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CONCLUSIONS

Quand on analyse, du point de vue du vocabulaire, les textes des anciens auteurs grecs, on est frappé par la présence, dans le lexique des Hellènes, d’un assez grand nombre de mots qui n’appartiennent pas au patrimoine linguistique grec, et ces mots sont d'autant plus nombreux que les textes sont plus anciens (2). C’est donc que dans les débuts de leur établissement en Hellade ou bien au cours de leur migration, les Grecs se sont trouvés en contact avec des peuples de parler complètement différent du leur. Or, ces mêmes mots ne se rencontrent pas dans les langues sémi-

(4) Cf. O. Mowtezius, Antiqg. suédoises. Stock. (2) C£ C. AuTRan, les Phéniciens, 1920, p.12 holm, 1873-75.

tiques parlées par les voisins des grecs et, s’il s’en trouve parfois, ils sont aussi étrangers aux Sémites qu'ils le sont aux Grecs. Ce lexique n'étant ni indo-européen, ni sémitique, ni égyptien, appartient donc à une couche humaine étrangère aux groupes linguistiques que nous venons de citer, couche fort ancienne au milieu de laquelle ont évolué les nouveaux venus

sémites et aryens.

En comparant entre eux les termes anaryens et non sémites, en poin-

tant sur la carte la position dans laquelle ils nous apparaissent, nous sommes amenés à définir une vaste région comprenant toute l’Asie antérieure, jusqu’à l'Arménie, l'Égypte, le sud de la Thrace, les îles Egéennes, et, plus loin vers l’ouest encore, l’Italie et les grandes iles.

Si, d’un autre côté, nous examinons les noms des pays vaincus par les Assyriens et dont leurs inscriptions triomphales fournissent la liste, si nous les plaçons sur la carte, autant que faire se peut, nous voyons paraître une multitude de petits États dont les noms n’ont rien d’aryen et rien de sémitique (1).

Enfin, si nous considérons les langues non sémitiques et anaryennes qui sont parvenues jusqu’à nous, l’Ourartien, l’Elamite, le Carien, le Lycien, le Cilicien et les ruines du Sumérien, nous nous trouvons en présence d’une famille linguistique complètement étrangère, n’ayant, non seulement aucun lien commun avec les parlers des envahisseurs venus tant du nord que du sud mais, pour beaucoup, n’ayant pas d’affinités entre elles.

Nous sommes done amenés à voir, dans les temps extrêmement reculés, l'Asie antérieure habitée par des peuples de vieille souche, les Asianites, représentés aujourd’hui par les Caucasiens, débris rejetés vers le nord, dans les montagnes, par les progrès des Sémites et l’arrivée des Aryens. Tous ne quittèrent pas leur patrie, beaucoup s’en faut, mais ceux qui n’émigrèrent pas se sont peu à peu fondus dans la masse de leurs maitres. C’est là, dans les montagnes du nord de l’Asie antérieure, que serait née la métallurgie, dans cette région riche en minerais, que les Asianiques auraient fait faire au monde le premier grand pas vers la civilisation ; et c’est aussi de là que seraient partis les colons de la Mésopotamie, “ la Chaldée, de l’'Elam, de la Phénicie, de l’Égée, de l'Égypte, alors que le grand courant des peuples sibériens, qui se dirigeait vers nos pays, y apportait les connaïssances métallurgiques.

Il résulte de ce que je viens d’exposer que l'introduction de la métallurgie du cuivre, et plus tard du bronze d'étain, dans l'Occident et le centre de l’Europe, est le résultat d’une invasion de nos pays par des tribus venues de l'Orient, invasion dont nous pouvons suivre les traces, en remontant son

(1) CF. J. pe MorGan, Mission au Caucase, t. II, 1889, Ethnogr , elc.

cours, depuis les côtes de l’océan Atlantique jusqu'au Caucase et au nord de la Perse ; que des vagues successives, détournées de ce grand flot, se sont répandues sur la Thrace, la Grèce, l'Asie Mineure, ont gagné la Crète, déjà très évoluée, donnant naissance aux diverses cultures méditerranéennes, tandis que l’Asie antérieure et l'Égypte poursuivaient leur destin en un monde à part.

