‹ La Prehistoire orientaleChapitre 227 sur 308 · EE C · texte numérisé non relu

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F1ç. 194. — Grand dolmen bâti. Bronze III. Mistaïl-(Lenkorân).

lithiques, acropoles fortifiées placées sur des hauteurs d’accès difficile, et l’on ; peut suivre les traces des canaux qui, creusés à flanc de coteau, amenaïent jadis l’eau jusqu'aux habitations; ces canaux ont laissé sur le sol de petites dépressions qui souvent peuvent être suivies jusqu’à leur point de départ.

Ces sortes d’oppida sont très fréquents en Syrie, dans l’Hellade continentale et insulaire et dans l’Europe occidentale ; nous en connaissons un grand nombre dans le Midi de la France (1). Mais ces acropoles du nord de la Perse sont beaucoup mieux conservées que les nôtres et, en plus, ont Je grand avantage d’être situées près de nécropoles permettant ainsi de leur assigner une date relative. |

Si les monuments funéraires les plus en vue ont été complètement vidés par les spoliateurs, il n’en est pas de même pour les tombes de moindre importance, parmi lesquelles beaucoup sont demeurées intactes (2) et dans certaines localités, beaucoup de grandes sépultures, bien qu’elles eussent été visitées, renferment encore des objets (3) en assez grand nombre pour

Fire. 195. — Pierre levée. Tovôül (Lenkorân).

qu’il soit possible d’assimiler leur âge à celui des petites tombes encore vierges.

Tant en Perse qu’en territoire russe et en Turquie, aucune protection n’a jamais été accordée aux sites antiques et, tentés par les métaux que ces tombes contenaient en abondance, les indigènes ne se sont pas fait faute de les violer. Certaines sépultures fournissaient parfois jusqu’à 25 ou 30 kgr. de cuivre, sans compter les bijoux d’or et d'argent. Une tombe, entre autres, découverte à Hovil en 1889, renfermait un grand nombre d’armes de bronze et un vase d’or pesant de 150 à 200 grammes, enfermé

dans un vase de bronze (4).

(1) Cf. A. Guépaan»D, 11° Congrès préhist. de rinthie, Istrie, etc.

France (Vannes, 1906), Le Mans, 1907, p. 157 sq. (2) Mém. D. S. P., VIIL, fig. 529-532. Tach-Keu- Ip., III: session (Autun, 1907), p.997 sq. J. DE SAINT- pru. Mission, IV,1"* partie, p.35, fig. 38, 39. Véri. VENANT, Antiques enceintes fortifiées du Midi de (3) Mém. D. S. P., VIII, p 272, fig. 360, 369. la France. Congrès préhist. de France, XLI° Ses- Tchiläkhâné, fig. 507, 509, Vadjalik. Fig. 634, sion (Paris, 1900). Les acropoles sont très nom- Agha-Evlar. :

breuses dans le Sud de l’Autriche, en Styrie, Ca- (4) Mission en Perse, t. IV, 1'° partie, p. 29.

Persans, Tures et Russes n’attachaient aucune importance aux dévastations commises par les gens du pays, réservant toutes leurs sévérités pour les archéologues ; c’est que ces Orientaux considèrent les archéologues comme de simples chercheurs de trésors et que leur jalousie et leur cupidité s’en émeuvent (1). 4

Quoi qu’il en soit de ces destructions, chaque nécropole renferme encore bon nombre de sépultures encore vierges ou spoliées seulement en partie, en sorte qu’il m'a été aisé d’établir la série des objets en usage à chacune des phases de l’industrie du bronze dans ces régions ; et certaines tombes intactes, explorées avec le soin qu'il convenait ont même, par la place qu'occupaient les divers objets, permis de reconstituer, avec certitude, la plupart des usages funéraires de ces temps.

Les rites funéraires. — Aux trois phases de l’industrie du bronze, linhumation simple a été seule de coutume dans les pays caspiens ; car jamais je n’ai rencontré d'exemple d'incinération. Cette inhumation était directe et définitive, sans décharnement préalable des os, sans coloration des ossements, rites dont on retrouve les traces dans bien .des pays, aux temps préhistoriques.

Le mort était déposé dans la tombe entouré de ses objets usuels et de ses armes, orné des bijoux lui ayant appartenu. Sauf une ou deux exceptions (2) dont je ne suis pas certain d’ailleurs, le corps était toujours posé sur le côté, les membres repliés, les mains devant la face. Ce mode est général dans les grandes comme dans les petites sépultures ; du reste, dans ces dernières, on y était contraint par suite de l’exiguité de la chambre mortuaire. Je pense que, dans certains cas, le mort était assis, accroupi et non couché. Toutelois je dois faire observer que le mauvais état de conservation des os, très fréquent, surtout dans les tombes de la première phase, ne m'a pas souvent permis de relever d’une manière certaine l’exacte position du cadavre.

