‹ La Prehistoire orientaleChapitre 55 sur 308 · FIG · texte numérisé non relu

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dans l’étude de l’évolution humaine; mais les données positives de la linguistique s'arrêtent là où commencent les plus anciens documents épigraphiques, et ne sauraient remonter au delà que par des déductions dans lesquelles, malheureusement, l'imagination se donne très souvent trop libre carrière, par suite de l’exclusivisme dans lequel se tiennent, trop, certains des savants qui se sont voués à ses diverses branches. Son rôle est de traduire les textes et d'étudier l’évolution du langage, de chercher à remonter aux sources et de partager l'humanité en groupes de parlers différents; mais elle reste en dehors des arguments que peut Durnir la nature physique de l’homme et, par suite, est inapte, dans la plupart des cas, à découvrir les parentés réelles entre les différentes lumilles peuplant aujourd’hui le monde; elle ne tient aucun compte des milieux divers dans lesquels se sont développées les civilisations, ni des pénomnènes naturels qui, dans tant de cas, ont dicté aux hommes la con-

duite qu'ils avaient à tenir. Ses capacités sont donc, elles aussi, très limitées.

Combien de peuples, au cours des âges, par suite de circonstances multiples et de divers ordres, ont été latinisés, hellénisés, sémitisés par le langage, tout en appartenant à des groupes physiques très différents les uns des autres, à des races d’aptitudes diverses ! Chacune des pages de l’histoire présente des exemples de disparition de langage. Le latin prit en Gaule, la place des parlers des Ligures, des Gaulois, seuls le basque et le breton se sont conservés. Il y à un siècle tout au plus que sont morts les Égyptiens qui furent les derniers à parler le copte; l’ourartien, l’anzanite,

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Fix. 33. — [lots arméniens acluels dans le nord de l’Asie antérieure.

l’hétéen, l’étrusque et cent autres langues se sont éteintes, d’autres, très nombreuses, sont en voie de disparition; et si les quelques milliers d’années, auxquelles se réduit notre observation, offrent de pareils exemples, que devons-nous penser des espaces de temps, beaucoup plus étendus, qu ont précédé l’histoire ?

Ce sont les circonstances qui ont fait naître les groupes linguistiques, en agglomérant des éléments ethniques disparates, en les unifiant artificiellement ; et nous pouvons donc tenir pour certain qu'aucune famille Hinguistique n’est indemne de mélanges pas plus d’ailleurs que celles basées sur l’anthropologie, la préhistoire, l’ethnographie, etc.

L’anthropologie, sur laquelle nous avions tous jadis basé de si belles espérances, que bien des fervents croient encore être la science de l'avenir, en ce qui regarde l’évolution humaine, offre moins encore de garanties que la linguistique. Elle classe sèchement les types humains, sans tenir compte des mélanges, en nombre infini, qui se sont produits au

cours des âges et, dans bien des cas, verse dans Pinvraisemblable,

en groupant des familles qui, assurément, n’ont jamais eu entre elles

non seulement la moindre parenté, mais le moindre contact.

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ns Le LEGENDE f Peuples Îraniens (Perses, Kurdes Ossèthes) = Peuples Grecs, Arméniens et Russes FiG. 34. — Distribution actuelle des Iraniens et des autres Indo-européens

dans l’Asie antérieure.

N'est-il pas singulier de voir, par exemple, ranger les Lapons, les Malais, les Américains (sauf les Peaux-rouges), les Esquimaux, des Australiens, les Tures et les Mongols dans la classe #ongolique ? alors qu'il

parait moins irrationnel, quoique fort osé encore d’assembler certains Australiens, les noirs du Dekkan et les Éthiopiens dans une même section, celle des Australoides, et, par suite, de s'entendre dire, ou tout au moins suggérer, que ces divers peuples possèdent une origine commune. D’ailleurs qu’entend-on par le mot origine. C’est un terme qui ne présente aucune valeur par lui-même et n’en prend que s’il est accompagné d’une date qu’il serait enfantin et ridicule de demander.

Ailleurs, dans d’autres ouvrages, on voit des rapprochements dont l’absurdité saute aux yeux de toute personne quelque peu au courant de l’histoire ancienne. N'’a-t-on pas réuni dans les Assyroïdes, les Assyriens (d’après les bas-reliefs), les Persans Adjémis, certaines tribus kurdes, une partie des Arméniens et des Juifs, sans se préoccuper des régions d’où ces hommes sont partis ? L’anthropologie, qui n’a pas encore pu nous dire ce que nous devons penser de la monogénie ou de la polygénie, qui abandonne cette question, cependant d'importance, à la conviction sentimentale, croit cependant à la polygénie, mais ne présente aucune preuve à l’appui de cette thèse. Si l'anthropologie, dans son acception la plus large, n’a pas encore donné de satisfaisantes solutions, du moins l’une de ses branches a-t-elle, sur toutes les autres sections de ses études, d'immenses avantages, je parle de la Paléontologie humaine, dont la tâche est de suivre l’homme, en tant qu'être physique, jusqu’à des temps auxquels aucune science ne saurait atteindre : c’est d'elle que nous devons attendre les révélations les

‘plus passionnantes, les seules, je puis dire, qui puissent être quelque peu

concluantes.

