EE \: À
F1: 232. — Représentation de la déesse Nana (Astarté), déesse de la fécondité.
- N° 1 à 3, Suse (terre cuite) ; 4-5, Egypte, Diospolis parva et Abydos (gneiss et calcaire); 6, Cnossos ; 7, Hissarlik (plomb) ; 8, Moule en stéatite du musée du Louvre ; 9, Adalia (stéatite) ; 10 à 12, Chypre terre cuile) ; 13, Kliceyac près Belgrade (terre cuite).
Anau et Suse, non seulement sur la peinture céramique, mais aussi sur l'existence de figurines, représentant des femmes, provenant de ses fouilles. Tout d’abord je ferai observer qu’aux temps quaternaires on représentait déjà la femme, assurément comme symbole de la fertilité ; ensuite que cette conception est venue chez bien d’autres peuples que ceux des steppes turkomanes et que, certainement, tous ces peuples ne l’ont reçue ni de la Chaldée ni de l’Elam.
Que la Syrie, l'Égypte, les îles et les côtes de la Méditerranée orien-
ÿ tale aient tenu cette idée religieuse des bords de PEuphrate et du Tigre, cela n’a rien qui puisse surprendre, encore que nous n’en ayons pas l’évidence ; mais, en ce qui concerne la Turkomanie, la Russie méridionale, le cours moyen du Danube (fig. 232, n° 13), cela paraît peu vraisemblable. Ce n’est assurément pas vers le plateau iranien que s’est épanchée la civilisation primitive de Suse et de la Chaldée, maïs bien vers l'Occident, en Syrie sur les rives du golle Persique, en Arabie, en Égypte. Pendant des siècles et des siècles, après la fondation de la première ville de Suse (1), les peuples du sud se sont développés sur eux-mêmes et les campagnes des rois d'Assour en fran, chez les Madaï et les Parsoua, paraissent être le début de relations suivies entre les Sémites et les tribus du nord.
On objectera que l’obsidienne de l’Alagheuz venait à Suse et dans la
Chaldée, que les cauries du golfe Persique ou de la mer des Indes remon-
taient, vers le nord, jusqu'aux steppes; mais’ce ne sont là que relations indirectes, de proche en proche, par une foule d’intermédiaires et ces vagues relations n’ont pas eu comme conséquence de répandre aussi loin la civilisation chaldéc-élamite. Nous en avons la certitude par les différences qui existent entre les industries des divers pays de l'Orient.
Syrie et Palestine. — Cette partie de l’Asie antérieure, nous l’avons vu, fut habitée aux temps quaternaires. J'ai moi-même rencontré entre Deïr-el-Zor et Damas, épars dans le désert, des coups de poing du type chelléen et des éclats retouchés et, dans les cavernes syriennes, à Ras-el- Kelb, Akbiyeh, Adloun et d'autres localités encore (2), les industries paléolithiques se montrent parfaitement caractérisées. Au point de vue archéologique cette région se relie donc à l'Égypte et à la grande province quaternaire de l’Afrique. Plus au nord, vers le Taurus, l'Amanus et, au delà, dans l’Asie Mineure et l’Anatolie, le Haut-Tigre etle Haut-Euphrate, c’est encore l'inconnu ; car aucune exploration méthodique n’a été faite de cette vaste contrée; cependant je ne connais pas d'instruments quaternaires qui proviennent de ces régions.
Nous ne possédons que fort peu de documents sur les premiers temps du métal en Phénicie et, ce que nous en savons nous reporte, quant aux formes et aux ornementations de la céramique, vers la Chaldée plutôt que vers les pays du nord. Aucune forme n’est commune entre les instruments de ce pays et ceux des dolmens tâlyches.