On admet généralement aujourd’hui que les métaux, le cuivre d’abord, l’étain ensuite, ont fait leur apparition dans l’occident de l’Europe vers le milieu du IIIe millénaire avant notre ère et que, dans les mêmes pays, l’industrie du bronze était dans tout son éclat, pendant toute la durée du Ile millénaire ; or, nous l’avons vu, les débuts de la métallurgie, dans le nord de l’Asie antérieure et Le sud de la Russie, paraissent être liés intimement : avec l’art des bâtisseurs de dolmens ; nous nous trouvons donc là en présence de faits dépendant les uns des autres, groupés, bien que provenant vraisemblablement d'origines diverses.

La date de 2500 avant notre ère, proposée par O. Montelius et acceptée par Déchelette dans son Munuel d'Archéologie préhistorique ne semble pas être assez élevée, si nous la comparons avec celles que, pour l'Orient, nous possédons avec plus de certitude ; mäis cette date, même en ce qui regarde l'Occident, ne peut étre considérée comme une limite absolue de la phase néolithique. Il tombe sous le sens que la connaissance du cuivre n’a pas débuté en mème temps dans tous les pays, que bien des districts n’ont connu le métal que plus tardivement et que, dans beaucoup de régions, par suite du manque de minerais, le cuivre, bien qu’il füt connu, n’était pas d'usage courant. C’est ainsi, nous l’avons vu, que les bâtisseurs : de dolmens du sud-ouest de la France employaient les instruments métalliques, alors que dans l’Armorique on faisait encore uniquement usage de la pierre polie et éclatée.

On place vers l’an 3000 l'apparition du cuivre dans les iles de la Méditerranée orientale et dans la Troade, et l'on admet, sans certitudes d’ailleurs, que l’industrie du cuivre s’est introduite alors chez des populations qui en étaient encore à la culture néolithique. Cette hypothèse repose entièrement sur la convention que les terres en question ont toujours été peuplées. Or, nous avons vu qu’il n’en est rien, que les îles de l'Égée sont demeurées très longtemps sans habitants et que leur population la plus ancienne doit sa présence sur ces terres à la colonisation qui, en Crète et à Chypre, parait être d’origine asiatique. [1 ÿ a donc lieu seulement de rechercher si les colons de l’Égée, de la Grèce et de la pointe occidentale de l'Asie Mineure en étaient encore à l’industrie néolithique, ou s'ils connaissaient le métal. Or, c’est en Crête seulement qu’on rencontre des couches faisant songer à l’industrie néolithique, et encore ai-je montré que

cette assimilation n’est pas acceptable, que partout, dans l’Égéis, les restes de la plus ancienne civilisation sont nettement énéolithiques. Les mêmes constatations dans la Mésopotamie portent à conelure que tant en Chaldée qu’en Mésopotamie, et dans les îles de l’Égée, les premiers colons étaient en possession du cuivre.

Mais il ne faudrait pas se baser sur ces considérations pour attribuer à la même époque la colonisation de tous les districts continentaux et insulaires. Il est bien certain que le peuplement de la Chaldée, de l’Elam et de quelques régions de la Mésopotamie est le plus ancien, et cette constatation ne permet pas de préjuger de ce qui s’est passé dans les pays méditerranéens. Quand ces dernières régions ont été colonisées, l’Aste et l'Égypte étaient peut-être déjà parvenues à un degré très avancé de civilisation, en pleine période historique. Maÿs il ne faut certainement pas relier les premiers mouvements de peuples dans l’orient de la Méditerranée à ceux qui ont apporté, dans l'Europe centrale et occidentale, la connaissance de la pierre polie et du cuivre. Les nombreuses similitudes dans la forme des armes et des instruments primitifs ne me semblent pas résulter, comme le pense Déchelette, d’une expansion de la culture égéenne, maïs bien d’une origine commune des tribus qui ont, beaucoup plus tard, colonisé l'Égée et de celles qui se sont répandues dans nos pays. Il y aurait alors eu dérivation vers le sud d’une partie des courants qui se dirigeaient vers l'Ouest et ces branches, descendant de la vallée du Danube, auraient envahi la Macédoine, la Thrace, la Grèce (1), l'Asie Mineure occidentale, les Cyclades, Chypre et l’île de Crète; cette dérivation du courant nordique ñ'a certes pas été unique, les flots ont succédé aux flots, Phistoire ellemême nous l’affirme.

