour la plupart, ne reposant pas sur des bases vraiment scientifiques, je les passerai sous silence (1).

Il n’en est pas ainsi pour les observations très jJudicieuses que vient de publier M. C. Autran dans son ouvrage Tarkondemos (2). Se basant sur l’onomastique et s’appuyant, non pas sur quelques noms communs à l'Asie et aux pays méditerranéens, mais sur de très longues listes, l’auteur montre qu’en divers temps et dès une époque fort ancienne, les Asianiques ont répandu leur influence jusqu’en Italie. Certains de ces noms sont syropalestiniens. M. Autran en cite soixante-douze parfaitement caractérisés, d’autres ont certainement pour origine la Mésopotamie et la Susiane, l’auteur en cite cinquante-huit. Assurément ces similitudes ne peuvent être fortuites. Il est à remarquer, tout d’abord, qu’elles impliquent des relations suivies chez les peuples asianiques entre eux; ensuite, que pour parvenir dans la péninsule italique, ces termes ont dû traverser l’Egeïs, probablement même s’y s’arrêter, étape intermédiaire entre l’Orient et l'Occident de la mer Méditerranée, ce qui revient à dire que le rôle des Asianiques dans les iles de l’Égée a été fort important. Nous le savions déjà par les considérations archéologiques qui précèdent. L’étude des conceptions religieuses conduit au même résultat (3).

En résumé, il résulte de toutes ces études, que le plus profond désordre et l’indécision règnent encore dans tout ce qui a trait aux débuts de l’Égéide et de la Syrie. Avant de combler cette lacune on devra rejeter bien des notions encore mal étayées, des arguments qui se transmettent de proche en proche sans aucune raison scientifique.

En ce qui concerne les langues qui se parlaient dans l’Égéide, je ne puis mieux faire que de citer textuellement M. G. Glotz (4): « Toutes se cachent encore derrière les inscriptions crétoises dont nous savons malheureusement bien peu de choses. A voir la régularité avec laquelle progresse l'écriture depuis la fin de la période chalcolithique jusqu'aux invasions grecques, on à l'impression que c’est le même parler qui, avec d'inévitables variations, se transmit aux générations successives. Ce parler

(1) O. MünsrERBERG, Influences occidentales dans l’âge du bronze au Japon », seule l'influence dans l'art de l'Extréme-Orient (Rev. des éludes gréco-hindoue sur l'artbouddhique est acceptable. ethnogr. et sociol ,1909) ne peul être suivi quand (2) P.194 sq il trouve dans « l'âge de pierre (oriental) une in- (3) Tarkondemos, p.248 sq fluence prémycénienne, une influence cypriote (4) La Civilisation égéenne, p. 439.

n'était ni indo-européen, ni sémitique. Il présentait, d’après certains groupes de signes, des altérations de suffixes où l’on peut voir des désinences et des flexions, cette particularité le rapproche des langues aryennes, mais ne prouve rien. »

Ces parlers mystérieux encore sont probablement apparentés à ceux des Asianites, et nous avons vu plus haut que ces vieux habitants de l'Asie antérieure parlaient certainement une multitude de langages différents les uns des autres, mais appartenant probablement à une même famille linguistique ; cette constatation est une preuve de plus, bien vague, il est vrai, mais une preuve que les populations de l’Égéide seraient venues de l'Asie lors du repeuplement.

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