‹ La Prehistoire orientaleChapitre 56 sur 308 · LEO · texte numérisé non relu

LEO

N'oublions pas que les portes entre l'Europe et la Sibérie se sont fermées au cours du Pliocène ; par conséquent que c’est en plein Pliocène, si ce n’est même avant, que l’hominien est venu s'installer dans les steppes du nord de lPAsie, en même temps que les grands vertébrés dont les cadavres se sont conservés dans les glaces des toundras. Si donc on ne découvre pas un Jour un passage par lequel l’homme aurait pu s’introduire dans les plaines sibériennes, au cours destemps quaternaires, ce qui semble très improbable, il faut admettre que l’hominien existait en Sibérie à la fin du Tertiaire, et qu'il a été enfermé avec ses compagnons, les animaux des pays chauds.

Mais, à la suite de la disparition des glaciers scandinaves, quand les courants chauds se sont établis dans l'océan Atlantique, le pôle du froid a émigré et peu à peu, s’est éloigné vers l'orient de 115° environ en longitude, en menant avec lui son cortège dévastateur.

La faune de contrées chaudes, compagne des colons de notre race, après avoir lutté longtemps, s’est éteinte, et l’homme, dès que les portes de l’Europe et de l’Asie méridionale furent ouvertes, s’est précipité vers l’occident et vers le sud, par vagues successives, innombrables qui, pendant plusieurs milliers d'années, ont déferlé sur l'Ancien Monde’ considérablement augmenté comme superficie par la disparition des glaces qui dominent toute la préhistoire et l’histoire jusqu’au v*° siècle de notre ère. On les rencontre à chaque pas.

Ces hommes étaient des brachycéphales, c’est-à-dire qu'ils étaient une race très différente de celle de nos nordiques et de nos méditerranéens ; ils possédaient des langues de forme inconnue dans le Vieux Monde. Ces caractères et le fait de leur emprisonnement pendant toute la durée des phénomènes glaciaires, l’époque très ancienne à laquelle cette séparation du reste du monde s’est produite, porteraient à penser qu’on peut faire de ces gens une espèce zoologique différente de celle des vieilles races de l’Europe. Il ne m’appartient pas d'entrer dans des considérations linguistiques qui, d’ailleurs, n’ajouteraient rien à ce fait indéniable que l’homme, en Sibérie, a été complètement privé de toute communication avec les autres races humaines depuis l’époque Pliocène ; mais bien des savants, Renan luimême, ont accordé une telle importance aux grands foyers des langues, qu’en le lisant attentivement, on est amené à songer à l'hypothèse de la pluralité des espèces humaines.

Dans les lignes qui précèdent, je n’ai fait aucune supposition, quant au dépeuplement de la terre par les grandes inondations quaternaires, et à la formation des provinces humaines, je me suis borné à rappeler des faits isolément connus de toute personne au eourant de l’histoire du Globe, mais qui, rassemblés, comparés entre eux, dévoilent l’un des épisodes

les plus importants, les plus dramatiques de la vie des peuples sur notre planète. Il me fallait débuter par cet exposé, avant d’entrer dans le vif des questions que je me propose de traiter dans ce chapitre; c’est-à-dire : des origines des diverses populations de l’Asie antérieure, principalement des Indo-Européens avec leurs multiples migrations et du lieu d’origine des Sémites.

Si nos connaissances sont insuffisantes pour conclure, en ce qui regarde les hommes qui habitaient notre globe à l’époque glaciaire, parce que nous manquons de documents, elles ne sont guère plus avancées en ce qui concerne les temps post-glaciaires, non pas que la documentation anthropologique nous fasse autant défaut, mais parce que nous disposons de nombreux matériaux archéologiques dont l’interprétation est fort ardue.

Après le règne des dolichocéphales, seuls dans nos régions, dans le nord de l’Afrique et dans l’Asie antérieure, paraissent donc, dès la fin des industries archéolithiques, les brachycéphales, gens dont la venue a joué un grand rôle dans la civilisation mondiale. En même temps, on constate l’apparition de langues nouvelles qui, presque partout, font oublier les anciens parlers et ces langues on les a justement rangées dans une même famille à laquelle on a donné le nom de groupe aryen où 1ndo-européen. Ces langages paraissent être ceux des brachycéphales nouveaux venus, non pas qu’on puisse tirer la moindre preuve anthropologique en faveur de cette opinion, non pas que la linguistique permette un rapprochement quelconque avec les types physiques, mais parce que la venue dans nos pays des brachycéphales et des gens de langue aryenne coïncidant, au point de vue chronologique, il est naturel de relier, par la pensée ces deux invasions, de n’en faire qu’une seule, et de chercher les faits justifiant cette hypothèse très rationnelle en elle-même.

Quand on veut résoudre un problème, le premier soin qu’on doit prendre est d’en grouper toutes les données ; puis, d'examiner la documentation dont on dispose tout d’abord, d’en discuter ensemble les éléments de même ordre, ensuite de mettre en présence les conclusions issues de chacune des branches avec celles résultant de étude des autres; c’est ainsi que les possibilités et les impossibilités se trouvant être circonscerites, le champ des conjectures étant borné, on ne risque pas de commettre de grossières erreurs.