[est très rare qu’un tombeau, quelle que soit son époque, quelles que soient ses dimensions, ne renferme qu’un squelette ; même dans les coffres de petite taille on rencontre presque toujours plusieurs erânes et, dans les grandes tombes, les squelettes sont parfois très nombreux. On serait donc porté à supposer que ces monuments sont de véritables caveaux de famille, qu'on ouvrait puis refermait chaque fois qu’un décès se produisait.

Mais cette interprétation, dans la plupart des cas, doit être écartée. Si, en effet, les inhumations avaient été successives, les squelettes des corps anciennement déposés dans le tombeau et les mobiliers funéraires qui les

(1) Les mêmes spoliations ont lieu dans les né- (2) Agha-Evlar, Mém. D. S° P., t. VIII, . 317 cropoles de la Sibérie fig. 634.

accompagnaient eussent été mis en désordre, les vases eussent été brisés et leurs fragments se trouveraient aujourd’hui disséminés dans la chambre funéraire ; or ce n’est pas le cas. Les vases sont entiers où, s’ils se sont brisés, les moreeaux sont encore réunis. Les bijoux se rencontrent toujours situés par rapport aux ossements à la place qu'ils occupaient, soit dans les cheveux, soit autour du cou, soit autour des bras et des jambes, et les vases contiennent encore les os coupés ou cassés de Sangliers, d’Oiseaux, de gibier de toute nature dont la chair avait été préparée pour le mort. Il n'existe de désordre dans les dolmens qu’autant que ces monuments ont été occupés par des intrus”à des époques différentes ; aux temps du bronze d’abord, peu après leur construction, puis à celui du fer (1).

Si donc on trouve plusieurs squelettes dans le même tombeau (2) c’est, certainement, parce que l’enterrement du personnage principal a entrainé celui des êtres dont les restes accompagnent les siens, êtres lui appartenant, femmes ou esclaves, qui ont été tués à l’occasion de ses funérailles. Quant à l'hypothèse de l’enterrement de ces diverses personnes encore vivantes, elle ne peut être soutenue étant donné l’ordre parfait qui règne dans ces tombes. Femmes et esclaves étaient donc mis à mort avant la fermeture du tombeau. Nous nous trouvons là en présence de coutumes monstrueuses, rappelant celles des Scythes dont parle Hérodote, et auxquelles, peut-être, ne sont pas étrangers ces usages de l’Inde qui voulaient que la femme fût brûlée sur le bûcher de son mari. Le dispositif même de ces monuments montre d’ailleurs qu'ils étaient construits dans l'intention d’être fermés pour toujours. On ne conçoit pas, en effet, l'ouverture d’une chambre dépourvue de galerie d’accès et recouverte d’un tumulus. Ces tombes étaient faites pour être définitives.

Une sépulture de la troisième phase du bronze, dans la nécropole de Véri (Lenkorân), demeurée vierge, renfermait, dans un ordre parfait, quatre squelettes accroupis avec leurs mobiliers funéraires pressés dans un étroit espace de 2 m. 10 de longueur sur 1 m. 10 de largeur et O0 m. 80 environ de hauteur.

Près de l'un des squelettes n° I se trouvaient: un torque de bronze, de petites lames de même métal que je considère comme des rasoirs, des perles de cornaline et de pâte vitreuse, une pierre à aiguiser, de petits ornements d’or circulaires qui, probablement, étaient cousus sur le vêtement, des pointes de flèches, par paquets, en plusieurs endroits, des têtes de javelot ou de lance, quatre poignards et une longue épée. Toutes ces armes sont en bronze.

Près du squelette n° II j'ai rencontré : un torque, trois bracelets, sept

(1) C'est le cas des dolmens de Redkine-Lager. case, L. ‘Il, 1886, p. 168, fig. 121,etp 169, fig. 122, Cf. E. CnaNTRE, Rech. anthrop. dans le Cau- (2) Mission, IV, 1,p. 35.

longues épingles à têtes, des perles de cornaline et de pâte, de petits dis-

ques d’or qui, trouvés autour du crâne, ornaient probablement la coiffure, quelques pendeloques d’or et de bronze et un gobelet en cuivre orné au repoussé de motifs géométriques.