Loin de moi la pensée de refuser à l’Égée l’influence considérable dont nous retrouvons tant de traces dans la Méditerranée, de nier ses relations avec la Syrie, avec l'Égypte, avec la Susiane même, par l'intermédiaire de la Phénicie; mais ce rôle est postérieur aux époques qui nousintéressent ; dans la présente étude nous n’avons à envisager que les débuts, que les faits capables de nous renseigner quant aux origines de la métallurgie et à sa propagation.

Ce n’est pas ici le lieu de discuter au sujet de la chronologie générale, je Pai fait dans les pages qui précèdent; de fournir les arguments permettant de faire un choix entre la chronologie de Nabonid et celle dite « réduite ». Il nous faut adopter l’une quelconque de ces théories, car il ne s’agit pas ici d'évaluation précise des dates, mais bien d’époques relatives les unes par rapport aux autres. Si nous acceptons, pour les débuts de la

(1) Cf. Huserr Scamipr, Troja, Mikene, Hungarn, ds. Zeitsch. f. Ethnot., 1904, p. 608. (Industrie mycénienne).

Ire dynastie égyptienne pharaonique, la fin du Ve millénaire, nous sommes obligés de reporter vers 4500 l’arrivée des colons asianiques dans la vallée du Nil.et, par suite, au VIe millénaire la fondation de Suse par les proto- Elamites et des villes de la Chaldée par les Sumériens. Nous nous trouvons ainsi amenés à placer dans le VI° ou même le VIT° millénaire les débuts de la culture susienne, dans des pays que nous ne connaissons pas. C’est donc vers 6 ou 7.000 ans avant notre ère qu’auraient eu lieu les premiers essais métallurgiques dont la Chaldée et l'Égypte ont profité par la suite.

Ces dates comparées à celles du passage en Thrace et dans l’Égée du courant nordique foumnissent un écart de 2.000 ans pour le moins, longue période au cours de laquelle l’industrie du métal aurait sommeillé dans la plupart des pays. Il faut donc déjà scinder les origines métallurgiques en deux parties : celle dont les effets se sont fait sentir en Chaldée, en Élam et en Égypte et celle qui, probablement plus tard, a porté son influence sur l'Europe. Mais la présence du cuivre dans lès grottes de la Marne nous reporte à des temps sireculés qu’on les peut croire à peu de chose près contemporains de la première colonisation susiane.

Chercher quel a été le foyer d’où est sortie la culture métallurgique chaldéo-élamite, c’est en même temps s’efforcer de pénétrer le mystère des origines susiennes, de cette céramique si complètement stylisée qui, forcément, implique un long développement effectué dans un autre pays que la Susiane ; or, nulle part dans l’Asie antérieure, nous n’avons encore rencontré la moindre trace des premiers efforts de cet art céramique si particulier. Ce n’est pas, à coup sûr, dans le Kurdistan ou le Louristan, entre l’Ararat et la Susiane, car j'ai longuement étudié cette région et n’y ai jamais rencontré autre chose que des traces de diffusion de la seconde poterie peinte susienne. Restent les montagnes de l’Arménie, celles situées au sud de la mer Noire et les massifs qui forment le bord du plateau iranien vers le golfe Persique, régions encore inexplorées.