Ces principes, dans la direction des recherches, comme dans celle des conclusions, semblent avoir été jusqu'ici souvent négligés, en ce qui regarde les études relatives aux origines des peuples de langue aryenne, et c’est, Je crois, pourquoi la question est encore aussi peu avancée, malgré les immenses travaux dont elle a été Pobjet, depuis qu’en 1833- 1855 Bopp, en publiant sa Grammaire comparée, a montré qu’il existe

la grande famille aryenne, étrangère aux autres groupes du parler, et dont les divers dialectes sont très proches parents les uns des autres : à ce groupe appartiennent la plupart les langues européennes, celles de l'Inde, de l'Iran et les dialectes de quelques peuples de l'Asie centrale.

Ce group: linguistique est, il le faut avouer, improprement désigné sous le nom d’Aryen, d’Indo-européen, Indo-germanique, ete... Aucun de ces noms ne contient en lui-même la définition des caractères spéciaux à cette famille de langues ; mais peu importe la terminologie, ce n’est pas iei le lieu de la réformer, nous conserverons, comme étant le plus commode le mot aryen, en lui donnant une valeur conventionnelle, c’est-à-dire en l’'appliquant non seulement aux langues de l'Inde; mais en l’étendant à toutes celles de l'Iran, de l'Asie antérieure et de l’Europe.

Deux théories sont en ce moment en présence, chez les linguistes : celle de l’origine asiatique des Aryas (peuples aryens) et celle du berceau européen. Toutes deux sont soutenues par des spécialistes de premier ordre, elles méritent donc considération. Je ne m'arrêterai pas cependant à l’historique des discussions relatives à l’origine des Aryens, il faudrait écrire un gros volume pour en rendre compte.

Tout d'abord, il importe de faire remarquer que nous ne possédons aucun lien certain entre les données linguistiques et celles fournies par l'anthropologie et l’archéologie ; que l’assimilation des néolithiques de l’Occident européen avec les Aryens est une pure conjecture. Le parler ne correspond pas à la nature ethnique d’une race, mais bien à une culture intellectuelle, et les industries sont dans les mêmes conditions que la langue, c’est-à-dire indépendantes de la forme physique des hommes qui les exercent.

Dans l’étude des origines aryennes entrent forcément des considérations extrêmement variées, du domaine de branches très différentes des unes des autres et de la science elle-même car cette étude entraine à traiter des questions bien plus vastes que celles qui entrent en jeu dans l’étude des origines d'un simple groupe humain ; il s’en suit que discuter d’un pareil sujet, sans tenir compte de l’évolution générale de l'humanité, est s’exposer à de gravés mécomptes.

Parmi les sciences dont le concours soit nécessaire, je citerai :

La géologie et la géographie physique du globe aux temps pléistocènes, seules capables de fournir d’exactes indications, quant à l’habitabilité des diverses parties des vieux continents, en ces âges reculés ;

La zoologie et la botanique, dont les affirmations facilitent l’entendement des conditions dans lesquelles l’homme a pu vivre dans les districts divers, quel mode d'existence a forcément été le sien, en raison des climats, quelles raisons il a pu avoir pour choisir un chemin plutôt qu’un autre,

0 . . \ . . A un objectif (quand il en avait un), quelles raisons il a eu de s’arrêter pro-

visoirement ou de s’établir ;

L’arehéologie qui témoigne des degrés de civilisation en chaque lieu et aux époques diverses, des goûts artistiques, des emprunts faits de droite et de gauche ; |

La légende qui, chez tous les peuples, n’est que le reflet poétisé, de grands événements et premiers pas dans le progrès ;

L'histoire qui fournit l'exposé des dernières phases des Son ue des peuples, suivant des lois dont nous nierions à tort la valeur rétrospective, et dont la continuité au delà des limites inférieures de nos annales ne peut être mise en doute,;

L’anthropologie qui, bien qu’elle soit encore peu satisfaisante, n’en montre pas moins quelques-unes des grandes lignes de l’évolution physique de l’homme et des affinités ethniques probables ;

La linguistique, qui permet d’affirmer certains degrés de parenté ou, tout au moins, des relations des peuples Aryens entre eux, de reconnaître certaines influences étrangères à ce groupe de langage, science qui détermine la communauté d’origine de certaines connaissances, de certains agents du progrès, et fournit des données géographiques.

Mais il ne convient pas de chercher à tirer de ces diverses sections de la science plus que, par leur nature même, elles ne peuvent donner et chaque spécialiste est naturellement enclin à considérer comme prépondérante la science qui fait l’objet de ses études et l'on ne peut lui en tenir rigueur, mais leurs écrits sont pour cette raison souvent difficiles à manier. Pour la plupart, les ouvrages de linguistique, ceux qui peuvent rendre service à nos travaux, publiés jusqu’à ce Jour sont basés sur l’étymologie, et l’on sait cependant combien il est dangereux de s’appuyer sur des données aussi fragiles que les racines dans les langues indoeuropéennes. Les sources d'informations que fournit la nature sont assurément celles qui doivent servir de guides. Ce sont les meilleures sur lesquelles se puisse appuyer le linguiste.

Nous venons de voir quels sont les movens dont nous disposons pour traiter de la question aryenne et dès le début j’ai donné une vue d'ensemble permettant au lecteur de se guider dans l’abondante documentation que je suis obligé de faire entrer en ligne mais je dois ajouter qu'aux chapitres des métaux ([1° partie) je serai obligé de revenir encore sur bon nombre de détails d'importance locale mais ayant encore trait aux Aryas.

On a vu que dès le Pliocène les phénomènes glaciaires ont commencé a se manifester, chassant de surfaces énormes la faune, donc l’homme, s’il existait déjà.

Au nord de l’Europe, les glaces épargnaient une petite partie du sud

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