(1) Dans les inscriptions anzanites le cuivre Ces noms ne fournissent aucune indication utile porte deux noms différents : 1° Zwbar qui proba- quant à la provenance du métal, peut-être l'un blement est emprunté au sumérien Zabar ou au des deux termes correspond:il au cuivre pur et sémitique babylonien Sipparu ; 2 Sahi, qui l'autre au cuivre allié à l'étain. semble alterner avec le précédent et qui serait (2) Cf. G. Zumorren, {a Phénicie avant les Phépropre à la langue anzanite.(V. Scneix, in lilt.). niciens. L'Age de la pierre. Beyrouth, 1900.
Cependant il existe un point de contact très important entre ces deux civilisations dans l'existence de nombreux monuments mégalithiques en Syrie (1). Toutefois, il semble possible d'admettre que la pensée d’élever des constructions funéraires semblables soit née spontanément dans les districts divers où se rencontrent les dolmens. On opposera, à cette hypothèse, que ces districts sont trop rapprochés les uns des autres pour qu'il n’y ait pas éu relations de voisinage. Ce problème, encore rempli d’obscurités, ne sera définitivement résolu que le jour où, par l'étude des mobiliers funéraires dolméniques, on aura pu établir l’ordre chronologique dans lequel ces monuments ont apparu dans les différents pays.
Je dois ajouter que l'influence nordique en Syrie paraît non seulement aussi dans l'existence des acropoles, ou villes fortifiées placées sur des
Fire. 233. — Mobilier des sépullures de Tell et Tin (Syrie). Fouilles de J,-E. Gaurrer.
hauteurs naturelles (2), mais également dans les langues des Hétéens, des Mitanni et de quelques autres peuples du nord de l'Asie antérieure qui renferment d’indéniabies traces d’arianisme. Nous avons vu plus haut que dans le nord de la Perse les acropoles sont contemporaines des dolmens, c’est-à-dire de l’industrie du bronze. Ces forteresses sont innombrables en Asie Mineure, en Grèce, en Italie et jusque dans les Gaules (3). En Égypte, comme en Chaldée, comme en Elam, les premiers habitants n’ont pas, quand ils le pouvaient faire, choisi pour fonder leurs villes des lieux élevés, défendus par la nature. Ils ont construit dans la plaine, dans les vallées, méme alors que des hauteurs voisines s’offraient à leurs regards et, dans ces pays, de même que dans l’ouest et le sud du plateau iranien, on ne voit
(1) Cf. Hucues VinceNT, Canaan, 1907, p. 410- villes cananéennes, pl. I et II. 412, 412, 417, 419, JANSSEN et SAvIGNAC, Mission (3) Cf. entre autres ouvrages, les belles études archéologique en Arabie, 1909. du docteur A. GueBxarD sur les enceintes pré- (2 Cf. H. Vincenr, Canaan, p. 22, chap. I". Les historiques, dans les Bull. Soc. préhist. de France.
jamais trace d’acropoles de haute époque. Le site d'Echatane (Hamadan), décrit par Hérodote, ferait exception à cette règle si nous ne savions que la colline, de petites dimensions d’ailleurs, était occupée par le palais des rois mèdes et que la ville, beaucoup plus ancienne que le palais, se trouvait à ses pieds, dans la plaine (1).
Ces remarques sont, à mon sens, fort importantes ; car elles accentuent les différences qui existent entre les civilisations du nord asiatique et celles des pays raéridionaux, sauf en ce qui concerne la Syrie. La limite séparant ces deux grandes zones est, à peu de chose près, la même que celle entre l'usage de la faucille métallique et celui de l’instrument de bois armé de silex.