En ce qui concerne l'Égypte, nous n'avons pas à chercher d’où lui est venue la connaissance du métal, puisqu'elle la tenait des Asianiques ; avaitelle trouvé le moyen de s’approvisionner de cuivre en dehors de l'Asie au temps des Thinites, c’est peu probable ; car, à cette époque, le métal est,

‘encore extrêmement rare et aux temps historiques nous ne savons pas quels districts miniers lui fournissaient la matière première en dehors de l’ile de Chypre. Ce n’était certes pas la presqu’ile sinaïtique, dont les mines étaient si peu productives, ce n’était pas non plus le Haut Nil, pays où les indigènes paraissent être passés de l’industrie néolithique à celle du fer, sans l'intermédiaire du bronze. Peut-être ce foyer producteur était-il en Arabie, mais nous ne pouvons rien affirmer à cet égard.

Nous avons vu que ni les Indes, ni les pays indo-chinois et malais,

malgré leur extréme richesse en étain, ne peuvent être considérés comme des foyers primitifs de la métallurgie ; c’est donc plus près de la Chaldée qu'il faut chercher, en ce qui regarde la connaissance du cuivre chez les Suméro-Akkadiens d'époque historique et les Elamites.

Et cependant ne doit-on pas ces incertitudes plutôt à de défectueuses interprétations des faits, qu’à la pénurie des renseignements ? N’a-t-on pas été chercher bien loin, parfois même hors des limites du simple bon sens, l'explication des faits qui paraissaient être en contradiction les uns avec les autres ? N’a-t-on pas séparé des événements, des notions qui devaient être réunis, qui l’étaient naturellement ; n’a-t-on pas au contraire groupé des faits n’ayant entre eux rien de commun ?

La question de l’origine, de l’usage et de la diffusion des dolmens, que je considère comme intimement liée, dans beaucoup de pays, à celle de la métallurgie, a fourni matière à d'innombrables publications et, jusqu’ict, personne ne l’a “pu trancher d'une manière satisfaisante. L'une des thèses les plus récentes, eten même temps des moins acceptables, est celle d'Errror Surru (1), qui fait descendre ces monuments négalithiques des mastabas de l'Égypte, tombeaux qui, comme on le sait, dérivent de la sépulture simple, en passant par le ciste de briques crues.

Sans insister sur l’origine égyptienne que l’auteur attribue aux monu ments de briques crues de la Haute Égypte, au lieu de l’accorder à l’Asie, comme il eùt été juste, je ferai simplement remarquer qu’il serait bien singulier qu’un monument compliqué, évolué, comme est le mastaba, dès les premières dynasties, se füt propagé sous une forme tout à fait rudimentaire et se soit répandu dans toutes les régions dolméniques, sans aucun changement, se montrant partout semblable à lui-même, depuisla Bretagne et l'Irlande jusqu’à la Corée, au Japon, à Madagascar, au Pérou et à | Amérique du Sud (2). L'existence des dolmens dans le Nouveau Monde et dans les pays les plus reculés de l'Asie montre combien il faut se méfier des théories générales au sujet des dolmens.

Il est certain que la fosse garnie de briques crues couverte d’un épais plancher, ou d’une grosse dalle de pierre, appartient à la même conception de la protection du cadavre que le dolmen breton ou scandinave ; mais cette similitude n'autorise en aucune manière à réunir ces sépultures dans un groupe unique et à déclarer que l’une procède de l’autre.