La Paléontologie humaine, il est vrai, ne le cède en rien à la linguistique et à l'anthropologie, quant à l’impuissance d’en arriver à une classification rationnelle des groupes humains modernes ou disparus parce que les documents dont elle disposera seront toujours incomplets. Lors de l’enfance de cette branche d’études, on a pensé que l'examen des industries amènerait à des conclusions, quant aux parentés des peuples et à leur position chronologique ; mais ces illusions se sont bientôt évanouies. Ce ne sont pas de pauvres restes de l’industrie de la pierre qui peuvent être concluants à cet égard. [l est reconnu, aujourd’hui, et c’est par là qu’on aurait dû commencer, que le monde était en ces temps éloignés, partagé entre une foule de tribus ayant eu bien souvent les mêmes conceptions de l'emploi de la pierre pour la fabrication de leurs armes et de leurs outils, et que, par suite, les mêmes industries ont pu naitre et se développer en des pays très éloignés les uns des autres, et en des temps très différents. En Australie, par exemple, chez les indigènes vivant encore de nos jours, on voit en usage toutes les formes de nos outillages préhistoriques, depuis le coup de poing chelléen, jusqu'à la pointe de flèche de notre

néolithique (1), et les innombrables tribus qui habitent les deux Amériques ne diffèrent pour ainsi dire pas par les vestiges de leur armement qu’elles laisseront à la postérité ; elles présentent tous les caractères anthropologiques entre l'extrême dolichocéphalie ét la brachycéphalie la plus parfaite, diffèrent entre elles au point de vue linguistique, mais se ressemblent, quant à leurs industries de la pierre on en pourrait dire autant du Japon, de la Tasmanie.

Quand, au xvre siècle, les navigateurs européens sont entrés en contact avec les peuplades de la Polynésie, ils ont constaté, dans toutes les iles, l'existence d’une civilisation néolithique plus ou moins raffinée, suivant le développement cérébral des peuples. En Australie, en Tasmanie, vivaient les tribus les plus primitives, alors que les Tahitiens jouissaient d’une culture fort avancée. Quels pouvaient être Îles restes laissés par ces civilisations si différentes? En Australie, des armes et des instruments de pierre éclatée ou polie, qu’on prendrait volontiers pour des phases successives de la culture industrielle ; à Tahiti, de belles haches polies, quelques

éclats et quelques ornements de nacre ; car tout le reste du mobilier des

Tahitiens était fait de matières périssables ; et ces observations amèneraient les préhistoriens à conclure que l'Australie a été peuplée bien des milliers d'années avant les iles de la Société, ou bien, ce qui parait être la réalité, qu’en Nouvelle Hollande il y a eu survivance de formes archaïques, quaternaires, ete..., etc. Et que dire des nombreuses tribus des Amazones, qui en sont encore à l’ « industrie du bois », et ne laisseront guère que leurs propres os ?

Je suis loin de vouloir retirer à la préhistoire de l’oceident de l’Europe sa valeur chronologique relative locale; cependant, par les exemples qui précèdent, je pense avoir montré clairement que cette valeur chronologique ne peut pas être étendue au delà de certaines limites géographiques, assurément restreintes, qu'il est encore impossible de préciser, mais qu’en aucun cas on n’est en droit de généraliser.

Parmi les erreurs commises par les préhistoriens, la plus grave est celle qui consiste à voir des influences partout où se rencontre un silex taillé semblable à ceux de nos pays, vingt fois je l’ai déjà dit, je ne le répéterai jamais assez. L'erreur est aussi néfaste au point de vue chronologique, qu’à celui des mouvements de peuples ; car, pour expliquer ces prétendues influences, on est obligé d'admettre des migrations pour la plupart invraisemblables. N’a-t-on pas fait voyager les pré-Tunisiens et

(1) Le docteur Hamy (au Congrès de Londres. tuation aussi rudimentaire qu'eux... Leurs lances, publié en 1887), parlant des Australiens, dit: Nul leurs couteaux, leurs massues, etc , sont armées aulre peuple au monde, sauf peut-être quelques d'éclats de roches où le travail humain est si peu petites tribus du centre de l'Amérique du Sud accentué, quand il existe, qu'il échappe aux veux ne s’est maintenu jusqu’à nos jours dans une si- de la plupart de ceux qui les recherchent. »

leur industrie archéolithique de la Gaule du sud au travers de la mer Méditerranée, et, pour leur faire habiter le versant septentrional des Pyrénées ? À ces fantaisies viennent se joindre les conclusions des gens ignorants. Dernièrement encore on a pris, pour une industrie aurignacienne, une station de la vallée du Nil parfaitement caractérisée comme énéolithique ! et l’auteur de cette prétendue découverte s’est empressé de créer toute une série de migrations, d’invasions, de voyages de tribus qui n’ont jamais existé que dans son imagination |

Ainsi les trois branches de la science sur lesquelles on espérait pouvoir s'appuyer pour élucider ia question des origines des races humaines, tout en fournissant de très uütiles renseignements, ne permettant aucune vue d'ensemble de la question ; force nous est de chercher ailleurs.