: L'Égypte. — J'ai montré dans le volume précédent et dans les études spéciales (2), que la civilisation préhistorique de l'Égypte a été, dans une large mesure, influencée par la culture saméro-akkadienne ; aussi, comme
“on s’y devait attendre, ne trouve-t-on aucun lien commun entre les indus-
Fic. 234. — Instruments de bronze de l’'É
tries préhistoriques de la vallée du Nil et celle des dolmens de la Perse. En Égypte, les tombes dolméniques sont une exception; les sépultures, aux temps prédynastiques, se faisaient à même la terre (3). Cependant, peu à peu, vers l’époque de la Ir dynastie, l’usage est venu de renférmer les cadavres dans des chambres dont les murailles étaient faites de briques crues et le plafond d’une large dalle. Primitivement le cadavre était couché
(1) Cf. JDE MorGan, Mission se. en Perse. t TV: les très rares cha éni Ë ù M ; à se, à mbres dolméniques de l'Égy te 1 partis, p. 235 (Ecbatane) et la carte pl. XVIII. puissent être considérés RAR, se tache (2) L'Anthropologie, 1921. aux constructions mégalithiques de la Syrie et
(3) Je ne pense pas que les cercles de pierre et du nord,
sur le côté, tout comme dans les dolmens du Tâlyche, et accompagné d’un mobilier funéraire parfois d’une très grande richesse (1).
Fi. 235. — Céramique égyptienne prédynastique.
Ce mobilier, tant par ses instruments de cuivre et de bronze (?) (2) que
(2) En Égypte le bronze d'étain semble ne se
(1) Cf. J. De MorGax, Recherches sur les origines montrer qu'à partir du règne de Snéfrou (fin de la
de l'Égypte, 1896 et 1897, 2 vol.
par sa céramique rappelle la Chaldée et l'Elam, plutôt que toute autre Civilisation. Les premiers instruments sont en cuivre, comme à Suse, et ce n’est qu’au cours de l'Ancien Empire qu'est apparu le bronze. Mais le cuivre, tout comme l’étain, n'étaient pas des produits indigènes. J'ai fait jadis justice de l’opinion qu’on avait sur la production du cuivre dans les mines du Sinaï. Ce métal était donc importé dans la vallée du Nil, de même que certainement l'avait été sa connaissance. L'Égypte ne joue done, dans l'étude des origines de la métallurgie, que le seul rôle de nous
pe CHERE
Fra. 236, — Céramique égyptienne peinte prédynastique.
venir en aide, par sa longue histoire, dans l'établissement de la chronologie des faits qui se sont passés en d’autres pays.
On remarquera que dans tout le sud de l’Asie antérieure (Elam, Chaldée, Syrie, Palestine) et en Égypte l’épée longue fait absolument défaut ; que le glaive, même chez les Assyriens et les Égyptiens pharaoniques, n’est qu'un long poignard ; que, dans ces mêmes pays, la hache offre des formes particulières, sauf toutefois la hache plate inspirée par l’instrument de III: dynastie commencementdelaIV®).[Cf F1.PE- : 1896]. Mais il semble que ce soit au Moyen Em-
TRIE, Ars et Métiers de l'ancienne Égypte. Trad.fr. pire seulement que le bronze d'étain devint d'un Paris, 1912, J. DE MorGan, Rech. orig. Egypte, LI, usage industriel général dans la vallée du Nil
pierre ; que les arts céramiques sont, dès les débuts, extrêmement perfec- . 2 » Q d à . “ < tionnés et que l’art (peinture, sculpture, gravure, dessin) est très développé, tous caractères qui éloignent les civilisations de ces régions de celles du nord.
Le monde égéen (1). — Les récentes découvertes qui ont été faites dans les îles et les territoires de la Méditerranée orientale ont projeté une lumière toute nouvelle sur les origines de la civilisation dans ces pays ; mais, bien des auteurs se sont laissés entrainer par leur enthousiasme pour
F1c. 237. — Instruments et armes de bronze égéo-mycéniens.
ce chapitre de l’archéologie nouvellement ouvert et, à mon avis, ont dépassé, dans les conclusions qu’ils en tirent, les limites de la portée, déjà très grande, de ces antiques cultures dans l’évolution générale du progrès.
