CONCLUSIONS
Telles sont les données que nous possédons aujourd’hui sur les nécropoles du Caucase, de l'Arménie russe, de la Géorgie et du nord-ouest de la Perse. Depuis 1886, époque à laquelle E. Chantre résumaitles connaissances d'alors dans ses Recherches anthropologiques au Caucase, notre documentation s’est beaucoup accrue par suite de mes fouilles dans le massif du Lelwar et dans le Tâlyche russe et persan et de l’examen des sépultures d'Hélénendorf par la Commission russe.
Certes l'exploration de la Transcaucasie est loin d’être achevée, à peine est-elle ébauchée; nous ne savons rien de tout le bassin du Phase, du Lagistan, de l’Afkhasie, de la vallée de l’Araxe, de l'Arménie turque, du Kurdistan septentrional, cependant le peu que nous connaissons permet déjà de reconnaitre, ce à quoi l’on devait s’attendre d’ailleurs, que les pays caucasiens renfermaient, dès les débuts des métaux, de nombreuses tribus étrangères les unes aux autres, les unes très anciennes dans le pays, les autres nouvelles venues.
Les sépultures du Lelwar que j’ai désignées sous le nom de tombes des autochtones présentent, nous l’avons vu, des caractèrestrès particuliers qui séparent nettement la culture de leurs auteurs de celle des étrangers. L'absence de figurations humaines et animales, l’ornementation purement géométrique, sur les objets comme sur les vases, l'usage de l’épingle à grosse tête pour attacher le vêtement, la forme des armes et spécialement de leur poignée, l'absence de l’épée dans les sépultures, enfin le mode même d’ensevelissement dans des cistes de pierre, contrastent avec ce que nous voyons au Tälyche, à Koban, à Redkine-Lager, à Hélénendorf et dans les autres nécropoles. Toutefois il est: à remarquer que certains usages, celui des pendeloques en clochettes, entre autres, sont communs aux mobiliers funéraires des diverses régions ; il est à croire que les coutumes dont elles sont le témoignage existaient chez les Asianiques et ont été adoptées par les nouveaux venus.
Les autochtones du Lelwar entretenaient des relations commerciales peut-être directes, mais plutôt indirectes, assurément très suivies, avec les peuples du Tigre et probablement aussi du plateau iranien, la preuve en est dans ce que ces gens avaient adopté pour l'exportation, sous forme d'anneaux du métal qu’ils extrayaient de leurs mines, le système pondéral assyrien, et cette influence ninivite se reconnait encore au. Tàlyche
persan par la présence de cylindres-cachets dans les tombes de l’industrie du fer.
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Les sépultures du fer les plus anciennes de la Transcaucasie semblent être celles de Redkine-Lager qui paraissent succéder à celles de l’industrie du bronze. Dans ces tombes le fer est très rare et l’inhumation se fait dans des dolmens du bronze violés, puis occupés de nouveau. C'était d’ailleurs là l'opinion de Bayern.
Même observation doit être faite pour les tombes du fer du Tâlyche qui appartiennent, elles aussi, à diverses époques, mais, à coup sür, les plus anciennes sont celles des dolmens réoccupés, dans lesquels ne se rencontrent pas encore les figurines humaines et animales. Il semblerait que la plus ancienne série de sépultures de Samthavro appartint à ce groupe de même que certaines tombes de Djélall-Oghlou et d’Alaverdi (Lelwar) de même, probablement aussi, que la nécropole d'Hélénendorf, en partie, du moins; car nous trouvons là un art spécial dans la figuration des hommes et des animaux, ce qui nous amène à penser qu'Hélénendorf nest pas une nécropole homogène, pas plus que Samthavro, que Utch- Kilitta et Mouciyeri (Lelwar). | Je ne pense pas qu'on doive confondre l'expansion de la métallurgie du fer, au Cautase pour le moins, avec celle de la figuration de l’homme et des'animaux. Il y a là, semble-t-il, deux ordres très différents de pensée qui, parfois, se sont groupés, mais qui ont pu exister indépendamment l'un de l’autre. D'ailleurs, au Tâlyche, comme dans les nécropoles de la Transcaucasie, ces figurines n'apparaissent que longtemps après les débuts du fer.
De même il ne fandrait pas croire que du jour où le fer a été connu et employé industriellement dans un district, son usage s’est rapidement propagé de proche en proche. De multiples raisons sont venues conserver l'usage du bronze chez certains peuples. Ne savons-nous pas, en effet, qu’au temps d'Hérodote ou quelques centaines d’années à peine avant lui, - les Massagetes et les Scythes, en général, ne faisaient encore usage que d’armes de bronze ? Ne voyons-nous pas les Égyptiens et les Chaldéens, tout en connaissant le fer, n’en adopter l'emploi industriel que fort tard ? L'usage du fer ne dépend pas seulement de l’époque : mais bien aussi des traditions, des croyances, des préférences des peuples et des ressources naturelles de leur pays. C’est ainsi qu’en Hongrie l'emploi du cuivre s’est maintenu fort longtemps, qu’en Scandinavie le fer n’est entré en usage que très tardivement,
Si nous nous en rapportons au développement général de la culture artistique et industrielle et non pas à l’abondance plus ou moins grande du fer dans les tombes, nous rangeons les nécropoles selon la succession chronologique approximative qui suit :
1° Koban et les sépultures des steppes méridionales antérieures aux Kourgans.