Qu'un type plus ou moins évolué d'architecture se transporte, cela n’a

(1) Eccror Smira, The origin of the dolmen. Rep. blables aux mégalithes du Kouban. D'autres mo- Brit. Assoc., 1913, et Man. p. 173. numents du même type sont formés d'une assise

(2) Le sol de la Bolivie est couvert de monu- de pierres sèches de petites dimensions sur laments très nombreux. Certains sont particuliers quelle est posée une énorme dalle. (H BEucxar, à celle partie de l'Amérique du Sud, tels les dol- Manuel, p. 576, d'après ErLAND NoRDENSKIôLD, mens avec plaque latérale percée, en tout sem- 1906.)

rien que de très naturel, mais qu’il se transforme en un type beaucoup plus primitif .que lui-même et que ce type secondaire conserve dans son expansion une unité absolue, cela n’est pas admissible. Il y a dans le mastaba et le dolmen des idées qui paraissent être les mêmes et ne le sont peut-être pas, mais sans doute il y a là deux manifestations dont l’origine ne peut être commune, le bon sens l'indique ; les découvertes de dolmens le prouvent sans contestations possibles.

Mais les conséquences de cette assimilation sont plus graves encore que la confusion elle-même, elles obligent l’auteur à faire sortir de la vallée du Nil la migration des dolmens, à faire de l'Égypte le foyer de toutes les civilisations, de toutes les cultures ; à faire partir de ce coin de l'Afrique les routes par lesquelles s’est répandue la civilisation dans le . monde entier, théorie qui ne résiste pas à la moindre critique sérieuse. Ce que j'ai dit au sujet des dolmens me dispense de réfuter les arguments de M. Elliot Smith. ;

Nous pouvons aisément suivre le courant dolménique spécial à nos régions dans sa marche d'Orient en Occident, vers nos pays européens, nous le voyons s'étendre jusqu’à l'Extrême-Orient asiatique ; pour le vieux monde les choses se sont passées d’une manière rationnelle, en concordance parfaite avec ce que nous savons des migrations des peuples ; mais ce phénomène n’a rien à voir avec l'Égypte, il est de plusieurs millénaires postérieur aux rites funéraires prédynastiques. L’Égypte était alors dans toute la magnificence de son art naissant et, si elle répandait ses leçons à l'extérieur, elle n’inspirait certainement pas l’idée de bâtir des monuments aussi grossiers que sont les dolmens.

On doit reconnaitre qu’il existe dans le vieux monde primitif, aux débuts de la métallurgie, deux régions bien distinctes, celle du sud et celle du nord. La première, caractérisée par des formes spéciales dans l'armement, comme dans l'outillage, par des goûts artistiques naturistes, par le développement d'écoles céramiques très particulières, de la poterie peinte, par l'usage de la faucille de bois armée de silex, enfin par des tendances à transformer en écriture hiéroglyphique la pictographie, à figurer la pensée. Cette région couvre la Mésopotamie, la Chaldée, l'Elam, tout le sud-ouest dû plateau iranien et les montagnes qui le bordent, elle comprend la Syrie, l'Égypte, peut-être même l'Arabie.

La province septentrionale est beaucoup plus vaste : elle couvre la Sibérie, le nord de la Perse, la Transcaucasie, le nord de l’Asie antérieure, toute l'Europe et, dans les îles égéennes, elle se rencontrera bientôt avec la province méridionale. Cette province nordique du cuivre est caractérisée par l'épée longue, la hache à douille, la faucille métallique, par un grand nombre de formes spéciales dans les armes et les instruments, par une

céramique rustique ornée à la pointe ou au lissoir, par des goûts artistiques ne comprenant, au début, que le décor géométrique et plus tard un style naturiste spécial, enfin par l’architecture mégalithique.

Comme on le voit les caractéristiques des deux provinces sont nettement différentes ; ainsi n'est-il pas possible de suivre M. Elliot Smith et d'admettre que la culture de la seconde région procède de celle de la première. Il y a là deux éléments complètement étrangers l’un à l’autre au début, et qui ne se fondront, partiellement, que beaucoup plus tard.