(1) Dans une fort intéressante étude (/'Anthropologie, t. XXI, 1910, p.-425-434) , J. DÉCHELETTE, passant en revue mes découvertes du sud-ouest de la mer Caspienne, croit pouvoir reconnaitre une influence égéenne au Caucase et donne des aperçus très clairs en faveur de son opinion ; mais il élait de mode à celte époque de placer l’'Egée en premier plan, d'en faire un foyer initial de culture, civilisation qui, à coup sûr, a exercé une profonde influence dans le bassin méditerranéen. Je ne puis pas, toutefois, suivre mon regretté confrère dans le voyage qu'il fait faire à la culture égéenne en Orient. Tout au contraire,
pour les raisons que j'expose au cours de ce chapitre, j'estime que le courant s'est produit en sens inverse, des pays transcaucasiens et circaucasiens vers la Thrace et la mer Egée. Quant aux armes de type cypriote conservées dans les collections du chah de Perse, il n’y a pas lieu d'en faire grand état, car leur provenance est incertaine. D'ailleurs l'apparition de quelques gens venus de l’Egée, sur la bordure du plateau iranien, à une époque relalivement tardive, n'a rien qui doive surprendre et ne légitime pas les déductions étendues qu'en tire J Déchelette,
Un savant de premier ordre, entre autres, homme d’un grand avenir que la guerre vient de faucher à la fleur de l’âge, Joseph Déchelette, dans son magnifique Manuel d'archéologie celtique et gallo-romaine, reporte à l’influence égéenne bien des faits dont l’origine, je pense, doit être cherchée ailleurs : d’autres (1) ont mis en parallèle la culture égyptienne et celle de la Crète, les considérant comme étant d’égale antiquité; je ne partage pas leur manière de voir.
À l’époque de la première dynastie égyptienne, les habitants de la Crète en étaient encore à la phase énéolithique de leur civilisation. Ils ont été
December 19484. È
Fic. 238. — Tombe cypriote avec son mobilier funéraire (d’après Ricaren).
plus tard seulement, comme d’ailleurs l’ensemble des peuples de la mer Égée, désignés par les Égyptiens sous le nom de Hanebu, mais au temps des dynasties pré-thinites n'étaient probablement pas connus. Certainement il exista, de bonne heure, des relations entre les gens de la vallée du Nil et ceux des iles méditerranéennes, mais ce n’est qu’au début du xx° siècle (2), sous la xri° dynastie, que nous trouvons la preuve de ces communications. Or, à cette époque, les îles de la mer Égée étaient en pleine culture du bronze.
(4) En. MEYER, Gesch. d. Altertums. (2) Chronologie réduite.
Ce n’est pas ici la place d’étudier les diverses écoles de la céramique égéenne et de rechercher leur origine ; je l’ai fait dans d’autres travaux (1), montrant que, suivant mon avis, la technique des potiers dans cette région est venue de la Chaldée, par la Syrie, se greffant sur la poterie rustique dés origines (2); quant à l’art de la Crète, il semble être né spontanément peu de temps après la colonisation de l'ile, c’est-à-dire lors de l’apparition du métal; avoir évolué sur lui-même, puis s’être développé en faisant à
F1G. 239. — Tombes cypriotes et leur mobilier funéraire (d'après Ricnrer).
l'Égypte et à la Chaldée de nombreux emprunts. Certains motifs, tels que les griffons affrontés, les figurines de la déesse Nana, la Colombe, la tête de Taureau, le Serpent, etc., remontent, en Elam, à la plus haute antiquité ; le swastika lui-même était connu en Susiane dès les temps de la seconde céramique peinte. Mais, aux influences égyptienne et asiatique, viennent se joindre d’autres éléments beaucoup plus anciens. « Du peuplement primitif de la mer Égée, dit M. R. Dussaud (3), on ne peut rien dire, sice n’est
(4) Les Premières Civilisations, 1909, p 201. salion minoenne. Les vases à dessins géométri-
(2) La céramique rustique incisée à incrusta- ques sont à Athènes contemporains de l'usage du tions blanches se rencontre également en abon- fer, donc de l'invasion dorienne (PErroT et Cuidance à Tirynthe, à Mycènes, dans l’Acropole PIEZ, Hist. art., t. VII, p. 154, p. 162). d'Athènes, à Corinthe, où elle est contemporaine. (3) Les Civilisations préhelléniques, ete., ?° édit.,
de vases peints très primitifs, restes de la civili- 1914, p. 442.
