LES ARTS
Au point de vue artistique, nous trouvons réunis à Koban les trois genres du Tâlyche et de l'Arménie russe, l’ornement géométrique et l’ajourage des plaques qui appartiennent aux deux peuples, les autochtones et les étrangers, la gravure sur métal remarquable dans les nécropoles du Lelwar; mais faisant défautau Tälyche, alors que dans lestombes de Tülü, de Djonui, etc..., au Lenkorân, on rencontre les figurines animales.
L’ornementation géométrique est très variée à Koban et d’une exécution très sûre : on la rencontre seule ou mélangée à des représentations animales. Sur les haches de bronze, les agrales de ceintures, les fibules à arc, Sa principale caractéristique est la grande abondance de la spire et la présence de cette courbe qui paraît être l’origine de la grecque ; mais on trouve aussi le swastika, le disque solaire, des dessins en W et esS, ainsi que quelques ornements rappelant ceux de la Scandinavie au temps de l’industrie du fer. Le mode d’ornementation des objets de Koban éloigne les conceptions artistiques de l’Osséthie de celles des nécropoles
(1) E. CHanTRE, op. cùt., L. Il, pl. XXXI, fig. 1; pl. XXXII, fig. 1 à 8 (Musée de Saint-Germain).
de l’Arménie russe et du nord de la Perse. Les figures ciselées dans la
pâte des vases d'argile présentent des motifs beaucoup plus simples que celles gravées sur les objets métalliques.
{ AE
© Fr, 336. — Figurines d'animaux. Koban.
Les représentations animales gravées au burin sur les haches et les agrafes de ceintures rappellent beaucoup celles des ceintures de bronze du Lelwar. On y voitle Cerf, le Cheval, le Chien, le Chacal (?), le Renard, l’'Ours, la Panthère (?), des Poissons. Cependant, en comparant ces deux écoles du
dessin, on reconnait bon nombre de différences entre elles, soit dans la silhouette, soit dans l’ornementation des corps. L'origine est certainement la même pour ces deux arts, mais il y a séparation entre les deux manières de rendre la pensée.
Les figurines humaines (fig. 326), et animales (fig. 336), petites statuettes de bronze usitées comme pendeloques, dont on trouve de nombreux exemplaires dans le Tâlyche et au Daghestan, présentent, dans les divers districts, les mêmes caractères artistiques. Toutefois, en Osséthie on voit en abondance la tête de Bouquetin qu’on ne rencontre pas dans les autres régions.
Les figurines animales sous forme de pendeloques ne sont d’ailleurs pas les seules manifestations de ce goût : les fibules (fig. 324, n° 3), les
Fic. 337. — Tête d’épingle. Koban.
poignées des armes (fig. 322, n° 3), sont fréquemment ornées de la tête du Bouquetin, et une tête d’épingle (fig. 337) montre un Cerf attaqué par deux Chiens.
Tel est l’art indigène de l’Osséthie, mais quelques objets découverts dans la nécropole de Koban viennent prouver que dans ces pays étaient parvenues des influences étrangères qui ont laissé des traces très appréciables. Une figurine représentant un cheval au galop (fig. 336, n° 13) présente une conception artistique et une facture complètement différentes de celles des statuettes dont il vient d’être parlé (1), et cette silhouette se retrouve en incrustations de fer dans une agrafe de ceinture (2). Par la
(1) C£. E. CHaANTRE, op. cit., L. II, Atlas,pl. VI bis, (2) Cf. E. CHANTRE, op. cit., L. IL, Atlas, pl. XI, fig. 2 (coll. OLcaewsxr, à Wladi-Kavkaz). fig. 1 (Musée de Vieune).
Ve
technique comme par le mouvement général qu’elle rend, cette figure se rapprocherait plutôt des œuvres assyriennes, égyptiennes et méditerranéennes que de celles des Caucasiens qui représentent toujours les ani-
maux au repos.
De même, une plaque de bronze dé- :
coupé (1) représentant deux animaux (monstres) affrontés (fig. 338), n’est assurément pas de conception artistique indigène, mais l’idée, si ce n’est l’objet lui-même, est certainement venue de l'Assyrie, de la Chaldée ou de la Phénicie.
di dr CR L
Ces indications venant s’ajouter à celles fournies par les vases métalliques, par la présence d'un scarabée phénicien (?) dans la nécropole de Koban, par celle des perles de pâte et de verre dans la Transcaucasie et en Os-
séthie, montrent, à n’en pas douter, que dès les temps du fer, à Koban, il exis- Fre. 338. — Animaux affrontés tait des relations entre les peuplades (ere eaucasiennes du Nord et l'Orient mé-
diterranéen. La présence de perles d'ambre baltique prouvent qu’alors les relations commerciales étaient fort étendues.
Nécropoles de Stépan-Zminda (Kazbek) et de Gori (Géorgie) (2). — Ce que nous connaissons de ces deux nécropoles montre qu’elles doivent être attribuées aux mêmes tribus et aux mêmes temps que celles de Koban. Les mobiliers funéraires sont analogues, les figurines humaines et animales de même nature, sauf cependant dans quelques pièces (3) qui paraissent être moins anciennes que les autres ou fortement influencées par des goûts étrangers au pays. Les collections de Stépan-Zminda sont au Musée de Moscou et l’on est en droit d'élever quelques doutes sur la manière dont elles ont été recueillies. Les fouilles de Filimonoff (1877) d'ailleurs ont mis à jour une patère d'argent (4) dont l’origine méditerranéenne ne peut être mise en doute. Il y à done, dans ces nécropoles, des sépultures d’époques très diverses.
(1)Cf. E. CHANTRE, 0p. cit., t. Il, Atlas,pl. XIII, (3) E. CranTRE, 0p. cit., L. II, Atlas, pl. LVIJIE, fig: 3 (coll. OLcnewskt à Wladi-Kavkaz) fig. 9, 10, 1
(2) Cf. E. CHanTRe, 0p. cil., t. 11, Atlas, pl. LV (4) C£. E. CHanrre, op. cil., t. II, texte, p. 132, à LXI. : fig. 113 et 114.