On a, jusqu’à ce jour, à mon sens, beaucoup trop négligé l’étude des phénomènes naturels capables d’influencer la conduite des hommes. De fort belles études paléontologiques ont été faites sur les diverses faunes glaciaires de l’Europe, et, grâce à ces travaux, on est parvenu à définir les climats de l'Occident, durant les diverses phases du Pliocène et du Pléistocène mais de nos pays seulement; quant aux cataclysmes qui ont pris place à cette époque, on n’en a pas encore déduit les conclusions d’ordre général par rapport à la vie de l’homme ; alors que c’est là, cependant, qu’il faut chercher les causes les plus agissantes des divers stades de l’évolution humaine. L'homme contraint par la nature a dù, dans bien des cas, prendre des déterminaisons auxquelles il n'aurait même pas songé, sans ces raisons majeures.

Dès l’époque pliocène, probablement par suite de mouvements de l'écorce terrestre, tant à l’air libre qu’au fond des mers, en raison de soulèvements qui se sont produits dans les deux hémisphères, et de modifications climatériques qui, peut-être, n’ont été que les conséquences de ces modifications de la eroûte du globe, une ère de grande humidité a prisnaissance, et ce concours de circonstances a transformé la face de la terre, fait naître d'immenses champs de neige dans le nord de l'Europe, le Caucase et l'Arménie, le plateau iranien, tout le massif asiatique central et le nord de l'Amérique. Bientôt ces champs de neige se sont écoulés sous forme de glaciers, partout où s’étendaient des plaines, là où ne se trouvaient pas de barrières infranchissables, alors que les hauts plateaux de l’Arménie, de l'Iran, de l’Asie centrale, bordés de grandes chaines montagneuses, conservaient leurs accumulations de neige, que l'Afrique centrale, l'Amérique, la Sibérie se couvraient de lacs. L’un des pôles du froid était alors situé dans le nord des Alpes scandinaves.

La surface habitable du globe se trouva donc, de ce fait, considérablement réduite ; des provinces se formèrent plus ou moins indépendantes les

unes des autres, et la faune, y compris Phominien, s’il existait déjà, dut se contenter d’une part des pays méditerranéens, de l'Afrique et de l’Asie antérieure, d'autre part de la presqu'ile hindoue et des tropiques, enfin de la Sibérie qui, pour des raisons multiples, demeura indemne de cette grande expansion glaciaire. |

Vers la fin du Pléistocène, de nouveaux mouvements de l'écorce terrestre . amenèrent la débâcle des glaciers, celle des lacs, la disparition, sous les eaux de la mer, de vastes surfaces qui émergeaient jadis, soit qu’elles eussent été couvertes par les glaciers, soit que libres elles aient été habitées.

Comme on le peut voir, par les lignes qui précèdent, les phénomènes naturels du Pliocène et du Pléistocène ont done eu une très grande influence sur le développement de l'humanité. Après les grandes inondations de la fin du Pléistocène, il ne restait plus que quelques tribus, irrégulièrement réparties sur le globe et d'immenses régions devenues complètement désertes. Parmi les contrées abandonnées étaient, semble-t-il, toute l'Asie antérieure méridionale et l'Égypte, pays dans lesquels on rencontre, dans les alluvions, des instruments paléolithiques, mais où, jusqu’à ce jour, on n’a pas trouvé trace de l’industrie archéolithique.

Cependant toutes les provinces de nos continents ne se trouvaient pas dans des conditions géographiques, par suite, climatologiques semblables. Pendant toute la durée des temps glaciaires, alors que les terres voisines de la Méditerranée conservaient entre elles des voies de communication, la Sibérie était complètement séparée du monde méditerranéen. À l’ouest, les glaciers scandinaves et le prolongement marécageux de leur front s’étendaient jusqu’à l'Oural et descendaient jusqu'aux rives du grand lac aralo-caspien ; au sud, les plateaux de l'Arménie et de Iran étaient couverts de neige et, sur leurs chaines bordières, s’écoulaient de vastes glaciers ; au sud, l’Hindou-Kouch et tous les hauts pays de l'Asie centrale formaient une barrière infranchissable.

Cependant l’homme vivait en Sibérie, car on a reconnu les restes de son industrie dans les alluvions quaternaires et, d’ailleurs, ne les trouverait-on pas, que l’exode des populations vers l’ouest qui s’est produit, dès que les portes de l’Europe furent ouvertes, suffirait à prouver qu'il existait dans ces plaines un vaste réservoir d'humanité. Le fait que l’industrie humaine, dans les alluvions de l'Inde se présente avec la technique Chelléo-moustiérienne et qu’en Sibérie l’industrie de la pierre se montre sous un aspect très différent suffit à prouver que la séparation entre les deux groupes humains de l'Asie méridionale et septentrionale s’est produite de très bonne heure, alors que l’hominien n’en était probablement encore qu’à ses premiers essais l’industrie lithique, peut-être même avant qu’il eût songé à tirer parti da silex.

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