XX . AVANT-PROPOS
semble que jusqu’à ce jour on n’ait pas attaché aux causes naturelles de l’évolution humaine toute l'importance qu’elles méritent; car l’homme n’a pas été le maitre de ses destinées. Des forces supérieures, irrésistibles l'ont guidé, poussé, souvent même contre sa volonté, dans ces voies où nous le rencontrons dans les temps les plus reculés.
Avant d'examiner les destinées de l’homme en lui-même, nous devons donc étudier avec grand soin les phénomènes naturels au milieu desquels il s’est développé, nous devons chercher à connaître le milieu dans lequel il a vécu aux diverses époques ; et cette indispensable étude nous entraine sur un champ beaucoup plus vaste que ne ferait prévoir le titre que je donne à cet ouvrage. Ce sont les phénomènes naturels mondiaux qu’il importe d'envisager, avant d'entreprendre l’étude d’une région quelle qu’elle puisse être. Le champ est immense, mais nous ne saurions nous dispenser d’y entrer. |
HISTORIQUE SOMMAIRE DES RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES DANS L'ASIE ANTÉRIEURE, L'ÉGYPTE ET L’AFRIQUE DU NORD (!)
Jusque vers le milieu du xix° siècle l’attention des savants ne s'était pas encore portée sur les questions antérieures aux temps historiques. Longtemps on s’est cantonné dans le classique, et les découvertes de Champollion, de Rawlinson, d’Oppert,etc., sur la lecture des textes hiéroglyphiques et cunéiformes, n’avaient point été accueillies sans un extrême scepticisme de la part des hellénistes et des hébraïsants. Deux courants s'étaient de suite créés : celui des progressistes en quête d’une documentation nouvelle, et celui des retardataires combattant toutes les idées ne rentrant pas dans le cadre de leur érudition classique.
Ces deux partis, qui comptent chacun des noms illustres, luttèrent âprement, pendant toute la seconde moitié du xix° siècle et, finalement, les progressistes l’emportèrent aussi bien pour les questions historiques ét la traduction des textes antiques qu’en ce qui concerne les faits antérieurs à l’histoire, formant le trait d’union entre la géologie et les annales écrites.
Ce fut une lutte comparable à celles dont la politique nous offre le spectacle: chacun prit position suivant des traditions scientifiques, sa mentalité propre, son tempérament. Il y eut des conservateurs agissant plutôt par sentiment que suivant un raisonnement scientifique, des radicaux extrêmes culbutant par principe tout ce qu’on pensait avant eux. Il y eut enfin des progressistes modérés qui, peu à peu, ramenèrent les extrêmes à des idées plus justes, plus scientifiques, plus réfléchies. C’est ainsi qu’en cinquante années le vieux monde historique s’écroula pour faire
(1) Dans cet aperçu de l'histoire des recherches archéologiques dans les pays d'Orient et du nord de l'Afrique, je parle surtout des premiers travaux, de ceux qui ont ouvert le chemin des auteurs qu'on ne cite plus que rarement aujourd'hui et, parmi les études récentes, je ne tiens compte que de celles qui réellement ont fait
progresser nos connaissances, et dont on retrouvera les notes bibliographiques dans le cours de l'ouvrage. Établir la liste complète de tous les livres, de tous les opuscules qui ont été publiés sur un aussi vaste sujet qu'est la Préhis'oire orientale exigerait un volume entier, sans grand profit pour le lecteur.