20 Redkine-Lawer. — Quelques dolmens réoceupés du Tâlyche, Djé--
llal-Oghlou, Alaverdi, Samthavro, certaines tombes d’Hélénendorf.
3° Tombes de moellons du Tâlyche et du Lelwar, contemporaines ouà
peu de choses près des sépultures du Lelwar dans les cistes. Nous avons constaté à Koban des influences étrangères, assurément phéniciennes ; eeci nous reporte au plus tôt pour ces tombes à l'établissement des colonies grecques du Pont-Euxin, soit au vi siècle avant notre ère, vers les débuts de la grande expansion du commerce phénicien, c’està-dire à la fin du second millénaire avant J.-C. Mais, assurément, nous ne possédons pas les sépultures les plus anciennes de POsséthie, et nous sommes en droit de penser que la nécropole de Koban marque une pé-
‘ riode relativement récente d’épanouissement d’une culture beaucoup plus:
ancienne.
D'autre part la présence de cylindres-cachets an Tâlyche nous conduit également vers les mêmes siècles, mais ce que je viens de dire au sujet de Koban peut être répété pour certaines tombes du fer du Tâlyche.
Ces influences extérieures ne se sont pas produites dès la naissance de la culture du fer dans les pays caucasiens. Cette civilisation était, assurément, beaucoup plus ancienne, on peut donc sans crainte d’erreur admettre pour le type de culture Koban-Tälyche une ancienneté voisine de dix-huit cent ou deux mille ans avant notre ère.
La civilisation de Koban est-elle indigène en Transcaucasie ? Assurément non, puisqu'elle n'existe pas à Redkine-Lager, et dans beaucoup d’autres localités, puisqu'au Lelwar elle se trouve en présence d’une eivilisation très différente qui semble être autochtone. Elle vient donc de l'étranger, soit par le nord de la grande chaîne caucasienne, soit par le plateau iranien.
Malheureusement nous ne savons rien de l’archéologie préhistorique: dans les pays situés à droite du Sefid roud. Mes recherches se sont arrétées au Tâlyche et il ne nous est donc pas permis de conclure quant aux voies par lesquelles les nouveaux venus sont arrivés.
Remarquons, cependant, qu'on trouve dans tout le nord de la Perse et plus spécialement sur le site d’'Echatane (Hamadan), l’antique capitale des Mèdes, une foule de figurines de bronze représentant des hommes, des animaux et n’ayant aucun caractère commun avec ce qu’on rencontre en
ce genre dans les sites de la Chaldée et de l'Elam. Notons encore que la -
gravure au burin, si développée à Koban sur les armes, comme au Lelwar sur les ceintures, s'est conservée en Perse jusqu’à nos jours, avec une précision de technique et une tradition de goût des plus surprenantes ; que la figuration de l’homme et des animaux, en Perse, a résisté aux lois de l'Islam contre les images et que la technique de ce genre d'ornementation
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est passée aux Arabes sous forme de dessins géométriques et d’arabesques. Assurément il a existé, dans la Tranñscaucasie et dans une partie du plateau persan, un courant d'art et de goûts spéciaux, dont les effets se sont maintenus jusqu'à nos jours, et le courant était aryen très proche parent de notre culture hallstattienne de l'Europe : si toutelois il ne lui appartenait pas, il en était assurément une branche. |
. Quoi qu'il en soit, au sud de la grande chaine caucasienne il existait des peuples variés, des Asianiques, parents de ces tribus dont on retrouve les noms dans les inscriptions triomphales des rois assyriens et des princes de l'Ourartou. Ces peuples, nous l'avons vu, connaissaient le bronze, le fer, les divers métaux. Ils faisaient partie du groupe méridional asianique ; mais l'étude archéologique de ces vieilles couches de population n’est pas
Fic. 339. — Haches et taureaux votifs. N° 1:vase mycénien de Chypre ; n° 2, Hissarlik ; n° 3 : Bythin (province de Posen) : n° 4 et 5, Chatillon-sur-Seiche (Nle-et-Vilaine) ; n° 6: Hissarlik ; n°7 : Ebersberg ; n° 8 : Olympie ; n°9 : grotte de Dicté (île de Crête).
encore commencée, à peine l’ai-je ébauchée en cherchant (1889) à tirer quelques conelusions de mes explorations dans les nécropoles du Lelvwar.
La gravure que nous trouvons rudimentaire en Asie dès l’industrie du bronze, ne prend son grand épanouissement, dans ces pays, qu’au temps de l’industrie du fer, alors que la connaissance de cé métal est déjà très répandue. L/Europe occidentale, centrale et nordique nous montre cet art de la gravure déjà très développé aux temps du bronze et les représenta-
tions humaines et animales sont fréquentes dans la Méditerranée (1). Tou-
ns É dé. fé
(4) Voir le ciste de Watsch (Carniole) et celui d'Este (Italie).
tefois, dans la plupart des pays occidentaux, les figurines métalliques en
relief sont rares (fig. 339), et souvent, lorsqu'elles existent, comme en Sar-
daigne, ne semblent avoir avec celles du Caucase HUE lien en” Quelques formes d'objets sont absolument spéciales aux nécropoles de