Le squelette n° III était également accompagné d’un torque, de six épingles, d’ornements d’or et d’un bracelet de bronze. |

Le squelette n° IV semble avoir été celui d’une personne plus importante que celles que je viens de citer (n° IT et III). A droite et à gauche de la tête étaient deux doubles pyramides de petites sphères d’or accolées, bijoux qui jouaient le rôle de pendants d’oreilles, ou bien terminaient des nattes de cheveux. Quelques disques d’or, qui probablement jadis ornaient la chevelure, gisaient près du crâne, ainsi que dix longues épingles et un torque de bronze. Puis c’étaient un bracelet, un miroir métallique, un petit vase à fards en terre cuite, une tête d’épingle, sorte de cabochon, en pâte d’émail (?), et une multitude de perles et de petits ornements jadis cousus sur le vêtement.

Ces squelettes étaient acccompagnés de nombreux vases et de plats tous entiers, et quelques-uns renfermant encore les os des mets préparés pour le grand voyage du maitre et de sa suite.

Il n’est pas douteux que, dans cette sépulture, le squelette n° I est celui d’un homme et que les squelettes n°° IT, IT et IV sont ceux de ses femmes,

-le n° IV représentant probablement la femme principale et les n° IL et II des femmes secondaires ou des esclaves.

Une autre sépulture (1) de la même époque et de la même nécropole, mesurant { m. 92 de longueur, ne contenait que deux corps: l’un, placé à droite, était celui de l’homme, les membres repliés; l’autre, gisant à gauche, dans la même position, était celui de la femme. Sous la tête de l’homme était une longue épée de bronze, à son cou un torque et quelques ornements de bronze et d’or ; plus bas, un poignard court et une longue tête de lance, des couteaux et des anneaux garnis de quatre tubercules saillants qui, dans le costume, jouaient un rôle quinous échappe. Le squelette de gauche est celui de la femme. Le corps, lors de la cérémonie, était aceroupi plutôt que couché, car les divers os se sont entassés sous la tête les uns par-dessus les autres; ils étaient accompagnés d’un collier composé de perles de pierre dure et de pâte, d’ornements d’or et de bronze, d’anneaux et d’une tête d’émail bleu qui, probablement, terminait jadis une longue épingle de bois ou de corne.

À Djonii (Lenkorân), j'ai rencontré, dans un même dolmen, sept crânes appartenant à des squelettes accroupis ou couchés dans toutes les directions et, cependant, un tiers environ de cette sépulture avait été détruit jadis.

(1) Mission, IV, 1, p. 37.

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Le nombre des morts enterrés dans cette chambre pouvait, à l’origine, être d’une douzaine. Dans cette confusion d'os, d'objets, d'armes et de vases,

bien que cette partie de la tombe fût encore vierge, il était bien difficile de

partager le mobilier funéraire entre les divers morts, et de dire s’il n’y avait qu’un seul homme ou plusieurs : dans tous les cas, il est certain que les femmes étaient nombreuses, ‘si l’on en juge par les bijoux qui accompagnaient les crânes. |

Dans les tombes les plus anciennes il est souvent impossible d'établir

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Fic. 196. — Sépulture avec nombreux squelettes. Bronze 111. Djonii (Lenkoràn).

une distinction entre les squelettes des hommes et ceux des femmes, car la bijouterie est peu abondante. C’est par la présence des armes seules qu’on peut juger du sexe auquel appartient un squelette. Quoi qu'il en soit, les crânes sont souvent nombreux dans les grands dolmens de la première phase, et l’on peut tenir pour certain que les coutumes monstrueuses dont il vient d’être parlé étaient en vigueur, déjà, dès l'apparition des hommes du bronze sur le plateau iranien.

Plus on avance dans le temps et plus les vases sont nombreux dans les sépultures ; à la troisième phase ils encombrent même parfois tout le tom-

20) PRÉHISTOIR E ORIENTALE

beau. Les plats contiennent des os de Chevreuil, de Bouquetin, de Cerf, de Sanglier, d'Oiseaux sauvages, quelquelois même des restes de gros Poissons. Les morts étaient donc pourvus en abondance de toutes les choses nécessaires à l'existence matérielle.

