XXII HISTORIQUE SOMMAIRE DES RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES
place à l'appréciation actuelle de l’évolution sociale du genre humain. L’horizon s'élargit de telle sorte qu'aujourd'hui c'est le sourire aux lèvres que nous parcourons les travaux de nos devanciers des débuts du siècle dernier. |
Cette révolution scientifique, ou plutôt cette évolution, prit naissance dans les découvertes faites en Europe des témoins de l’homme préhistorique. On se souvient des polémiques qu’excitèrent les trouvailles de Boucher de Perthes au voisinage d’Abbeville.
La question fut magistralement tranchée par les savants les plus éminents de l’Europe en ce qui regarde nos pays; mais les opposants continuèrent la lutte et, partout où des traces de l’homme préhistorique furent rencontrées, 1l fallut recommencer les discussions, fournir des arguments énoncés déjà vingt fois (1). ï
L'histoire des recherches en Égypte, dans l'Asie, dans l'Afrique du Nord n’est à ses débuts qu’un perpétuel recommencement des argumentations d'Abbeville. Puis les faits s'imposant, ces discussions se calmèrent peu à peu, et aujourd’hui le monde savant tout entier est d'accord sinon sur les détails, du moins sur les grandes lignes de l’évolution préhistorique.
C’est plus particulièrement pour l'Égypte que cette histoire des découvertes estintéressante. Les premiers indices de l’homme préhistorique dans ce pays furent signalés dès 1867 (2), et ce n’est que trente ans après, lors de l'apparition de mes Recherches sur les origines de l'Égypte (1896 et 1897) que la préhistoire égyptienne entra dans le domaine positif de la science.
Certes, je suis loin de revendiquer pour moi seul l’honneur d’avoir fait cette grande découverte, mais du moins ai-je conscience d’avoir, par mes recherches, fait taire les dernières critiques et établi scientifiquement que l'Égypte, comme les autres pays du monde à connu les industries de la pierre taillée, que ses habitants se sont perfectionnésS et sont parvenus à la civilisation dont on ne connaissait jusqu’à ce jour que l’épanouissement.
C'est à Arcelin que revient l’honneur d’avoir le premier découvert et signalé l’existence d’une industrie de la pierre dans la vallée du Nil (3).
Le 17 février 1867 il écrivait du Caire aux Matériaux: « Le temps me manque pour entrer dans plus de détails. Permettez-moi de m'en tenir simplement aujourd’hui à constater ce fait que la vallée du Nil renferme
(1) Pour la bibliographie complète de ces discussions, voir S. REINACH, Descr. raisonn. du musée de Saint-Germain-en-Laye, p. 87 (jusqu'en
“ « Dès 1896 on décrivait de beaux oulils de silex, finement taillés, dans la collection PAssA- LACOUA, en 1840 ceux du Musée d'antiquités égyptiennes des Pays-Bas. » (E. CanrTaILHAC, l'Anthropologie, 1892, p. 406.) Mais ces instru-
ments étaient considérés comme d'époque historique.
(3) En été 1867, au Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistorique, Wor- SAAE présentait quelques silex taillés rapportés d'Egypte et posait la question du préhistorique égyptien; mais déjà ARCELIN avait écrit du Caire, pour annoncer sa découverte