On admet généralement que le courant nordique marchant d’est en ouest est arrivé dans la basse vallée du Danube antérieurement à l’an 3000 puisque, vers cette époque, 1l émettait une dérivation dans le monde égéen, mais ce courant est bien loin d’être le premier : d’autres, beaucoup d’autres l’avaient précédé. Je ne partage certes pas l'opinion de M. R. Dussaud quand il dit (1) « que la région thessalienne constituaitune large barrière entre le monde égéen et les peuples balcaniques », je suis d’avis plutôt qu'après avoir franchi le Danube, les peuplades du nord n’ont connu aucun obstacle dans leur mouvement vers le sud (2). Quoi qu’il en soit pour ces tribus, le Danube et la Thrace n’étaient que des points d’arrêt dans leur course. Elles venaient des steppes de la Russie où, probablement, elles avaient séjourné fort longtemps et de plus loin encore, car nous retrouvons leurs traces dans les dolmens de la Crimée, de l’Afkhasie, du Kouban, de la Transcaucasie (Redkine Lager) et des pays tàlyches.

L'existence dans tous les pays d’une industrie en cuivre d’abord, d’une autre du bronze ensuite, implique des relations avec un foyer commun à l'Asie antérieure et au courant humain du nord; or, les émigrants de la Sibérie ne sont jamais, dans leur course, descendus au sud. Le point de contact n’a donc pu se trouver que dans la région caucasienne; c’est de là que les connaissances métallurgiques sont descendues en Mésopotamie, c’est là, qu’au cours de leurs séjours dans les steppes, les gens du Nord ont reçu les enseignements qu’ils ont portés en Occident: il n’en peut être autrement.

Dans aucun pays nous n’avons jusqu'ici trouvé les traces des premières tentatives métallurgiques, il est donc bien difficile de se prononcer d’une façon sûre quant aux formes qui furent adoptées pour les premiers instruments métalliques ; cependant dans tous les pays où le métal fait son apparition, nous voyons ces instruments copiés sur les types néolithiques et se modifier peu à peu, au fur et à mesure que l’homme se rendit compte des avantages que présentait le métal sur la pierre. En Égypte, en Elam, dans la mer Égée, dans nos pays, les haches les plus anciennes sont des

(1 ) R. DussAup, Civil. préhellénique, dans le Bas- (2) CF. à ce sujet, M. Prrouter, ds. l'Anthroposin de la mer Égée, 2° édit, Paris, 1914, p. 19). logie, 4917, p. 60. H. Hurerr, id., 4909, p 405-407.

celts bombés en leur milieu, puis ces haches s’aplatissent, et alors naissent des variétés sans nombre, fruits de l’expérience.

Cette diffusion du type primitif, de même que les transformations qui s’opèrent à la fin de la culture néolithique, l'apparition des roches dures, et celle des dolmens, puis celle de formes plus développées telles que le poignard, l'épée, la hache à douille, celle munie d’un œil, tant en métal qu'en pierre, montrent que la propagation des idées nouvelles s’est faite graduellement, d’une manière continue, affectant certaines régions, en laissant d’autres de côté. En sorte que si le foyer du bronze est unique, ses vagues de propagation ont affecté presque en même temps l'Asie antérieure, l'Égypte et les gens vivant au nord du Caucase.

On a songé à faire intervenir le monde égéen dans les origines des métaux (1), à voir même dans des régions riches en minerais cuivreux, telles que l'ile de Chypre, des foyers métallurgiques primaires. Cette opinion ne peut être soutenue, parce que les formes qu’on rencontre dans le monde égéen n’apparaissent qu’à l’état d’importations échelonnées suivant les diverses phases d'évolution dans les pays septentrionaux depuis la Gaule jusqu’au nord de la Perse. Si, d’ailleurs, les îles avaient influencé le Nord, le naturisme artistique et les procédés céramiques méditerranéens auraïent, avec mille autres conceptions, gagné le bassin du Danube, l’Europe centrale, les steppes et le Nord de l'Orient asiatique, ce qui n’est pas à ces époques très anciennes.