Voici ce que dit Hérodote, au sujet de l’enterrement chez les Scythes :

«Quand on lui (le cadavre du roi) a fait parcourir toutes les provinces et toutes les nations soumises à son obéissance, il arrive dans le pays des Gerrhes, à l'extrémité de la Scythie, et on le place dans le lieu de sa sépulture, sur un lit de verdure et de feuilles entassées. On plante ensuite autour du corps des piquets, et l’on pose par-dessus des pièces de bois qu’on couvre de branches de saule. On met dans l’espace vide de cette - fosse une des concubines du roi, qu’on a étranglée auparavant, son échanson, son cuisinier, son écuyer, son ministre, un de ses serviteurs, des chevaux ; en un mot, les prémices du reste de toutes les choses à son usage, et des coupes d’or; ils ne connaissent, en effet, ni l’argent nile cuivre(?). Cela fait, ils remplissent la fosse de terre et travaillent tous, à l’envi l’un de l’autre, à élever sur le lieu de sa sépulture un tertre très haut (1). »

Il n’y a pas lieu de chercher à déterminer le foyer d’où sont parties ces coutumes barbares, ces foyers ont certainement été multiples; car au Nouveau Monde nous rencontrons les mêmes rites jusque dans les détails de ces horribles cérémonies.

Lorsqu'un Casique mourait, chez les Indiens Cunas de l’isthme de Panama, on tuait les femmes qu'il avait préférées et on lui faisait une sépulture « grande comme une petite colline ». À l’intérieur de ce tumulus était une chambre et un couloir ménagé au ras du sol. Le cadavre y était introduit avec ses vêtements les plus riches, ses trésors, de grandes quantités de vivres et de boissons. On y enfermait les femmes du mort et quelques Jeunes garçons, pour le servir dans l’autre monde (2).

Il en était de même chez les Esmeraldas et les Caraques, populations côtières de l’Équateur (3), mais la sépulture se faisait dans des puits.

Au Pérou, ces cérémonies étaient plus barbares encore. On enterrait avec l’/rca la plupart des femmes de son harem-et un grand nombre de serviteurs ; la légende dit qu'aux funérailles de Huayua Ccapuc, le nombre des victimes aurait été de quatre mille (4).

Comme Les Égyptiens, les /ncas construisaient leur tombeau avant leur mort, et quand elle survenait, le cadavre du prince était transporté au lieu de la sépulture et on l’asseyait sur un siège doré. Autour de lui on mettait des vases remplis d'aliments et de boissons, ainsi que ses trésors. Daus

(1) Héropors, IV, 71. (3) C1EzA DE LEON, op. cit , cap. Lxvi. (2) IL BEUCRAT, op. cit., p. 547, d'ap. CIEza DE (4) Creza DE LEoN, Segunda parte de la Cronica Leon, Chronica del Peru, cap. x11, p. 355. del Peru., cap. xIx.

une autre chambre on mettait les femmes de l’Inca, enivrées auparavant et qu’on enterrait vives (1). Mais ce n'était là qu’une sépulture provisoire, car plus tard on portait le corps du prince dans la sépulture royale qui contenait les momies des ancêtres du roi. Ù |

Ce serait, à mon sens, un tort d'attribuer sans réserves l’inhumation des femmes et des serviteurs avec le maitre, à des croyances en la vie future. La notion de la séparation de l’âme et du corps, si nous en jugeons par ce que pensent les sauvages modernes, est trop élevée pour des primitifs tels qu’étaient les gens du bronze au Tâlyche. Il est plutôt à croire que, tout comme beaucoup de sauvages actuels, les pré-Tâlyches considéraient la mort comme un sommeil dont on devait se réveiller un jour, et c’est afin que le mort retrouve dès son retour à la vie les êtres dont il aurait besoin, qu’on endormait avec lui ses femmes et ses serviteurs, qu’on l’entourait de ses armes, des ustensiles familiers et de victuailles. Cette opinion sur la mort est très répandue parmi les tribus africaines et océaniennes, alors que la réelle conception de la survie n’existe guère que chez les peuples jouissant d’une culture philosophique avancée.

Dans l’occident de l’Europe, les dolmens semblent appartenir aux temps de transition entre l’industrie néolithique et l’usage des métaux, mais cette classification pourrait bien être basée sur des preuves plus apparentes que réelles, et ne dépendre que de la rareté plus ou moins grande ou de l’abondance du métal dans les diverses régions. Il est reconnu que : les dolmens du sud-ouest de la France contiennent des métaux (cuivre, bronze et or), alors que ceux de la Bretagne ne renferment que des instruments de pierre. Dans les monuments mégalithiques occidentaux, tout comme en Orient, les corps, également nombreux dans chaque tombe (2), sont accroupis ou couchés sur le côté, les membres repliés ; mais on trouve aussi des sépultures dans lesquelles le squelette est simplement pris dans un amoncellement de pierres, fait qui ne se présente pas, au Tâlyche, avant l'apparition du fer. On voit aussi, dans nos pays, paraître l’incinération (3) qui, peu à peu, finit par remplacer linhumation. Ge sont là des usages qui paraissent n’avoir jamais été en vigueur dans les contrées caspiennes (4).