d6 PRÉHISTOIRE ORIENTALE
qu’il a commencé à l’époque néolithique et que l’industrie atteste une origine européenne, ou tout au moins méditerranéenne. La direction de ce mouvement vers l’est explique que les apports de population en Crète, aient été très importants, tandis que Chypre ne reçut qu’un petit nombre d'habitants, »
Tout comme en Égypte, en Chaidée, en Elam et dans le nord de la Perse, nous voyons, dès les débuts de l’industrie du cuivre paraître, dans le monde égéen, la hache plate, le poignard triangulaire ; puis viennent
Fire. 240, — Vase de Kamares (île de Crête).
le poignard avec sa poignée fondue d’un seul morceau et la longue épée, deux formes nordiques très caractéristiques, et la lance à douille, qui est de tous les pays. |
Russie méridionale. Hongrie. — Les formes qui s'offrent à nous dans le nord du Caucase, dans les plaines de la Russie méridionale et centrale et le bas Danube, montrent un mélange d'instruments extrême-asiatiques et tälyches : on y voit la hache à douille (fig. 241, n°s 3 à 5) qui, sous diverses variétés, se montre depuis la Chine, jusqu’à l’extrème pointe de l'Europe occidentale, la hache à œil (fig. 241, n° 1 et 6) du nord de la Perse, la hache sibérienne (fig. 241, n° 7 et 8), la tête de lance à douille (fig. 241, n° 11) qui est de tous les pays, enfin l'épée (fig. 244, nes 9 et 10).
Quant à la céramique, elle rappelle celle des temps néolithiques et porte des ornements géométriques.
Il est à remarquer que, dans le bas Danube et la Hongrie, les instruments de cuivre pur sont très nombreux et il semble que cette phase de la
métallurgie ait été, dans ces pays, de longue durée. Ce fait s’explique par l'abondance des minerais cuivreux dans la Transylvanie et par l’éloignement dans lequel se trouvaient ces districts par rapport aux foyers producteurs de l’étain. Une hache votive d’or (fig. 241, n° 1), rappelle que les
“ “lU)] TNT
jf
nie
Fic. 241. — Instruments .et armes de bronze de Hongrie (d’après A. DE MorTrirer, Musée préhistorique).
montagnes qui, à l’est, limitent la Hongrie sont également très riches en filons de quartz aurifère.
Occident européen. — Je n’entrerai pas dans les détails de l’industrie du cuivre et du bronze dans les pays de l’occident de l'Europe, et n’insisterai que sur les similitudes qu’on y rencontre entre les objets et ceux des nécropoles tälyches, et quelques particularités communes.
L'industrie du cuivre est représentée en France, en Espagne ct dans les pays voisins, par des haches plates et des lances triangulaires accompagnées, dans les sépultures, par des instruments de pierre. Les morts, à cette époque, sont comme au Tälyche, couchés sur le côté, les membres repliés.
Quant aux monuments funéraires, ils sont en tout semblables à ceux du Tälyche et du nord du Caucase : ce sont les dolmens plus ou moins
grands présentant absolument les mêmes caractères architecturaux. Nous avons vu plus haut que l’âge des monuments mégalithiques de l'Occident n’est pas déterminé d’une manière sûre, dans bien des cas, et que ceux qu'on attribue aux temps de l’industrie néolithique n’ont certainement été construits qu’alors que le métal était connu, mais encore rare.
D'ailleurs, j'ai déjà dit combien l'existence même du Néolithique, en tant que représenté par la hache polie, est problématique dans bien des pays.