Il en est de même en ce qui regarde les théories qui font venir la métallurgie du nord ou du centre de l'Europe. Si telle avait été la genèse des industries du cuivre, tout d’abord elle eût été antérieure à l’arrivée du cuivre en Élam et en Égypte, c’est-à-dire au VI° millénaire, ensuite certaines matières telles que la callaïs et l’ambre baltique se trouveraient dans les sépultures orientales et ce n’est pas le cas non plus.

Les dolmens du nord-est de la Perse font assurément partie de la grande zone nordique; mais leurs constructeurs, après avoir reçu les notions premières, n’ont certainement conservé avec le lieu d’origine que des relations peu suivies ; car nous les voyons évoluer sur eux-mêmes et ‘ignorer les formes, cependant très répandues, des dernières phases du bronze, entre autres la hache à douille dont l’aire s’étend de lExtrême- Orient jusqu'aux dernières limites de l’Occident, la poterie incisée et la gravure au burin des métaux, qui n'apparaissent dans les régions transcaucasiennes qu'avec le fer, alors qu’elles sont très caractéristiques du grand courant nordique du bronze.

Telles sont les principales conclusions auxquelles on est amené par

(4) Cf. DécneLerte, Notes sur les influences égéennes au Caucase. (L'Anthropologie, 1910, t. XXI, p. 425 sq.)

l'étude des industries du cuivre et du bronze dans les divers pays. Ces conclusions sont encore, pour beaucoup, hypothétiques ; mais au moins per-mettent-elles de circonscrire l’aire dans laquelle il est rationnel de chercher les origines métallurgiques. |

Si j'ai pris pour base de cette étude les dolmens du nord-est de la Perse et leurs mobiliers funéraires, c’est parce que ces découvertes étant encore peu connues j'ai pensé utile de les mettre en lumière. J'estime, pour ma part, que le groupe de monuments mégalithiques dont j'ai reconnu la présence sur les bords de la mer Caspienne n’est, comme le fait a lieu en Syrie, que la conséquence d’une simple colonisation très ancienne, mais émanant d’un centre qui se trouve soit dans le Caucase ou le nord-est de l'Asie Mineure, soit plutôt dans la région Ouralo-Altaïque, et qu'il en est de même pour le Kourgan d’Anau en Turkomanie.

Il est généralement admis aujourd'hui que le rôle de l'Asie septentrionale par rapport à l’Occident a, pour le moins, débuté avec l'introduction dans nos pays de l'industrie néolithique et que ces influences se sont continuées au cours des âges, tant pour le bronze que pour le fer; mais ce qu’on ne sait que depuis peu d'années c’est qu’en Chaldée et en Elam la culture néolithique n’est pas représentée, que ces pays ont été peuplés seulement quand le métal était connu de ses premiers colons; on ignorait aussi que lerplateau iranien n’a vu aucune industrie de la pierre et que les îles méditerranéennes n’ont été peuplées que très tardivement, alors que la Syrie, l'Égypte et le désert syrien avaient nourri l’homme paléolithique et, après avoir été dépeuplées, ont été colonisées de nouveau en des temps ‘relativement récents.

Quelle qu’en soit la région d’origine, que le foyer de la métallurgie soit unique, ou que la découverte ait eu lieu en des temps différents et sur plusieurs points, la connaissance du cuivre s’est répandue dans la presque totalité des continents que nous nommons l'Ancien Monde et là seulement, c’est-à-dire en Asie, en Europe, sauf la Finlande, et dans le nord de l'Afrique. Tout le reste du globe est demeuré en dehors de son influence : Australasie, Australie, Polynésie, Afrique centrale et méridionale ont, pendant bien des siècles encore, parfois même jusqu’à nos jours, ignoré les métaux.

Quant aux deux Amériques, leur culture est complètement indépendante de la nôtre. Elles ont connu les principaux métaux usuels, sauf le fer, et les ont découverts, sans le concours des peuples du vieux continent, probablement en partant des métaux natifs, tels que le cuivre, l’argent et l'or qui se rencontrent en abondance dans le sol américain.