(1) BrEuM, Das Inka-Reich, p. 65 sq.

(2) Cf. DÉcHeLETTE, Manuel, t. II, 1, p. 133 sq.

(°) P. pu CHATELLIER, Époq. préhist. Finistère, 2° édit , p 52.

(4) Jusqu’aux dernières années du xix° siècle, on pensait que l'incinéralion des morts était d'origive hellénique. (Cf PerRoT et Cnipiez, Hist. de l'art dans l'antiquilé, t VII, p 39, 1898). Mais cetle thèse a élé réduite à néant par la découverte des tombes royales des premières dynasties égyptiennes (Negadah, Abydos, etc.) un an avant que Perrot imprimât son opinion à cet égard. ;

Voici un exemple d'incinération, telle qu'elle se pralique encore de notre temps el qui ne laisse

rien survivre du corps ni des objets ayant appartenu au mort :

« Ils (Les Korékis, peuplade sibérienne) brûülent leurs morts de la manière que voici : après les avoir revêtus de leurs plus beaux habits, ils les font traîner par le renne qu'ils ont le plus aimé, jusqu’à l'endroit où l’on doit brûler le corps. Ils dressent un gros bûcher, dans lequel ils jettent les armes du défunt el quelques-uns de ses ustensiles, comme sa lance, son carquois, ses fleches, son couteau, sa hache, sa marmite, elc., ils y mettent le feu, et pendant qu'il brûle, ils égorgent le renne qui l’a irainé, ils mangent sa chair et jettent ce qui en reste dans le feu: » (Hist. du Kamehatha, t. IT, chap. xx1, p 245.)

En Europe occidentale, le rôle des pierres levées, si nombreuses, est encore inexpliqué ; il l’est également en Orient, où la coutume de dresser des blocs semble n’avoir rien de commun avec les rites funéraires. Ces pierres, toutefois, sont peu communes en Perse et dans la Transcaueasie. Au Lenkorân, j'ai rencontré une pierre de ce genre à T ovôl et quelques autres moins caractérisées dans le voisinage des groupes de dolmens, et au Kurdistan le polissoir de Khalil-Dehlil, qui a été dressé loin de toute nécropole. La coutume de lever les pierres est restée dans l'antiquité historique pour relater des événements importants ; on couvrait alors la stèle d'inscriptions, comme le fait peut être constaté entre autres à la passe de Kèl-è-Chin, dans le Kurdistan (1). Là, au col des montagnes qui séparent le bassin du Tigre du plateau persan, le roi d’Ourartou Tuchpa et les princes de Musasir, dchpuini et son fils Ménua ont laissé une pierre dressée en souvenir de leur passage.

Le texte que porte cette stèle présente un caractère uniquement religigux : il n’y est parlé ni de victoire, ni de prise de villes, ni de butin enlevé aux vaincus. On serait donc porté à croire que l’érection de la stèle

. de Kèl-è-Chin n’est autre qu'une réminiscence d'anciennes traditions et que l'élévation des menhirs, tout au moins en Orient, avait à l’origine, uniquement, un sens religieux, indépendant de tout rite funéraire, de toute pensée : de célébrer un fait de guerre.

Quant aux cercles de pierres, fréquents dans nos pays, et dont la destination est encore discutée, je n’en ai jamais rencontré, au Tâlyche, qui ne renfermassent ou n'aient contenu une chambre funéraire ; mais si aux cercles de pierres correspondent toujours des sépultures, tous les monuments mégalithiques n’ont pas leur cercle de pierres, entre autres les allées couvertes, si remarquables, de la nécropole d'Agha-Evlar. Je ne puis affirmer toutefois que cette partie antérieure du monument n'ait pas existé jadis.

Jusqu'à ce jour, aucun alignement de même nature que ceux de la Bre-

tagne n’a été signalé en Asie antérieure.

Le mobilier funéraire. — Au cours des diverses phases de l’industrie du bronze au Tâlyche, les mobiliers funéraires témoignent d’un progrès continu dans la technique comme dans le goût artistique. Cette progression s’opère sans secousses, sans hiatus, montrant qu’elle s’est faite avec les ressources indigènes et sans intrusion notable d'influence étrangère. De même, entre les divers types de monuments, on rencontre des dispositions intermédiaires. Gette culture est donc parfaitement homogène pendant toute sa durée ; si je la partage en trois phases, c’est uniquement

(1) Mission, IV, 1, p. 226, pl. XX VI.

pour mieux fixer la pensée et permettre les comparaisons avec les mêmes industries dans les autres pays car il y a parfaite continuité dans les transformations.

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