L'industrie du cuivre et celle du bronze dans l’ouest de l’Europe se partagent, d’après les mobiliers funéraires des tombeaux, en quatre phases ; mais ces phases sont arbitraires ; car, en réalité, l’évolution de ces industries s’est produite progressivement, et s’est même prolongée alors que
Fi. 242. — Squelette de la KA ME sépulture-énéolithique de le fer était déjà en usage.
. Fontaine-le-Puits(Savoie). Les mobiliers funéraires de l'Occident sont
très variés. Dans les plus anciens tombeaux on rencontre, avec des instruments de pierres, rares, mais d’une remarquable beauté et des pointes de flèches en silex d’une taille très habile, des haches
Fic. 243. # Dolmens de France. N° 1, Brantôme (Dordogne) ; n°2, Table des Marchands Locmariaker (Morbihan) ; n° 3, Krukenno (Plouharnel, Morbihan) ; n° 4, Lauzo (Dresae Ardèche) ; n°5, Grammont, près Lodève (Hérault) ; n° 6, Trie-Château (Oise).
Fac. 245. — I: et Il: phases du bronze en Europe occidentate.
métalliques plates, des lances triangulaires, munies ou non d’une soie d’emmanchement et de menus objets, épingles, poinçons, etc. La céramique est grossièrement rustique et porte des ornements très simples lissés ou gravés légèrement.
Avec la seconde phase du bronze apparaissent les épées et les poignards à poignée fondue d’un seul jet, avec la lame analogues à ceux que nous rencontrons lors de la troisième phase du bronze tâlyche, et les vases portent des ornements géométriques très simples, mais obtenus par inci-
2422 g AA SIT
anne AAANRAANANS
Fig. 246. — IIf[° et IV° phases du bronze en Europe occidentale.
sion profonde dans la pâte molle ; la ciselure sur métal fait son apparition, et l’on voit, en Europe centrale et occidentale, se montrer des haches de formes spéciales, inconnues dans les pays orientaux.
La troisième phase du bronze européen présente en toutes choses des goûts beaucoup plus affinés que ceux des pré-Tàlyches, tant dans la fabrication des armes que dans celle des bijoux et dans la céramique ; les formes des lames demeurent les mêmes, mais la hache, le bracelet, les épingles à tête, la céramique, offrent les caractères d’une culture très développée.
Le progrès s’accentue à la quatrième phase du bronze occidental: la hache à douille fait son apparition, en même temps que la fibule, le torque, et l’on sent dans ces séries une influence très marquée de l'esprit hallstattien. Cette période paraît faire la transition entre l’industrie du bronze et celle du fer.
Dans les pays du nord, en Scandinavie (1), la plus ancienne phase du bronze est plus développée, plus riche encore que la dernière dans nos pays ; c’est que le bronze n’est parvenu que beaucoup plus tard dans ces régions.
En Italie, en Espagne, aux influences nordiques sont, de bonne heure, venues s’ajouter celles des cultures méditerranéennes et il en est de même dans la Thrace ; mais le nord de l'Afrique, sauf l'Égypte, avant l’apparition des Phéniciens à Carthage, semble avoir été bien déshérité en ce qui concerne l’industrie du métal. *
Il s’est ainsi formé, dans notre occident, une foule de provinces du bronze, suivant la nature ethnique des diverses tribus; suivant la richesse plus ou moins grande en métaux des districts habités par ces tribus; suivant que les contacts avec les civilisations méridionales étaient plus ou moins étroits et suivant aussi mille causes qui nous échappent aujourd’hui, et cela se conçoit aisément : car l’apparition du bronze s'étant, dans les divers pays, produite à différentes époques, l’enseignement fut plus ou moins étendu, plus ou moins spécialisé et cet enseignement, s’appliquant à des goûts locaux, devait forcément amener une grande diversité dans les modes de développement. Si, au contraire, en plusieurs districts de l’Europe, les indigènes avaient inventé la métallurgie du cuivre et de l’étain, les caractères régionaux des produits manufacturés se seraient encore plus accentués.