Cependant, des nombreuses hypothèses qui depuis cinquante ans, et plus, ont été émises quant au lieu d’origine de la métallurgie, aucune n’est plei-

- nement satisfaisante, la seule présentant quelques garanties est celle qui répond aux traditions des Grecs et des Hébreux et nous conduit vers les” régions pontiques et transcaucasiennes. Elle se présente d’une façon très rationnelle d’ailleurs, explique fort bien tous les événements que nous constatons, tant en Europe qu'en Asie, mais exige une révision de la chronologie relative car, en raison de l'existence d’une industrie du cuivre pur dans tout le vieux monde, il est indispensable d'accepter des synchronismes qui, jusqu'ici, n’ont pas été admis.

Si nous admettons l’origine ponto-caucasienne du cuivre, nous sommes amenés à faire partir des montagnes du nord les proto-llamites et les Sumériens, à reconnaitre dans ces massifs le berceau des Asianiques.

En ce cas, alors que la connaissance du cuivre se répandait dans le sud de l’Asie antérieure et l'Égypte, les flots nordiques s’écoulant de la Sibé: rie vers l'Occident apprenaient, par contact, la métallurgie et en répandaient la connaissance tant en Europe centrale qu'occidentale.

Ceci suppose le synchronisme relatif de l’extension de la connaissance du métal dans la région du midi asiatique, dans la Méditerranée orientale, et dans l'Europe, en tenant compte cependant des distances séparant les divers districts et du sens des courants. |

Si donc nous accordons à la colonisation chaldéo-élamite une antiquité de 6.000 ans (avant J.-C.), nous devons indiquer pour la vallée du Nil le milieu du VIe millénaire et pour l'Égée 5.000 ans environ. Ceci reporterait les débuts de notre industrie européenne vers 4000 pour le moins avant notre ère, ce qui semble assez vraisemblable.

Mais à la phase du cuivre succède celle du bronze que tout Dee à croire comme étant aussi née dans le Nord.

Certainement l'industrie du cuivre, dans certains pays, a duré fort longtemps, en Hongrie entre autres, mais elle a peu à peu fait place à celle du bronze qui semble avoir débuté en Asie antérieure et en Égypte vers le commencement du IVe millénaire et serait apparue en Europe quelques siècles seulement plus tard, ce qui vieillirait sensiblement les débuts de l'industrie du bronze en Occident, fait très acceptable d’ailleurs. Cependant il est nécessaire et rationnel, d’ailleurs, d'accorder à cette culture une durée variable suivant les régions. Il est juste d’ajouter encore, que dans tous les pays, même les plus cultivés, l'usage du fer n’est venu que très tard et que, par conséquent, celui du bronze a duré plusieurs millénaires. L'Égypte nous en fournit un exemple saisissant.

Comment s’est produite l’apparition du bronze d’étain et où s’est-elle manifestée pour la première fois ? Est-ce également dans la région pontique, est-ce plus loin vers l’Orient, en Sibérie occidentale ? Nous ne saurions en décider ; cependant parmi les nombreux objets que renferment les musées

russes et sibériens, il n’en est pas accusant des caractères vraiment archaïques, soit que les sépultures les plus anciennes de la région ouraloaltaïque n'aient pas encore été découvertes, soit plutôt que ces pays, riches en cuivre et en forêts, mais pas en étain, semble-t-il, n’aient joué que le rôle de foyer métallurgique secondaire en des temps beaucoup moins éloignés qu’on ne le pense généralenent.

L'aspect général des antiquités sibériennes reporte la pensée beaucoup plus vers l’Extrême-Orient que vers l’Europe. Il semble que toute cette industrie s’est développée bien lontemps après le départ des Indo-Européens, empruntant quelques formes à de vieilles traditions aryennes, mais conservant et développant des goûts anaryens. Peut-être doit-on voir là les tracés de ces origines occidentales dont les traditions chinoises nous entretiennent. |

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